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Israël Togo Terrorisme Faure Gnassingbé Diplomatie

Publié le • Modifié le

Le premier sommet Israël-Afrique au Togo initiera-t-il un rapprochement?

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Le président togolais Faure Gnassingbé tient une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre Benyamin Netanyahu, le 10 août 2016 à Jérusalem. RONEN ZVULUN / POOL / AFP

Le premier sommet Israël-Afrique a été annoncé pour octobre 2017 au Togo. Il marque l’intérêt croissant, économique et diplomatique, de l’un des partenaires « non traditionnels » et des plus discrets du continent. Ce sommet va permettre à Faure Gnassingbé, le président togolais, d’attirer l’attention sur son pays, tout en renforçant la relation spéciale qui existe déjà entre Tel-Aviv et Lomé - comme avec d’autres pays tels que la Côte d’Ivoire, la RDC, le Cameroun et le Rwanda.


L’Etat hébreu chercherait-il à rattraper la France, les Etats-Unis, l’Inde, la Chine et la Turquie, autant de puissances organisatrices de sommets avec l’Afrique, présentée depuis dix ans comme une terre d’avenir et la dernière frontière de la croissance mondiale ? Les motivations, en l’occurrence, ne paraissent pas clairement économiques.

Les exportations israéliennes vers l’Afrique restent marginales (1,6% du total des ventes d’Israël à l’étranger en 2015). Elles ont baissé d’un tiers en valeur entre 2012 (1,538 milliard de dollars, selon l’Israel Export Institute, IEI) et 2015 (1,045 milliard de dollars). Les importations en provenance d’Afrique, à hauteur de 269 millions de dollars par an (hors diamants), ne pèsent guère plus de 0,5% du total des importations israéliennes en 2015.

Israël confirme néanmoins son retour diplomatique sur la scène africaine, commencé en 2009 avec la première grande tournée africaine (Ethiopie, Kenya, Ouganda, Nigeria et Ghana) du ministre des Affaires étrangères Avidgor Lieberman. Un exercice de rapprochement répété en 2014, cette fois au Rwanda, en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Ethiopie et au Kenya. « Pendant des années, l’Afrique n’avait pas été considérée comme un enjeu important dans la politique israélienne », a expliqué sur les antennes de RFI le chercheur israélien Ely Karmon, de l'Institut pour la lutte contre le terrorisme au Centre interdisciplinaire de Herzliya, près de Tel-Aviv.

Le Togo, un partenaire privilégié

L’initiative, cependant, vient aussi largement du Togo, second partenaire commercial d’Israël en Afrique après l’Afrique du Sud en 2013 (en raison de gros achat portant sur du matériel de sécurité, à hauteur de 191 millions de dollars, selon l’IEI). Lomé a œuvré pendant des mois pour lancer un sommet sur la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, qui s’est finalement tenu sous l’égide de l’Union africaine (UA) en octobre 2016, lui permettant de redorer son blason sur la scène diplomatique africaine.

Depuis la chute du président gambien Yahya Jammeh, en janvier, le Togo est devenu le seul pays d’Afrique de l’Ouest à n’avoir pas connu d’alternance démocratique. « Faure Gnassingbé voudrait faire oublier le sang versé lors de sa succession à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir de 1963 à sa mort en 2005, très contestée par la rue cette année-là, explique un ancien diplomate français. Jeune président, il voudrait maintenant se distinguer par de grands projets d’infrastructures et des sommets internationaux d’envergure. »

Robert Dussey, le ministre des Affaires étrangères du Togo, espère accueillir une trentaine de délégations africaines à Lomé, malgré les relations parfois difficiles qu’entretiennent certains pays avec l’Etat hébreu.

L’Afrique, ceinture de sécurité « périphérique »

Pour mémoire, la plupart des pays africains ont rompu avec Israël en 1973 lors de la guerre du Kippour, à l’appel de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), solidaire de l’offensive égyptienne et des pays arabes. L’assistance technique apportée par Israël dans le développement agricole de 22 pays a alors pris fin, de même que les programmes de coopération militaire. Ils avaient permis de former les premiers pilotes de chasse du Zaïre, du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie, mais aussi des officiers tels que Joseph Mobutu et Idi Amin Dada.

La doctrine « périphérique » suivie par Israël visait à rompre son isolement diplomatique. « Tel-Aviv considérait que si elle ne répondait pas aux demandes d’aide militaire de l’Afrique, les pays arabes le feraient, notamment l’Egypte », écrit l’universitaire britannique Joel Peters, spécialiste des relations Israël-Afrique.

Certains ont renoué avec l’Etat hébreu plus vite que d’autres, souvent pour des raisons sécuritaires : le Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) dès 1982, le Liberia en 1983, la Côte d’Ivoire et le Cameroun en 1986, le Togo en 1987, le Kenya en 1988 et l’Ethiopie en 1989. Addis-Abeba a notamment négocié des livraisons d’armes pour lutter contre les indépendantistes érythréens, en contrepartie du programme d’émigration de la communauté juive éthiopienne, les Beta Israël.

Douze pays d’Afrique ne reconnaissent pas Israël

Le continent représente donc, plus que jamais, une ceinture de sécurité périphérique autour du monde arabe. D’autant plus que le double attentat anti-israélien de 2002 à Mombasa, au Kenya, avait coûté la vie à trois Israéliens et vu un charter à destination d’Israël échapper à deux tirs de missiles. « Nous traitons avec un axe du mal qui s’étend du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Ouest », avait alors déclaré le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman.

Il n’empêche : douze pays d’Afrique ne reconnaissent toujours pas Israël. Certains font partie de la Ligue arabe (Algérie, Comores, Djibouti, Libye, Maroc, Somalie, Soudan, Tunisie), d’autres pas (Guinée, Mali, Niger et Tchad). Le Maroc et la Tunisie conservent en revanche des liens avec l’Etat hébreu, contestés par leur opposition qui y voit une « normalisation » inacceptable. Une part importante des anciennes communautés juives du Maroc et de Tunisie, installées en Israël, reviennent chaque année fêter Pâques à Marrakech ou Djerba (45 000 visiteurs par an au Maroc).

Au Togo, certains ne voient pas non plus d’un bon oeil ce premier sommet, dans un contexte ouest-africain très sensible, où les pays du Golfe de Guinée sont encore relativement épargnés – en-dehors de la Côte d’Ivoire – par le terrorisme qui frappe toute la bande sahélienne. « C’est imprudent, note un ancien ministre togolais, car on se positionne dans un conflit qui n’est pas le nôtre, sans intérêt stratégique plus profond qu’une simple question de visibilité. Le Togo risque de devenir une cible. »

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