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France Transport

Publié le • Modifié le

France: nouveau feu vert des députés à la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP)

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Un Airbus Boeing 777 d'Air France décolle à Roissy-Charles-de-Gaulle (illustration), mars 2018. REUTERS/Pascal Rossignol

ADP, trois lettres qui enflamment le débat politique en France depuis quelques jours. ADP pour Aéroports de Paris, le groupe qui gère notamment Orly, Roissy Charles de Gaulle et le Bourget, dont l'Etat est aujourd'hui l'actionnaire majoritaire, et que le gouvernement a bien l'intention de privatiser. Après des heures de débats passionnés, l'article de loi a finalement été voté hier, jeudi, à l'Assemblée.


ADP n'est pas une entreprise comme les autres d'où le débat acharné qui s'est tenu hier à l'Assemblée nationale.  Après quelque neuf heures de discussions, les députés ont finalement adopté par 42 voix contre 17 en nouvelle lecture l'article 49 du projet de loi Pacte qui prévoit de supprimer l'obligation pour l'État de détenir la majorité du capital d'ADP (actuellement 50,63%, pour un montant évalué à 9,5 milliards d'euros). Un débat qui déchire même les rangs du parti présidentiel puisqu'une élue LREM s'est abstenue.

Depuis la première lecture du projet de loi en octobre, cette privatisation est devenue, après son rejet au Sénat, la principale pomme de discorde. Selon les opposants à la privatisation, Aéroports de Paris ne doit pas être cédé au privé au nom de la souveraineté nationale, de l'intérêt financier de l'Etat, du respect de l'environnement, des nuisances sonores pour les riverains.

L'Etat accusé de brader les «bijoux de famille»

Le gouvernement a beau tenter de rassurer tous azimuths, expliquer que l'Etat restera maître de l'essentiel, il marche sur des oeufs. Il y a le précédent de l'aéroport de Toulouse, vendu à un investisseur chinois qui cherche d'ailleurs aujourd'hui à s'en désengager.

Et il y a le projet avorté d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, que devait exploiter le groupe Vinci, cible privilégiée des «gilets jaunes». L'équipe d'Edouard Philippe est aujourd'hui soupçonnée d'offrir à ce groupe de travaux publics, avec la privatisation d'ADP, un cadeau de compensation. Un député de droite parle même de «capitalisme de connivence».

Le gouvernement brade-t-il vraiment un «bijou de famille», comme le disent ses opposants, sachant qu'ADP, présent à l'international, est très largement bénéficiaire ? Le marché est d'ailleurs porteur. Le nombre de passagers aériens va doubler dans les vingt ans qui viennent.

Certes en Europe et en Asie, beaucoup d'Etats se désengagent de la gestion des aéroports. Certes, cela va faire rentrer des milliards d'euros dans les caisses, comme il y a quelques années avec la privatisation des autoroutes. Et si la hausse des tarifs des péages, violemment dénoncée ces derniers mois, se reproduisait dans les aéroports? Les «gilets jaunes» ont aussi manifesté il y a quelques jours à Roissy contre la privatisation d'ADP.

L'Etat s'est comporté comme un actionnaire qui avait besoin d'argent. Il nous a dit: «Moi je veux des sous, donc optimisez-moi ça, contenez la masse salariale, faites des efforts sur vos frais», etc. Donc on est déjà dans une restrictions de personnel, et il est évident que si on est rachetés par un fonds d'investissement ou par des gens comme Vinci, la première chose qu'ils vont vouloir faire, c'est sabrer dans les effectifs alors que les salariés, aujourd'hui, n'en peuvent plus. Donc ça nous fait très, très peur
Pascale Lapierre, secrétaire générale de Force ouvrière-Aéroports de Paris 15/03/2019 - par Jeanne Richard Écouter

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