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L'Intérieur prépare sous haute tension «l'acte IV» des «gilets jaunes»

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Unités mobiles de maintien de l'ordre le 1er décembre 2018 devant l'Arc de Triomphe à Paris lors de l'acte III de la manifestation des «gilets jaunes». REUTERS/Stephane Mahe/

A l'avant-veille de l'acte IV de la mobilisation des « gilets jaunes », le ministère de l'Intérieur met la dernière main à sa stratégie de maintien de l'ordre pour une journée de samedi à très haut risque. Renforts policiers, musées et boutiques des Champs- Elysées fermés : les autorités françaises se préparent à l'éventualité d'une « très grande violence. »


Réécoutez l'édition spéciale «gilets jaunes à la veille de l’acte IV» 7h10-8H 07/12/2018 - par RFI Écouter

Depuis le début du mouvement il y a trois semaines, la violence est montée crescendo à chaque mobilisation nationale à Paris, théâtre d'un déferlement de violences samedi dernier, mais aussi ailleurs en France comme l'illustre l'incendie de la préfecture du Puy-en-Velay. Ces derniers jours, la fronde a gagné lycéens, étudiants, agriculteurs, qui en ont profité pour faire valoir des revendications différentes de celles des « gilets jaunes », entrés eux en rébellion contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

L'Elysée redoute à présent une « très grande violence » samedi et les services de renseignement ont fait passer tous les voyants au rouge en alertant sur la mobilisation d'une « ultradroite qui rêve de révolution et d'une ultragauche qui prône l'insurrection », détaille une source à Beauvau citée par l'AFP.

La « radicalisation » d'une frange des « gilets jaunes » est également pointée: L'une des figures médiatiques du mouvement, Eric Drouet, a appelé à « entrer à l'Elysée », mercredi soir sur un plateau de télévision. « Nous sommes concentrés au travail sur le dispositif de maintien de l'ordre qui est en cours de finalisation pour Paris mais aussi pour toute la France », fait aussi valoir cette source au ministère de l'Intérieur.

89 000 hommes et des « moyens exceptionnels »

Sous le feu des critiques après les violences urbaines à Paris le 1er décembre, les autorités s'apprêtent à revoir en profondeur la stratégie de maintien de l'ordre, qui mobilisera samedi 89 000 hommes dont 8000 à Paris et des « moyens exceptionnels » selon Edouard Philippe. Devant le Sénat, le Premier ministre a solennellement demandé aux « gilets jaunes » de ne pas se rendre à Paris pour « éviter qu'ils soient pris au piège que leur tendent les casseurs ».

Selon plusieurs sources sécuritaires, la quasi-totalité des unités de CRS et d'escadrons de gendarmerie mobile devrait être mobilisée pour assurer le maintien de l'ordre dans le pays samedi. Plusieurs rencontres de L1 comme PSG-Montpellier, Toulouse-Lyon ou Monaco-Nice ont été annulées pour soulager les forces.

Dans la capitale, le dispositif de type fan-zone sur les Champs-Elysées, avec contrôles et fouilles, a vécu. Ce choix, assumé par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner comme une main tendue aux « gilets jaunes », s'est soldé par un échec avec de graves incidents se déroulant aux alentours, au pied de l'Arc de Triomphe et dans les avenues adjacentes, avant de se propager dans d'autres quartiers de la capitale (Rivoli, Haussmann...).

« S'adapter à la mobilité des groupes de casseurs » : voilà le mot d'ordre pour cet acte IV. Contrairement à samedi dernier, les CRS n'auront plus à fouiller et filtrer les manifestants qui souhaitent se rendre sur les Champs-Elysées. Une activité particulièrement chronophage, qui oblige les forces de l'ordre à rester groupées et statiques.

« Vigilants sur tous les symboles de la République »

A Paris, la consigne a également été donnée de laisser une plus grande autonomie aux CRS qui pourront agir en petits groupes, eux aussi très mobiles, afin d'aller au contact d'éventuels casseurs et procéder plus facilement à leur interpellation.

Un dispositif plutôt bien accueilli par les syndicats de policiers. En revanche, certaines associations mettent en garde contre le risque accru de bavures policières quand les CRS sont éclatés en petits groupes et parfois livrés à eux-mêmes.

La préfecture de police de Paris a appelé les commerçants du secteur des Champs-Élysées à rester fermés samedi. Une dizaine de musées garderont leurs portes closes. L'Opéra a annulé ses représentations et le parcours de la marche pour le climat a été modifié. « A Paris et en province, nous serons vigilants sur tous les symboles de la République », assure-t-on également à Beauvau, après les dégradations commises samedi dernier à l'Arc de Triomphe.

Réclamées par les syndicats policiers, d'autres solutions sont sur la table comme le recours à des véhicules blindés de la gendarmerie ou la présence de militaires pour renforcer la garde statique des institutions.


► Des blindés, mais pas l'armée

Des blindés seront déployés dans la capitale samedi, mais l'armée rappelle qu'elle ne participera pas aux opérations de maintien de l'ordre.

Pour faire face aux éléments violents, il faudra être plus mobile concèdent les forces de l'ordre. Etre en mesure de les interpeller en flagrant délit a rappelé le ministre de l'Intérieur, même si l'idéal serait de le faire en amont de la manifestation, d'où l'importance des moyens de renseignement.

Pour dissuader ou protéger, la gendarmerie étudie la possibilité d'utiliser ses blindés VBRG habituellement basés à Versailles Satory. Ils datent de la fin des années 1960 et pourraient être employés en protection de sites sensibles, ou  pour forcer des barricades.

Des blindés, mais pas l'armée souligne le colonel Patrick Steiger à l'état-major à  Paris : « Les armées ne font pas de maintien de l’ordre, les armées ne font pas de mission de sécurité intérieure, la mission Sentinelle consiste à contribuer avec nos moyens, nos capacités dans une logique militaire à la lutte anti-terroriste. »

Les soldats ne disposent pas de l'équipement nécessaire aux opérations de maintien de l'ordre, et surtout leur statut ne leur permet pas d'intervenir. Il faudrait déclarer l'état de siège pour que les forcés armées soient mobilisées pour assurer la sécurité publique.

« Nous allons utiliser une douzaine de véhicules blindés de la gendarmerie qui sont parfois utilisés dans des opérations, ça a été le cas à Notre-Dame-des-Landes », a déclaré Edouard Philippe jeudi soir sur TF1, confirmant que ce type de véhicules n'avait jamais été utilisé en ville depuis 2005.


On s'attend au pire (...) Malheureusement ça devient le quotidien des forces de l'ordre où on est toujours menacés, blessés (...)
Les policiers ne sont pas rassurés 06/12/2018 - par Pierre Olivier Écouter

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