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Azerbaïdjan Défense Arménie

Publié le • Modifié le

Karabagh: l’Azerbaïdjan en quête de supériorité militaire

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Sous la surveillance attentive des militaires, des civils assurent faire l’objet d’un feu massif de la part des Arméniens, même si les dommages semblent très limités. RFI / Romain Mielcarek

Les Azerbaïdjanais continuent de réclamer que l’Arménie restitue les territoires occupés autour du Karabagh. Bakou, à qui la communauté internationale a donné raison, ne parvient cependant pas à mettre en place de solution. Alors, en attendant, les militaires tentent de montrer les muscles pour pousser leurs ennemis de 30 ans à la table des négociations.


« Vivre avec eux de nouveau ? Jamais je n’accepterai. » Les yeux remplis de haine et de rancœur, ce villageois du sud de l’Azerbaïdjan témoigne d’un sentiment récurrent à travers le pays. Tous, sans exception, affirment leur volonté de faire la paix avec l’Arménie. Pourtant, le long de la ligne de contact, des milliers de militaires, notamment des jeunes conscrits, surveillent l’ « ennemi ». « Ici, la paix, ça ne veut rien dire, crache un officier. On doit se battre. » Il y a deux semaines, ils ont perdu cinq hommes dans un tir d’artillerie.

Cela va bientôt faire trente ans que les Azerbaïdjanais et les Arméniens sont en guerre, autour de ce territoire contesté. La majorité arménienne qui l’habitait a revendiqué son indépendance, causant la fuite de leurs voisins azéris. Aujourd’hui, 20% du territoire dépendant de Bakou est sous contrôle arménien. Mais impossible de trouver une solution : les Arméniens se disent terrifiés à l’idée de revenir sous l’autorité du pouvoir azerbaïdjanais, craignant des représailles ethniques.

Alors année après année, la jeunesse azerbaïdjanaise se relaie pour surveiller la montagne. Depuis 2011, le niveau de tension est remonté, avec des combats particulièrement violents en avril 2016. Depuis, plusieurs dizaines d’hommes sont morts, de ce côté de la frontière. « J’ai fait mon service ici, se souvient un fonctionnaire de Bakou. A l’époque, j’ai surtout poireauté face au vide. Personne ne veut la guerre. Moi non plus. Mais sincèrement, qu’on soit fonctionnaire, agriculteur ou autre chose, on est aussi soldats. Et si le président nous le demande, nous prendrons tous les armes. »

Un drone arménien, que l’armée azerbaïdjanaise assure avoir abattu récemment. Ministère de la Défense azerbaidjanais

Renforcer l’effort militaire

L’Azerbaïdjan dispose d’un avantage militaire clair sur l’Arménie : plus de moyens financiers, plus d’hommes et un matériel plus sophistiqué. Mais les soldats de Bakou font face à une position tactique (le Karabagh est en altitude, offrant aux Arméniens des hauteurs précieuses dans les combats) et stratégique (le soutien du grand frère russe à Erevan calme toutes les ardeurs) défavorables. Si la communauté internationale reconnaît la légitimité de l’Azerbaïdjan sur l’ensemble de ces territoires, personne n’a trouvé comment convaincre les deux camps de se mettre d’accord sur une solution.

Alors que Bakou ne cesse d’augmenter son budget militaire, le numéro deux du ministère de la Défense, le général Karim Valiyev, égraine les efforts réalisés au profit des armées. Vingt-cinq postes militaires ont été modernisés le long de la ligne de contact, plusieurs casernes ont été refaites à neuf, l’armement a été modernisé avec des achats auprès d’entreprises russes, turques, israéliennes mais aussi françaises (le constructeur de navires militaires DCNS est en pleine phase prospective dans ce pays).

Pour gagner en autonomie, l’Azerbaïdjan renforce aussi son industrie de défense nationale. Le pays est aujourd’hui capable de produire une partie de ses équipements légers et commence même à fabriquer des drones. Déclinaison locale de l’Israélien Orbiter 1K, le Zarba est par exemple un engin de renseignement léger made in Azerbaidjan. Les militaires utilisent ce type d’appareils pour repérer les manœuvres des Arméniens et guider leurs tirs d’artillerie.

Sur cette vidéo publiée par le ministère de la Défense azerbaïdjanais, on voit des Arméniens ciblés par des tirs d’artillerie, guidés par drone, au Karabagh. 

Le général Valiyev se félicite de la supériorité des Azerbaïdjanais sur leurs ennemis : « Les Arméniens qui servent sur la ligne sont démotivés, assure-t-il. Aujourd’hui, il est difficile pour eux de cacher quoi que ce soit. On a observé la mobilisation en Arménie. Des tanks et de l’artillerie sont concentrés à proximité de la ligne de contact. Mais il y a des affrontements entre les Arméniens du Karabagh et ceux d’Arménie, avec parfois des violences entre les deux. »

Un discours caricatural

Peut-on se fier à ces déclarations d’un officiel azerbaïdjanais ? Difficile à dire tant la plupart ont une forte tendance à l’exagération. S’ils se félicitent de leur supériorité militaire, affirmant que les Arméniens ne sont que des « terroristes » désorganisés et vicieux, le fait est qu’ils n’ont pas démontré leur capacité à obtenir des avancées concrètes sur le terrain. Une stagnation qu’ils justifient par la crainte de voir intervenir la Russie en cas de recul trop fort des Arméniens. Pourtant, personne ne semble pouvoir attester de la présence de militaires russes au Karabagh. Ces derniers restent dans leurs bases, situées en Arménie.

Bakou fait un gros effort en matière de communication. Les différents ministères multiplient les invitations de politiques, de diplomates et de journalistes sur la ligne de front afin de dénoncer l’inaction de la communauté internationale. Mais la manière est si caricaturale qu’on se demande souvent s’il ne s’agit pas de propagande pure et dure.

Ces visites sont pourtant parfois surprenantes. Alors que nous visitons un poste avancé, à quelques centaines de mètres des positions arméniennes, les militaires insistent sur le niveau élevé de danger : il faut absolument porter casque et gilet pare-balles. Pourtant, quelques mètres plus loin, des civils et même des enfants se tiennent sans la moindre inquiétude dans ce qui est supposé être la ligne de mire ennemie. Alors que des victimes opportunément arrivées sur place parlent de nombreux tirs les visant, les dommages semblent tout à fait marginaux. Quelques impacts de shrapnels ici et là dans des murets, qui n’attestent en rien d’un niveau élevé de violence. Le paysage est loin de confirmer le discours des militaires et des civils présents ce jour-là. D’ailleurs, les officiers n’ont pas pris la peine, eux, de mettre la moindre protection balistique.