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Voyage Découverte Etats-Unis Martin Luther King

Publié le • Modifié le

Sur la route des droits civiques dans le Sud des Etats-Unis

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Martin Luther King Jr. s'adresse à une foule sur les marches du Lincoln Memorial, où il a prononcé son célèbre discours «I Have a Dream», le 28 août 1963, sur Washington, D.C. © Wikimedia Commons

Entre l’Alabama et la Géorgie, le « Vieux Sud » raconte l’une des pages les plus fascinantes, sombres aussi, de l’histoire récente des Etats-Unis: la lutte des Noirs américains pour la liberté et l’égalité raciale. Voyage sur la route des droits civiques avec Martin Luther King en tête, un enfant du Sud, disparu tragiquement il y a cinquante ans, le 4 avril 1968.


 

Atlanta, la terre de Martin Luther King

La capitale de la Georgie est la porte d'entrée privilégiée de la route sur les droits civiques dans le Sud. La ville est doublement importante pour son histoire et pour son illustre enfant Martin Luther King qui y est né et qui y est aujourd’hui enterré.

Atlanta s'est offert en 2014 pour 80 millions de dollars un musée hypermoderne et interactif qui témoigne de l’importance de la ville et de sa communauté noire dans la lutte : The Center for Civil and Human Rights (Centre National pour les Droits Civiques et Humains). Situé en plein centre de la ville, il est évidemment bien plus qu’un musée local. Son ambition est de devenir une plateforme d’échanges et de réflexion sur la question des droits de l’homme, hier comme aujourd’hui. A l’intérieur, le visiteur est guidé dans de nombreuses langues et pas seulement autour de l’histoire afro-américaine des droits civiques. D’autres luttes à travers le monde y sont également présentées. Au niveau inférieur, une collection de lettres, d’écrits et d’objets de Martin Luther King est très émouvante à découvrir.

Le centre souligne aussi l'histoire des universités privées traditionnellement noires (Blacks Colleges), comme Morehouse College crée en 1867 et fréquentée par le pasteur King ou Clark College fondé en 1869. Elles ont joué un rôle essentiel dans l’émergence d’une élite afro-américaine dans le Sud, pourtant très raciste à l’époque. Elles accueillaient aussi des professeurs de renom comme W.E.B Du Bois, grand penseur et militant panafricain, fondateur de la NAACP, l’Association pour la Promotion des gens de couleur.

A Atlanta, cité de Coca Cola et de CNN, on entretient largement la mémoire de son plus célèbre enfant. A Sweet Auburn, le quartier afro-historique, se trouve l’un des lieux les plus visités du pays : le site et parc national Martin Luther King. Sa tombe, sa maison d’enfance, un centre d’interprétation et l’église de la famille King composent ce curieux musée à ciel ouvert.

A Atlanta, la maison d'enfance de King se visite avec un guide, "park ranger", comme Rebecca Karcher © RFI/Céline Develay-Mazurelle

Né en 1929 à Atlanta, Martin Luther King a grandi dans une jolie maison située sur Auburn Avenue, dans une « ville trop pressée pour haïr ». Pourtant, très tôt, il fait l’expérience du racisme avec ses camarades d’école blancs qui lui défendent un jour de jouer avec lui. Fils et petit-fils de pasteurs plutôt privilégiés pour l’époque, il est aussi sensibilisé à la question de la pauvreté. Rien qu’en regardant par sa fenêtre, il pouvait observer des milieux bien plus populaires et démunis que le sien, dans les petites maisonnettes situées en face de chez lui. Le décor n'a pas changé. La maison d’enfance de Martin Luther King et le quartier de Sweet Auburn peuvent se visiter en compagnie d’un guide.

Un peu plus loin, toujours sur l’avenue Auburn, trône l’église originale où a débuté Martin Luther King à 19 ans mais aussi sa tombe et celle de sa femme, Coretta, solennellement installée sur un grand miroir d’eau. En face de l’église historique Ebenezer où l’horloge s’est symboliquement arrêtée à l’heure de sa mort, on peut se rendre dans la nouvelle église Ebenezer. Les services du dimanche s’y enchaînent, dans la ferveur d’un immense chœur gospel de près de 50 chanteurs. Pour les visiteurs, « le spectacle » est autant dans la salle que sur scène. Les sermons enivrent et l’audience principalement noire, en costumes trois pièces, robes de dentelles et chapeaux extravagants, partage un vrai moment de recueillement et de foi.

Plus bas, toujours sur la même avenue, le musée afro-américain APEX rend hommage aux grandes figures noires du pays. Il reconstitue l’ambiance de Sweet Auburn, quand le quartier était exclusivement peuplé de Noirs, banquiers, commerçants ou universitaires qui ont fait de cette artère « la rue noire la plus prospère du pays ». Une autre reconstitution, celle d’une coupe de cale de bateau négrier avec des mannequins en plastique, est par contre beaucoup moins heureuse.

Le musée du Site Historique National Martin Luther King à Atlanta où l'on retrouve les fameuses pancartes de la lutte © RFI/Céline Develay-Mazurelle

A la fin de la ségrégation, les Noirs de la ville ont pu s’installer là où ils le désiraient et beaucoup ont fui Sweet Auburn. Aujourd’hui, la rue située en plein centre-ville subit une forte pression foncière et semble perdre un peu plus chaque jour son identité noire. Pourtant des lieux mythiques émaillent le parcours du promeneur qui remonte cette avenue noire, comme par exemple le Prince Masonic Temple, un bâtiment en brique jaune qui a longtemps abrité les bureaux de la SLSC, l’organisation fondée par le pasteur King en 1957.

Au coin de cette fameuse Auburn Avenue et d’Hilliard Street, se trouve un curieux endroit à la fois salon de coiffure, studio de radio et musée de poche des droits civiques. A l’intérieur, dans un décor truffé de photos jaunis, de micros chromés et de vieux vinyles, Ricci di Forest, s’efforce de préserver l’âme des lieux. Ce dandy acoustique, comme il aime à se définir, n’a pas son pareil pour remonter le temps. Il faut dire que son salon-musée se trouve à l’emplacement d'un ancien salon de la chaîne de Madame CJ Walker, première femme noire du pays à avoir fait fortune dans les cosmétiques aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Grâce à cet argent, elle va aider de nombreuses femmes noires et financer la cause pour l’émancipation des Afro-Américains. Ricci, à la fois DJ et coiffeur, aime raconter cette histoire mais aussi celle de la Radio WERD : "Cette radio mythique créée en 1948 était la première radio détenue par des Noirs dans tout le pays, raconte-t-il. Ses locaux étaient situés juste au-dessus du salon mais il y avait aussi des locaux pour l’organisation de Luther King, la SLCL". La légende raconte que Martin Luther King frappait d’un coup de balai quand il avait une annonce à faire à la radio. Alors le micro au bout d’un fil descendait d’un étage par la fenêtre. Radio Werd a joué un rôle important dans la diffusion des messages d’émancipation ou des appels au boycott. Elle faisait aussi la part belle aux standards de jazz ou de musique dite nègre qui ne pouvaient pas toujours être joués dans les autres radios, blanches...

Chaque année, au printemps, Sweet Auburn célèbre ses racines et son identité lors d'un festival qui attire le monde. Au milieu des barbecues fumant installés en pleine rue, des stands de « soul food » ou d’artisans locaux, le hip-hop, musique reine dans la ville, a remplacé le jazz des années 50. Fief d’une importante contre-culture noire dans aux Etats-Unis, Atlanta est aussi la première ville du pays à avoir élu en 1974 un maire noir puis une femme noire maire en 2002. Les militants des droits civiques et leurs héritiers ont donc forgé une vraie classe politique afro-américaine dans la ville.