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Publié le • Modifié le

Pays-Bas: Alphonse Muambi, itinéraire d’un «nomade intellectuel»

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Alphonse Muambi devant la porte du Parlement néerlandais à La Haye, le 15 mars 2017. RFI / Stéphanie Maupas

Le parti libéral du Premier ministre Mark Rutte est arrivé en tête des législatives du 15 mars aux Pays-Bas. Les résultats définitifs seront connus la semaine prochaine. En attendant, le leader populiste Geert Wilders est largement distancé et s’affirme comme le perdant de ce scrutin. Mais la surprise attendue de cette élection vient du Groen Links, le parti Vert néerlandais d’Alphonse Muambi. Ce Néerlandais d’origine congolaise était 46e sur la liste et ne siègera donc pas. Mais il salue néanmoins une victoire, riche de promesses futures. Histoire d’un parcours politique, des rues de Kinshasa aux portes du Parlement néerlandais.


De notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

« Avant même le vote, j’avais déjà gagné », assure-t-il. Quarante-sixième sur la liste du Groen Links, Alphonse Muambi n’avait aucune chance d’être élu. Mais « le fait d’avoir pu être candidat, et d’avoir pu inspirer des gens est déjà une victoire », savoure-t-il.

Dans les prochains jours, les négociations pour la formation d’une coalition gouvernementale débuteront. Selon l’une des hypothèses, le Groen Links pourrait décrocher quelques ministères. Quant à Alphonse Muambi, il ne siègera pas au Parlement, du moins pas encore. Mais tout, chez lui, est politique. Pendant des années, il l’a défiée, observée, jaugée, jugée, et puis un beau jour de l’été 2016, il a décidé d’aller voir de l’autre côté. Il a frappé à la porte du Groen Links. Elle s’est ouverte. Il y avait aussi le Denk (Penser), un tout jeune parti qui fait son entrée au Parlement. Formé par des parlementaires d’origine turque, déçus d’un parti travailliste en chute libre, ils dénoncent les injustices envers les immigrés. « Le Denk est très populaire auprès des étrangers ici, explique Alphonse. Mais ils sont populistes, comme le parti de Geert Wilders. Il y a, avec eux, une victimisation des étrangers. Moi, j’ai été accueilli ici et je n’ai pas envie d’être " contre ", j’ai envie d’être " avec " ».

Inspirer les générations futures

Il nous accueille au Swinging Safari, une institution de la cuisine africaine à La Haye. Ce n’est pas vraiment son QG de candidat, même si ses amis le saluent, d’un air faussement déférent et pleinement amusé, d’un « bonjour président ». Alphonse Muambi n’a pas vraiment le droit de faire campagne. Il a quand même discrètement imprimé quelques tracts à la gloire du n°46. Difficile de lui faire intégrer la discipline de parti. Analyste, conférencier, interprète, Alphonse Muambi a plusieurs casquettes, mais une seule visière : celle de son indépendance.

De son bureau, qui donne sur un canal, il écrit ses analyses et a publié un premier livre, Democratie Kun je niet eten, qui signifie « La démocratie ne se mange pas ». L’histoire d’Alphonse Muambi, c’est celle d’un « nomade intellectuel ». Une question le taraudait depuis longtemps : « Qu’est-ce que je redonne à mon pays ? Rien, jusqu’ici rien », affirme-t-il sévère. Si sa candidature aide l’Afrique ? « Oui, oui, oui ! J'en suis sûr ! J’ai une approche de l’Afrique différente d’un politicien européen. »

Sa participation, il la voit comme l’opportunité de donner au parti les clés pour comprendre l’Afrique et affiner son programme international. Chez lui, dans son autre pays, dans les villages du Kasaï, terre de ses parents, on le suit sur Facebook. Etre candidat en Europe, c’est possible, et il veut le dire haut et fort. L’un de ses fidèles l’a mis en chanson, et composé une rumba congolaise à la gloire du candidat. Le nouveau politicien espère « montrer le chemin à la génération future » et ne déteste déjà pas les slogans : « Je veux leur dire " yes, you can ". Vous êtes chez vous. Ils sont nés ici ! », lance-t-il, gonflant le torse sur un tee-shirt aux couleurs de l’Afrique du Sud.

« Moi, je suis Hollandais d’origine congolaise. La mondialisation, c’est comme un téléphone portable, on ne sait pas d’où viennent les composants. C’est un peu ça, non ? » Le monde globalisé ne l’effraie pas. Il veut l’organiser, lui aussi. D’autant qu’« en Europe, la démocratie, c’est les Marine Le Pen, les Wilders. Avec eux, je suis un étranger, je le serai toujours. Est-ce une faiblesse ? »

A ceux qui, comme lui, ont pris l’exil, « Je leur dis : vous êtes ici, maintenant. Il ne faut pas penser " Je suis un brouillon, et je mettrais cela au propre plus tard ". Demain, ce sera trop tard. » Anoumé lève un verre au candidat. « Votez pour Alphonse ! Pour le reste, on peut discuter », lance-t-il à la cantonade amusée et curieuse.

La sous-alimentation politique

Alphonse Muambi est né un 14 octobre. « Mes parents avaient oublié la date exacte, alors on m’a donné celle de Mobutu », explique-t-il. C’était il y a 48 ans à Lubumbashi, au Katanga, le poumon économique du Congo. « La bombe atomique sur Hiroshima, c’est nous ! » Une fierté ? Un grand rire. « Non, non, je demande pardon ». Puis plus grave : « Quand le Mur de Berlin est tombé… Il nous est aussi tombé sur la tête au Congo ! C’était les années 1990, on voulait renverser le dictateur. C’était aussi l’époque du discours de Mitterrand sur la démocratie. »

Alors l’étudiant défile dans les rues de Kinshasa. « On voulait ressembler à l’Europe moderne, démocrate, celle de la bonne gouvernance, et que sais-je encore », se souvient-il. Mais Mobutu gardera le pouvoir jusqu’à sa fin, en 1997. C’est donc lui qui est parti, « à cause de la sous-alimentation politique ». A 23 ans, il emprunte les routes tortueuses de l’exil. Le Nigeria d’abord, puis le Togo, et enfin l’aéroport de Schiphol. Aux Pays-Bas, « j’ai vu nos mamans, avec ces grands manteaux. Mais il y a des valeurs derrière ce manteau, alors que les gens ne voient rien d’autre qu’un demandeur d’asile ». En lui, les autorités n’ont néanmoins pas reconnu le réfugié politique. « C’est ma femme qui m’a reconnue », lance-t-il. Karine, Néerlandaise, avec laquelle il a fondé une famille, et fait grandir deux jolies filles. « Elles sont Néerlandaises ces filles-là. Elles ne parlent pas le lingala. Mais elles vont prendre la relève dans ce pays, ici. »

Chronologie et chiffres clés