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Avignon 2017 Danse Burkina Faso France Culture

Publié le • Modifié le

[Vidéo] «L’œil troué» ou la transmission de la danse en Afrique

« Figninto – L’œil troué », chorégraphie de Seydou Boro et Salia Sanou, interprétée par Ousséni Dabaré, Jean-Robert Kiki Koudogbo, Ibrahim Zongo. Christophe Raynaud De Lage

Présentée dans le cadre du Focus Afrique subsaharienne du Festival d’Avignon, le véritable enjeu de la chorégraphie « Figninto - L’œil troué » est la transmission. Vingt ans après avoir créé la pièce (récompensée à l'époque par le prix Découverte RFI), Seydou Boro et Salia Sanou, chorégraphes burkinabè et  directeurs du Centre de développement chorégraphique La Termitière de Ouagadougou, l’ont confiée à trois jeunes danseurs chorégraphes qu’ils ont eux-mêmes formés. Entretien.


RFI : Votre pièce commence avec un homme seul dans un cercle de lumière. Quelle est l’histoire racontée par Figninto – L’œil troué ?

Salia Sanou : Seydou et moi, nous avons dansé cette pièce, il y a vingt ans. Cela parle de la relation manquée entre les êtres humains, entre des amis. À un moment, un ami te veut parler et tu n’as pas le temps de l’écouter. Et trente minutes après, cet ami décède accidentellement. Et là, tu te retrouves face à toi-même. Peut-être cette personne voulait te parler de sa mort et tu n’as pas eu le temps de l’écouter. C’est bouleversant. Donc, la création de ce spectacle part de cet état de solitude, d’appréhension, quand tu n’as pas su écouter la personne à l’instant même.

RFI : À un moment, un des trois danseurs fait une chute sur le dos. Est-ce une pièce sur la vulnérabilité de l’homme ?

Seydou Boro : Oui, ça évoque cela. À partir du moment où il y a cette relation manquée, ce rendez-vous manqué avec une personne, il y a une douleur, une tension qui se crée. Physiquement, on s’investit. Il y a ce regret. Le corps, à un moment donné, exprime ce regret. C’est cette douleur qui est relatée dans ce mouvement.

Vous êtes au Festival d’Avignon pour transmettre cette pièce. Que signifie pour vous la transmission ?

Salia Sanou : La question de la mémoire et de la transmission est très importante. Et encore plus important par rapport à la danse, par rapport au corps. Nous avons dansé cette pièce, il y a 20 ans. Nous avons parlé d’une relation manquée, de l’écoute par rapport à l’autre. Aujourd’hui, vingt ans après, cette question de la relation entre les êtres, entre les hommes, est toujours d’actualité. Transmettre cette pièce à des jeunes que nous avons formés est pour nous quelque chose de très important. C’est la mémoire. C’est transmettre pour qu’on n’oublie pas.

Quelles sont les difficultés pour transmettre aujourd’hui la danse contemporaine au Burkina Faso, en Afrique ?

Seydou Boro : Au niveau du Burkina, par exemple, ce qui est très important, c’est la question : comment transmet-on à de jeunes danseurs ? Aux danseurs que nous avons formés ? Il y a d’abord l’histoire d’un lieu, La Termitière, à Ouagadougou. Donc, les danseurs sont issus de cette formation et de ce lieu. En même temps, cela signifie que cette histoire ne s’oublie pas. C’est important de laisser une trace. Et comme on parle dans la pièce d’une relation manquée, comment fait-on pour ne pas manquer cette relation avec les jeunes danseurs d’aujourd’hui ? Notre expérience devient aujourd’hui un capital pour ces jeunes danseurs. Au niveau du continent africain, il est très important de laisser des traces dans l’histoire de la danse, de ceux qui l’ont vécue, et de la transmettre aux jeunes danseurs.

« Figninto – L’œil troué », chorégraphie de Seydou Boro et Salia Sanou, interprétée par Ousséni Dabaré, Jean-Robert Kiki Koudogbo, Ibrahim Zongo. Christophe Raynaud De Lage

Qu’est-ce que cela vous fait de transmettre cette pièce ici au Festival d’Avignon ? Là où se transmet cette année dans la Cour d’honneur aussi la tragédie grecque Antigone, réinterprétée par Satoshi Miyagi en japonais, deux mille quatre cents ans après sa création. Qu’est-ce que vous espérez pour votre pièce dans vingt ou cent ans ?

Salia Sanou : Pour nous, Avignon, c’est un rendez-vous important de créateurs et pour des œuvres chorégraphiques et théâtrales. C’est important pour nous d’être là et que le public découvre à nouveau ce spectacle. On s’en rend compte que les mêmes histoires sont toujours là et perdurent : ces relations manquées qui – à l’échelle mondiale – provoquent des catastrophes, des guerres… Donc, cette relation part d’une façon intime avec l’autre, mais dans notre entendement de cette création, il s’agit aussi de la relation dans la cité, dans le pays, sur le continent et à travers le monde. Évoquer ces questions dans le cadre d’un rendez-vous aussi important que le Festival d’Avignon, c’est nécessaire et important. Et avec Antigone, un classique traité par un créateur contemporain, je pense que Satoshi Miyagi donne une œuvre à voir avec sa culture et il dialogue aussi. Aujourd’hui, le monde doit dialoguer. Les gens doivent dialoguer pour mieux se comprendre.

La pièce est présentée dans le cadre du Focus Afrique subsaharienne du Festival. Que signifie ce Focus pour vous ?

Seydou Boro : C’est quand même un grand rendez-vous quand on voit les artistes et les talents qui viennent du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso… Cela montre le dynamisme de la danse en Afrique aujourd’hui. Pour nous, c’était un rendez-vous à ne pas manquer. Cette visibilité permet aux œuvres d’exister. Il y a un public qui est au rendez-vous. Un artiste ne peut pas demander mieux que ça.
Salia Sanou : Sur la question du Focus Afrique subsaharienne, les mots ont leur importance, mais je pense que le mot « Focus Afrique » est secondaire. Ce qui est primordial, c’est la production d’une œuvre. Reprendre Figninto – L’œil troué », c’est une œuvre qui est véhiculée et qui véhicule des messages et dialogue avec le public. Pour nous, c’est ça le plus important. À ce rendez-vous, l’Afrique a son mot à dire et l’Afrique doit apporter sa part de responsabilité, sa parole et ses œuvres.

Figninto – L’œil troué, chorégraphie de Seydou Boro et Salia Sanou, interprétée par Ousséni Dabaré, Jean-Robert Kiki Koudogbo, Ibrahim Zongo, au Festival d’Avignon 2017, du 9 au 15 juillet au Théâtre Benoît-XII.

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