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Publié le • Modifié le

France: 127 intellectuels juifs contre une résolution LaREM sur l'antisémitisme

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Le projet de résolution est également loin de faire consensus chez les députés français. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

En France, un collectif de 127 intellectuels juifs appelle l'Assemblée nationale à s'opposer ce mardi 3 décembre à une proposition de résolution initiée par un député LaREM pour lutter contre de « nouvelles formes » d'antisémitisme, qui suscite des critiques jusque dans la majorité.


« Nous, universitaires et intellectuels juifs, d'Israël et d'ailleurs, dont beaucoup de spécialistes de l'antisémitisme et de l'histoire du judaïsme et de l'Holocauste, élevons notre voix contre cette proposition de résolution », écrit ce collectif de 127 intellectuels juifs dans une tribune au Monde daté de ce mardi. Parmi les signataires figurent plusieurs professeurs – ou ex-professeurs – en poste à Paris, Oxford (Angleterre), Princeton (États-Unis) ou encore Jérusalem.

Sans valeur contraignante, la résolution soumise à l'Assemblée a été proposée par le député LaREM de Paris Sylvain Maillard. Elle suggère de reprendre la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), déjà validée par plusieurs pays et appuyée par le président français Emmanuel Macron en février devant le Crif. Celui-ci avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

« Faux-nez »

Pour les auteurs du texte, les antisémites masquent souvent leur haine des juifs en manifestant leur haine à l'égard de l'État d'Israël. Une dérive qu'il faut nommer
pour mieux la combattre, estiment-ils. « L'idée est d'être en alerte par rapport à ces faux-nez que peuvent prendre des insultes et qu'on puisse bien définir que c'est de l'antisémitisme », explique Sylvain Maillard à RFI.

À lire aussi : Antisémitisme et antisionisme, une équivalence contestée

La proposition de résolution, qui sera examinée en début de soirée mardi au Palais Bourbon, est loin de faire consensus. Elle a été cosignée par une centaine de députés de divers bords, dont environ 80 LaREM seulement. Deux élus LaREM, Gwendal Rouillard et Fadila Khattabi, ainsi qu'une poignée de députés PCF et MoDem, ont demandé dans Le Monde le retrait du texte, qui « répond de manière très contestable à de vraies questions » de lutte contre l'antisémitisme.

« Toute opposition à la politique de l'État d'Israël vous ferait encourir le risque d'être traité d'antisémite, donc d'être puni en tant que tel devant les tribunaux. Commencer à transformer une opinion politique en délit est extrêmement dangereux », prévient également le député La France insoumise, Eric Coquerel.

« Sauf à envoyer un message politique désastreux, il ne peut être question de renoncer à ce projet, approuvé de longue date par le bureau de notre groupe », a répondu lundi son patron Gilles Le Gendre dans un courrier interne dont l'Agence France-Presse a eu connaissance. Le chef de file des députés En Marche dit cependant « prendre en compte » les préoccupations de certains en acceptant la création d'une mission d'information « sur l'évolution des différentes formes de racisme et de discrimination ».

Une résolution « hautemement problématique »

Selon le collectif d'intellectuels juifs, la résolution est « hautement problématique ». D'abord parce qu'elle « assimile (...) l'antisionisme à l'antisémitisme ». Or, affirme le collectif, « pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux ». « De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes », rappelle-t-il. « Pour les Palestiniens, le sionisme représente la dépossession, le déplacement, l'occupation et les inégalités structurelles. (...) Ils s'opposent au sionisme non par haine des juifs, mais parce qu'ils vivent le sionisme comme un mouvement politique oppressif ».

La deuxième raison est que la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale de la mémoire de l'Holocauste (IHRA) elle-même serait « hautement problématique », « peu claire et imprécise ». Elle est en outre « déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l'État d'Israël, notamment les organisations de défense des droits humains », estime le collectif.

« Nous ne pouvons pas considérer cela comme indépendant de l'agenda politique principal du gouvernement israélien visant à enraciner son occupation et son annexion de la Palestine », estiment les signataires de la tribune qui s'inquiètent de voir « un soutien politique, jusqu'en France ».

De son côté, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), Frédéric Potier, a assuré dans le quotidien que « la définition (de l'IHRA) n'interdit pas la critique de la politique de l'État d'Israël », mais constitue « un instrument supplémentaire permettant de mieux décrypter la haine à l'encontre des juifs ».

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