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Publié le • Modifié le

L'Afrique, terre de production, de transit et de consommation des drogues

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Une saisie de drogues brûlée à Dakar, au Sénégal. RFI / Guillaume Thibault

Longtemps perçu, principalement, comme un continent de transit pour le trafic de certaines drogues à destination de l’Europe, l’Afrique est devenue aujourd’hui un marché de consommation, un pôle de production important et de destination de tous les types de drogue. Ces nouvelles tendances, signalées par les Nations unies dans leur rapport annuel de l’Organe International de Contrôle des stupéfiants (OICS) et par le rapport de mars 2017 du Bureau for International Narcotics and Law Enforcement Affairs (NDLEA) du Département d’Etat américain, confirment ce nouveau positionnement du continent, qui semble être en plein développement.


Le marché mondial de la drogue se porte plutôt bien malgré une lutte internationale permanente pour en diminuer l’impact à défaut de pouvoir l’endiguer. Les sommes d’argent générées sont considérables et jouent un rôle important dans l’économie mondialisée. La nouveauté, c'est que l'usage des drogues se répand et touche toutes les catégories sociales. Une des tendances actuelles, d’après les rapports mondiaux, serait une augmentation significative de la consommation féminine.

La production mondiale

L’offre se diversifie, des produits nouveaux apparaissent même si les grandes familles de drogues traditionnelles sont toujours présentes et connaissent périodiquement des retours à la mode chez les usagers. C’est le cas, par exemple, de l’héroïne dont l’usage revient en force chez les toxicomanes aux Etats-Unis. Pour répondre à cette demande, le Mexique s’est remis à produire du pavot (28 000 hectares plantés en 2015). Le pavot étant la plante qui permet de faire de l’opium et d’autres drogues comme l’héroïne. Même des pays comme le Guatemala et la Colombie se sont lancés plus modestement dans la culture du pavot, alors que les pays d’Asie ont toujours été traditionnellement des producteurs d’opium. L’Afghanistan reste toujours actuellement le plus gros producteur mondial, même s'il a connu une baisse ces dernières années pour des raisons, dit-on, principalement climatiques (201 000 hectares en 2015).

De son côté, la culture de la coca, à partir de laquelle on fait principalement de la cocaïne et d’autre dérivés, est toujours en pleine expansion. L’ensemble des trois principaux pays producteurs (Colombie, Pérou, Bolivie) ont planté plus de 248 000 hectares de coca en 2015 (186 500 en 2008) et ils augmentent constamment leur offre, tandis que viennent se rajouter plus modestement de nouveaux producteurs, comme l’Argentine et le Venezuela.

La troisième grande famille de drogue cultivée, dans la classification onusienne, est le cannabis qui se présente sous forme de feuilles à fumer, la marijuana ou de résine de cannabis, le haschich. C’est la plante la plus produite et la plus consommée dans le monde (14% des saisies mondiales en Afrique), qui aujourd’hui fait l’objet de légalisation à la consommation et à la production dans certains Etats. Si des pays comme le Mexique, historiquement grand producteur de cannabis, ont aujourd’hui diminué sa culture, c’est selon les experts, parce que les groupes de narcotrafiquants préfèrent se lancer dans des cultures plus rentables comme la coca ou aujourd’hui le pavot. Secteur dans lequel l’Afrique n’est pas en reste, le Maroc étant à l'heure actuelle, selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le plus gros producteur et exportateur mondial de cannabis. D’après l’ONUDC, le Maroc aurait produit 700 tonnes de cannabis sur la période 2015-2016, dont 23% de haschisch.

L’Afrique un carrefour de routes transnationales

Au-delà de l’exportation de la résine de cannabis (haschisch), le Maroc est aussi un pays de transit pour la cocaïne sud-américaine à destination de l’Europe. D’après l’ONUDC, des voyageurs principalement d’Afrique de l’Ouest sont arrêtés chaque semaine à l’aéroport international de Casablanca avec des kilos de cocaïne dissimulés à l’intérieur de leurs bagages ou ingérés. Fin 2016, les autorités marocaines ont réalisé deux saisies records de cocaïne, l’une de 250 kilogrammes impliquant l’arrestation de deux Péruviens dans un laboratoire de transformation de cocaïne à Oujda et une autre saisie d’environ 1230 kg sur un navire à Dakhla. Le Maroc, comme la Mauritanie, est une étape pour le trafic transatlantique mais aussi pour le trafic en provenance d’Afrique de l’Ouest vers l’Europe principalement.

On sait depuis longtemps que de nombreux trafics passent par le Sahara et que la situation ne s'est pas améliorée avec les conflits dans la région. C’est en général un axe de passage pour de la cocaïne sud-américaine qui a été débarquée sur des pays de la côte comme le Cap-Vert, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Bénin ou le Nigéria, à destination du nord. Mais c’est aussi à partir de ces côtes atlantiques que l’Afrique exporte vers l’Est, vers le Moyen-Orient et même l’Asie pour alimenter en cocaïne par exemple de nouveaux marchés comme la Chine. Ces routes véhiculent aussi de nombreuses autres drogues dont des productions africaines de cannabis, de méthamphétamines et de précurseurs chimiques.

De multiples autres routes existent à travers le continent, jusqu’en Afrique du Sud. Mais l’une des informations qui apparait dans de nombreux rapports, c’est le développement de routes de l'héroîne en provenance d’Asie qui utilisent, à plus grande échelle que par le passé, le continent africain pour arriver en Amérique ou en Europe via principalement l’Afrique de l’Est (trafic maritime par conteneurs principalement) et de l’Ouest (directement ou via l’Afrique de l’Est). La Tanzanie, le Bénin ou le Ghana sont par exemple, d’après le rapport de mars 2017 du Département d’Etat américain, des pays de transit pour l’héroïne de l’Asie du Sud-Ouest vers les principaux marchés d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. Ces trafics dans tous les sens et sur toutes sortes de produits alimentent aussi une consommation locale en plein développement.

Praia, la plus grande ville du Cap-Vert possède par exemple un aéroport international bien desservi avec des vols directs vers les Etats-Unis, l’Europe et le nord du Brésil, couplé avec un port maritime actif et un vaste domaine maritime qui en font un point particulièrement attrayant pour le trafic international (par air, terre et mer). L’UNODC, dans son dernier rapport, observe que les jeunes des zones urbaines utilisent couramment au Cap-Vert des drogues aussi variées que le cannabis, la cocaïne, l’héroïne et les méthamphétamines, signature de la présence de ces drogues et donc de trafics existant. D’après l’ONUDC, « 11% des consommateurs d’opiacés dans le monde vivent aujourd’hui en Afrique, dont plus de la moitié en Afrique de l’Ouest et centrale ».

Le carrefour du Nigéria

L’emplacement central du Nigéria sur les principales routes de trafic et « la corruption généralisée facilite les activités criminelles… et permet aux groupes criminels de s’épanouir et de faire du Nigéria un important carrefour du trafic » écrit le Département d’Etat américain dans son rapport 2017. Le Nigéria y est décrit comme « un pays de transit important pour l’héroïne et la cocaïne destinés à l’Europe et dans une moindre mesure aux Etats-Unis. Les réseaux criminels organisés nigérians restent des acteurs majeurs du trafic de cocaïne et d’héroïne à travers le monde, facilités par la diaspora nigériane étendue ». Ces organisations criminelles produisent et traitent de la méthamphétamine et l’exportent vers l'Afrique et l’Asie du Sud-Est.

La méthamphétamine et d’autres drogues de synthèse sont produites en grande quantité dans les états du sud-est du Nigéria. Un laboratoire important a été découvert récemment à Asaba, capitale de l’Etat du Delta. En 2016, la NDLEA a déclaré avoir saisi 276,118 tonnes de cannabis ; 290,64 kg de méthamphétamines ; 136,08 kg de cocaïne ; 19,7 kg d’héroïne ; 6 kg d’amphétamine ; 1046,87 kg d’éphédrine ; 65,7kg de khat et 76,6 Mt d’autres substances psychotropes, soit un total de 354,3 Mt de saisies totales de drogues au Nigeria.

Pour l’ONUDC, rien qu’en Afrique de l’Ouest, le trafic de drogue provoque sur l’économie une perte annuelle qui s’élève à environ 1,3 milliards de dollars dans les secteurs de la santé, du travail et autres. Au fil du temps, l’Afrique, qui n’était qu’une zone de transit, est devenue un nouveau marché de consommation et de production, développant ses propres organisations criminelles, ses propres routes à travers le monde, ce qui en fait dorénavant un grand acteur du trafic international de drogue.

►A (re) lire également : Drogues: consommation et trafic, où en est-on?