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Football Coupe du monde 2018 Russie

Publié le • Modifié le

Coupe du monde 2018: supporters russes, la mauvaise réputation

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Plus sage, ce joli tifo proposé par les supporters du CSKA Moscou. La passion pour l’ancien club de l’Armée Rouge est réelle. Les chants vont durer tout le match. Th.DSL/RFI

Sans eux, le court séjour français de l'équipe de Russie à l'Euro 2016 n'aurait pas franchi le cap de l'anecdotique. Eux, ce sont les supporters de la « Sbornaya », et plus précisément leur frange extrême, environ 200 hooligans réputés violents et racistes. A Marseille, en marge de la rencontre face à l'Angleterre, ils avaient laissé derrière eux le chaos et des dizaines de blessés, dont quatre graves. A maintenant un an de la Coupe du monde, les organisateurs se passeraient bien de la publicité. Les fans « lambda » aussi. Et tout le monde se veut rassurant.


Dimanche 30 avril 2017, jour de derby à Moscou. Soleil généreux, 20 degrés au compteur et la température va encore monter d'un cran. Dans moins d'une heure, les grands rivaux de la ville, le CSKA et le Spartak, se disputeront la première place du championnat russe. Parmi les 30 000 supporters - des jeunes, des vieux, des filles et pas mal de gros bras - un drôle de binôme discute devant « l'Arena », l'écrin de l'ancien club de l'Armée Rouge. Deux trentenaires, Robert et Evgeny, une passion : le CSKA. Pour le reste, tout les oppose.

Lassé des dérapages racistes et violents d'une petite partie des supporters de l’équipe, lassé d'y être associé, Robert a lancé, il y a deux ans et demi, le mouvement « CSKA Fans Against Racism ». Aujourd'hui, ils sont une petite centaine. Le but est simple : « Montrer que la grande majorité de nos supporters sont contre toutes ces conneries », les moyens aussi : « Nous communiquons via les réseaux sociaux et des blogs influents » et l'initiative est bien reçue : « Le CSKA a demandé à des joueurs d'enregistrer un message vidéo antiraciste. Nous avons même reçu des lettres de certains ''durs". Ils ne peuvent pas officiellement nous soutenir, mais nous souhaitent bonne chance. C'est un signe encourageant. » Un signe aussi que le problème n'est pas réglé. « C'est vrai, c'est un travail sur le long terme », reconnaît Robert en revissant sa casquette CSKA, « un travail d'éducation d'abord. Par exemple, nous avons dû expliquer la connotation de symboles comme la croix celtique. Certains pensaient que c'était une cible de tir. »

« Hooligan, un style de vie »

Aux antipodes de Robert, son camarade de tribune, Evgeny. Ce blond costaud est engagé de l’autre côté : « Etre hooligan, c'est un style de vie, tout donner pour son club, le défendre au stade et en dehors, peu importe les moyens. » Pour lui, les événements de Marseille sont justifiés : « Les soi-disant hooligans les plus redoutés du monde, les Anglais, ont eu ce qu’ils méritaient. Quelques jours avant le match, ils étaient déjà dans la provocation. Les nôtres ont réagi en conséquence. »

A l’Euro, un visage avait incarné le caractère sulfureux des fans russes. Celui d’Alexander Chpryguine, chef de la VOB, l’union des supporters russes. Expulsé de France, ce colosse de presque deux mètres avait reçu un accueil triomphal au moment de son retour au pays. Depuis, le vent a tourné : la fédération nationale de football a écarté son association, question d’image.

L’homme a perdu du pouvoir, pas son sens de la provoc’. Il donne rendez-vous dans un bar soigneusement choisi, Les Bagarreurs, et multiplie les allusions au rival anglais, noyées dans un discours plutôt rassurant : « Pendant le Mondial, les touristes devront savoir où ils mettent les pieds, comme partout. Si des Anglais ivres se perdent dans des coins reculés, s’ils ont, par exemple, la mauvaise idée de brûler un drapeau russe, ils passeront un sale quart d’heure. Sinon, les rues seront très sûres. Le FSB (NDLR : les services secrets) et la police surveillent déjà les individus les plus dangereux et ils seront priés de rester chez eux. Et puis nos supporters connaissent leurs limites. Contrairement aux Anglais, ils n’iront pas se saouler à la bière pour taper des passants. Ils emploient la force uniquement en réaction. »

Deux visages des tribunes russes. A gauche, Evgeny se présente comme hooligan. A droite, son camarade Robert, à l’initiative du mouvement «CSKA fans against racism». Deux idéologies totalement opposée, rassemblée sous une bannière, celle de leur club. Th.DSL/RFI

Un « Marseille bis » peu probable en 2018

A entendre Alexander Chpryguine, il y aurait presque un code d’honneur chez ces hooligans russes. Une chose est sûre, ils ne correspondent pas forcément aux clichés : « Toutes les classes sociales sont représentées, pas seulement le bas de l’échelle. Il y a par exemple des banquiers, des agents de sécurité et même des policiers », explique Ilia Artemiev, de l’ONG SOVA. Ces hommes boivent peu, s’entrainent beaucoup et sont très organisés. « C’est pour ça qu’à Marseille, les gens ont pensé qu’il s’agissait des forces spéciales. Mais non, il n’y avait que des supporters », claironne l’insondable Alexander Chpryguine.

Comme lui, les hooligans sont souvent sympathisants des thèses ultranationalistes. D’où, sans doute, l’envie de ne pas gâcher la fête dans leur propre pays. Et ce « festival de violence » promis par un membre du groupe Orel Butchers lors d’un entretien à la BBC en février dernier ? « Une commande politique typique de la presse d’Europe de l’Ouest » pour Alexander Chpryguine : « C’était une phrase lancée sur le ton de la blague. Elle a été sortie de son contexte. Les Anglais veulent créer un sentiment de terreur parce qu’ils sont jaloux de voir la Coupe du Monde se jouer ici. Mais, je le répète, tout se passera bien. » A condition, quand même, que les différents services de sécurité serrent la vis question contrôles : après un véritable spectacle pyrotechnique (fumigènes, bombes agricoles…) offert par les kops des deux équipes, le derby CSKA – Spartak est interrompu à deux reprises. Carton jaune.

La Coupe des Confédérations 2017 s'ouvre à Saint-Pétersbourg ce samedi 17 juin et se poursuit jusqu'au 2 juillet. Cette compétition internationale, moins médiatisée, aura valeur de test pour le pays organisateur du prochain Mondial.

Chronologie et chiffres clés