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Inde judaïsme

Publié le • Modifié le

Juifs et indiens, une communauté méconnue

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Les Premiers ministres indien Narendra Modi et israélien Benyamin Natanyahu à Haïfa, en Israël, le 6 juillet 2017. AFP/Jack Guez

Les Israéliens d'origine indienne étaient enthousiasmés par la visite récente, le 4 juillet 2017, à Ramla en Israël, du Premier ministre indien Narendra Modi. Cette communauté peu connue compte aujourd’hui un peu plus de 100 000 personnes.


A l’origine, les juifs indiens vivaient divisés en trois communautés : les « Bene Israël » au nombre de 20 000 en 1951, localisés dans l'Etat du Maharashtra autour de Bombay et de la région de Konkan, les « Juifs de Cochin » dans l'Etat méridional du Kerala, qui étaient 3 000 dans les années 1940. Et enfin, les « Iraqis » ou « Baghdadis », soit 6 500 personnes en 1940.

Cette histoire s’inscrit dans un exil commencé au XVIe siècle. Des Juifs venus de Perse et du Khorasan, dans le nord-est de l'actuel Iran, s’installent dans le nord de l'Inde. « Ils ont suivi un exil un peu atypique et ils ont été coupés de leur communauté pendant un certain temps, explique Claudine Douillet, la fondatrice de Alliance, le premier magazine de la communauté juive créé sur le net. Certains rabbins ont voulu sillonner le monde, pour essayer de retrouver ces "étincelles" du judaïsme. Et ils se sont très vite aperçus qu’il existait des juifs en Inde ».

Des populations, qui, en Inde avaient gardé toutes sortes de rituels fidèles à la religion juive. « Ils pratiquaient eux aussi la circoncision et ils embrassaient l’embrasure de la porte, en référence à la mezouza », précise-t-elle. La mezouza représente cette petite boîte renfermant le parchemin sur lequel les paroles de la Torah sont inscrites, et qui est placé sur le poteau droit des demeures juives, penchée vers l’intérieur du foyer.

« Juifs invisibles »

Selon Claudine Douillet, il y aurait eu différentes vagues d’immigrations de juifs indiens vers Israël. Certains sont d’ailleurs arrivés vers la fin des années 1940 et au début des années 1950. D’après elle, plusieurs « alyah » (« montée » en Israël) ont eu également lieu en 2002, 2005 et 2007 pour ensuite s’arrêter brusquement.

« L’Etat d’Israël souhaitait que les Indiens qui se réclamaient du peuple juif prouvent leur judéité, leur filiation, c’est-à-dire la judéité de leur mère. Donc, ceux qui voulaient s’installer en Israël ont dû se convertir. Certains l’ont accepté et d’autres non ».

Mais elle précise : « Ce qui est sûr c’est que les 100 000 juifs provenant d’Inde présents en Israël se reconnaissent en tant que juifs, indiens et israéliens. Ils sont vraiment intégrés dans le pays ». Si, comme l’indique Claudine Douillet les juifs indiens israéliens sont « totalement intégrés », des historiens les ont qualifiés de « juifs invisibles » car ni ashkénazes comme on appelle les juifs d'Europe de l'Est, ni séfarades, terme qui désigne les juifs orientaux.

Pour l’heure, ces populations sont partie prenante de la société israélienne et bien présentes dans divers domaines, médical, agricole ou commercial. Esther David, écrivaine juive israélienne d’origine indienne, explique que « les liens ont été établis entre l'Inde et l'Israël. Et dans les deux sens. Par exemple, des techniques utilisées dans l’agriculture israélienne ont été diffusées dans l’Etat du Gujarat. De même que la mangue indienne est aussi cultivée en Israël ».


Née au sein de la communauté juive d'Ahmedabad, dans le nord-ouest de l'Inde, Esther David est écrivaine, peintre, sculpteur et historienne de l'art.

RFI : Savez-vous si les juifs indiens sont évoqués dans la Bible hébraïque, l’Ancien Testament ?

Esther David : L'Inde et Israël sont des civilisations antiques qui ont eu des liens commerciaux. Dans la Bible hébraïque et notamment le Livre des Rois, il est dit que de l'or et des paons auraient été envoyés de l'Inde vers Israël. L’histoire dit aussi que des juifs seraient arrivés en Inde par la mer ou la route de la soie.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

La plupart des juifs indiens ont des familles en Israël. Il y a de réelles relations diplomatiques entre les deux pays et il est maintenant plus facile pour les juifs indiens de rendre visite à leurs proches en Israël.

Existe-t-il des différences entre les traditions juives indienne et ashkénaze ou séfarade ?

Il y a déjà des différences entre ashkénazes et séfarades dans certaines traditions,  notamment dans les spécialités culinaires. En ce qui nous concerne, lors de fêtes religieuses comme la Pâque juive, nous les juifs indiens, nous consommons du riz. Chose que les juifs ashkénazes et séfarades ne font pas particulièrement. Tout comme les rituels de nos mariages.

Chez les religieux orthodoxes, les femmes portent une robe de mariage blanche avec le voile et le jeune marié un costume. Chez nous, la jeune mariée porte le sari vert pour la cérémonie du henné et le sari rouge qui marque l'adieu à sa famille. Le jeune marié porte, lui, un kurta, une tenue traditionnelle indienne. Mais parfois, le marié peut revêtir un costume occidental. Et lors de la fête traditionnelle, les jeunes mariés juifs indiens sont aussi portés sur des chaises pour la danse juive de la hora.

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