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France Questions sociales Emmanuel Macron Syndicats

Publié le • Modifié le

France: les retraités défilent contre Emmanuel Macron

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Manifestation contre les réformes gouvernementales, le 9 octobre 2018, à Paris. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Plusieurs syndicats appellent à contester la politique sociale du président Emmanuel Macron, ce mardi 9 octobre. Tous les secteurs sont invités à défiler. En bonne place figurent les retraités, qui s'estiment lésés par les réformes en cours.


Les retraités veulent défendre leur pouvoir d'achat contre deux décisions d'Emmanuel Macron. La première concerne l'augmentation de la CSG, la Contribution sociale généralisée. Un impôt que le président Macron a augmenté sur les pensions de retraite de 1,7%, depuis janvier dernier afin de compenser la suppression des cotisations chômage et maladie pour les salariés du privé. Cette augmentation concerne 60% des retraités. La seconde attaque concerne le quasi gel des pensions : habituellement, les retraites augmentent proportionnellement au coût de la vie. Mais pas en 2019 ni en 2020 : pour les deux années qui viennent, les retraites n'augmenteront que de 0,3%, contre une inflation de 1,6% selon les prévisions.

80% de perdants

Le manque à gagner est-il important ? Comme pour le reste de la population, il existe des différences chez les retraités : il y en a des riches, il y en a des pauvres, et autant de disparités donc que de cas particuliers. De plus, au-delà des mesures spécifiques aux retraités, certaines mesures les concernent au même titre que le reste des Français, par exemple la suppression progressive de la taxe d'habitation. Ceci étant posé, d'après les calculs de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), seuls 20% des retraités – les plus aisés – vont bénéficier de toutes ces nouvelles mesures. Les autres, soit 80% des retraités, vont s'appauvrir. « Pour les 80% de perdants, à l'horizon 2020, le principal facteur de perte est la sous-indexation des pensions de retraite, explique Pierre Madec, économiste à l'OFCE et auteur d'une étude sur le sujet. Cela représenterait chez les ménages perdants une moyenne de 720 euros. On sait que c'est une population qui a déjà été mise à contribution, ne serait-ce que les retraités de la fonction publique qui subissent depuis des années le gel du point d'indice. Mais là, ce qui est nouveau, poursuit l'économiste, c'est qu'il s'agit d'un effort inédit dans l'ampleur et dans la durée. »

Pour préciser ces chiffres : le manque à gagner est de 720 euros par an pour 80% des retraités, de 560 euros en moyenne pour l'ensemble des retraités. Sachant que le montant moyen des pensions de retraite est inférieur à 1 400 euros par mois. L'impact, au quotidien, est donc réel. Et c'est ce dont témoigne Olivier Jouchter, qui dirige la fédération Retraités de la CGT : « Le Secours populaire et le Secours catholique, avec qui nous avons des relations, nous ont signalé de plus en plus de retraités dans les Restaurants du cœur et autres bourses alimentaires. Une autre grosse rupture, poursuit le représentant syndical, c'est tout ce qui touche aux factures de chauffage : des retraités qui renoncent à chauffer leur maison, leur appartement ou alors qui se limitent à une pièce à vivre. Des retraités renoncent aussi à des achats, à des vacances… Ce sont tous les pans de la vie courante [qui sont concernés, NDLR], et ce n'est pas normal que ce soit le cas au terme d'une vie de labeur. »

Pas le droit de se plaindre

Les retraités estiment avoir des raisons de se plaindre, et c'est justement ce qu'Emmanuel Macron leur a reproché jeudi dernier. Interpellé par des retraités lors d'un déplacement, le président de la République leur a demandé d'« arrêter de se plaindre », et de « se rendre compte de la chance [qu’ils avaient] ». Filmée par des caméras de télévision, cette séquence a évidemment fait polémique – une de plus, après les propos du président sur le « pognon de dingue » que coûtent les aides sociales ou encore le « il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot » adressé à un jeune chômeur. Des propos, une attitude, qui ulcèrent Olivier Jouchter, de la CGT Retraités : « C’est la première fois qu'on a un président de la République qui méprise autant les retraités – non seulement il les méprise, mais il le dit ! – et qui les prend pour des boucs émissaires et une variable d'ajustement. Donc c'est à proprement parler scandaleux, s'indigne Olivier Jouchter. 85% des retraités sont en bonne santé, vivent normalement, participent à l'économie du pays, à la vie associative, mais on ne les regarde que par le prisme du coût ou des ponctions qu'on peut leur faire. »

Le gouvernement a consenti à exonérer 300 000 foyers de l'augmentation de la CSG, ce que les organisations de retraités jugent « dérisoire » comparé aux 7 millions et demi de personnes concernées. Elles exigent l'annulation de cette augmentation et veulent également que les pensions continuent d'augmenter au rythme de l'inflation. Les syndicats ont remis la semaine dernière une pétition, signée par 200 000 personnes selon eux, aux députés. Trente-neuf députés du parti présidentiel LRM ont également demandé à ce que l'exonération d'augmentation de la CSG soit élargie.

Cet après-midi, les retraités battront le pavé ; ils recommenceront le 18 octobre, avec une journée d'action spécifique. Nul doute, enfin, qu'ils réagiront à terme dans les urnes, et c'est ce qui pourrait inquiéter Emmanuel Macron : les retraités sont plus de 16 millions en France, ils représentent près d'un quart de la population.

Chronologie et chiffres clés