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Publié le • Modifié le

France: les galères d'Elena Cosma, Rom, ballotée de bidonville en hôtel social

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Elena Cosma et son mari Adrian à l'hôtel social, le 3 mars 2017. Nastasia Tepeneag/RFI

L’Union européenne a estimé qu’elle devait renforcer la lutte contre les discriminations et l’extrême pauvreté qui touchent la communauté rom, forte de dix millions de personnes. L’occasion de revenir sur leurs conditions de vie en France à travers le portrait d’Elena Cosma.


« Je te jure, j’en peux plus de cette vie, parfois je me dis que ça serait mieux d’en finir », soupire Elena. Extrêmement amaigrie, le visage creusé par l'inquiétude, la jeune femme de 27 ans en paraît dix de plus. Ballotée de bidonville en bidonville depuis son arrivée en France, il y a six ans, Elena tente tant bien que mal de joindre les deux bouts dans son hôtel social du 115. Mais ce n’est pas facile : « Au début, quand on m’a annoncé que j’allais être relogée à l’hôtel, j’étais joyeuse », se souvient-elle. Pourtant, elle a vite déchanté. « Sur le bidonville, au moins, il y a de l’entraide, des dons entre voisins. Mais ici, c’est dur, très dur. Tu n’as plus personne sur qui t’appuyer. »

Elena réfléchit à retourner dans un bidonville, mais pour l’instant, elle n’a pas l’argent : « Il faut payer pour les matériaux de construction et je n’ai pas ce qu’il faut », soupire-t-elle. Si elle s’est retrouvée ici, c’est après l’incendie de sa cabane sur le bidonville de la porte des Poissonniers, une des portes de Paris, le 22 février dernier. Au total, trois baraques de fortune ont pris feu, dont la sienne. « Quand j’ai vu le feu monter, vers 10h-11h, j’ai pris les enfants et je suis partie précipitamment. » Son mari, Adrian, un jeune homme débrouillard de 26 ans aux yeux bleus perçants, faisait la manche près du feu tricolore pour récolter un peu d’argent. « Heureusement, ce jour-là je n’ai pas envoyé Darius, mon grand garçon, à l’école. Il ne se sentait pas bien. Sinon je ne sais pas ce qui se serait passé. » Car peu après l’incendie, les habitants du bidonville ont été expulsés.

Une dizaine de familles ont été relogées dans un hôtel social près de la basilique de Saint-Denis. Elena en fait partie, avec son mari Adrian et deux de ses enfants actuellement en France. Les trois autres sont restés en Roumanie avec les parents de la jeune femme. « Là-bas, c’est encore plus compliqué, il n’y a pas d’aide sociale, rien. Juste une allocation de 10 euros par mois et par enfant. Avec ça, qu’est-ce que tu veux faire ? »

Après l’incendie de sa baraque, Elena a presque tout perdu : « Dans mon malheur, j’ai eu un peu de chance, un voisin a récupéré mon classeur avec tous mes papiers mais on n’a pas pu récupérer de vêtement de rechange et les papiers d’Adrian ont brûlé. » Près de la basilique Saint-Denis où ils avaient garé leur voiture, stationne une sorte de 4x4 blanc clinquant acheté 700 euros en Angleterre pour leur servir de repli en cas d’expulsion. « Des jeunes Maghrébins ont cassé les vitres, probablement pour voir ce qu’il y avait à voler », raconte Elena, dépitée. La police est arrivée mais en l’absence de papiers pour le véhicule, il a été saisi.

L’hôtel social, inadapté aux besoins de la famille

Autre difficulté du quotidien : la réglementation de l’hôtel social qui interdit non seulement les visiteurs, bien que certains travailleurs sociaux soient tolérés, mais surtout l’interdiction formelle de cuisiner. Donc pas de cuisine à disposition, pas de frigo pour conserver les aliments. Les habitants de l’hôtel social sont obligés soit d’acheter de la nourriture sèche comme des saucissons, du fromage ou des plats cuisinés hors de prix à réchauffer grâce à l’unique four à micro-ondes mis à disposition pour tous les résidents dans l’entrée de l’hôtel. « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Je n’ai pas d’argent pour acheter à manger pour mes enfants et ils n’en peuvent plus de ces aliments froids et secs. Darius ne mange même plus. »

Alors Elena a acheté une plaque électrique et une casserole, avec l’aide de bénévoles associatifs pour préparer un repas chaud, en toute illégalité. Darius, son petit garçon de 9 ans, est scolarisé vers Marx Dormoy, près de l’ancien bidonville. Pour l’emmener à l’école, Adrian fait deux heures aller-retour en transports en commun. Au total, il passe près de quatre dans le métro pour accompagner son fils en classe. « Parfois, on se demande si on va pouvoir continuer comme ça », dit Elena.

Car Darius est épileptique. Il a besoin d’un suivi et ne peut se déplacer seul en métro. Et pendant ce temps, Adrian ne peut pas faire la manche et cela fait un gros manque à gagner pour la famille déjà en situation très précaire. Le temps de faire les démarches, la petite famille a déjà été relogée ailleurs. Après un mois et demi dans un hôtel social près de la basilique Saint-Denis, la voilà renvoyée vers un autre hôtel social au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis. Le temps de prendre ses repères dans le quartier, de se rapprocher des associations et d’entamer les démarches pour la domiciliation et la scolarisation sectorisée de Darius, la famille doit tout recommencer ailleurs.

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