rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Emmanuel Macron Environnement Climat Agriculture et Pêche Nucléaire Energies Nicolas Hulot

Publié le • Modifié le

Environnement: Emmanuel Macron, un président vert pâle

media
Avec le climatosceptique président américain Donald Trump et son épouse Melania, le 23 avril devant la Maison Blanche à Washington. REUTERS/Joshua Roberts

Un an après son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron et son gouvernement n’ont pas convaincu sur le plan de leur politique environnementale. Même si de nombreux chantiers sont en route, l’attribution d’un ministère d’envergure à Nicolas Hulot est perçue par ses opposants comme un trompe-l’œil qui masque mal l’emprise des lobbies.


Cela n’a échappé à personne, du moins à pas grand monde : lors des entretiens télévisés que le président de la République Emmanuel Macron a accordés le mois dernier à TF1, puis à BFM associé à Mediapart, pas une seule fois il n’a été question d’environnement ou d’écologie en près de quatre heures de direct. Bien entendu, on peut toujours argumenter que jamais ce thème ne lui fut proposé par ses interlocuteurs, ce qui n’est pas faux.

Il n’en reste pas moins que cet oubli a surpris de la part d’un président qui affirmait dès le 2 juin 2017 sur son compte Twitter : « Le changement climatique est le grand défi de notre temps », vingt-quatre heures après avoir lancé au monde entier le fameux « Make our planet great again » (rendez sa grandeur à notre planète). Cette phrase était prononcée en écho de l’annonce faite par Donald Trump de faire sortir les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, Donald Trump dont le slogan de campagne avait été, tout le monde s’en souvient, « Make America great again » (rendez sa grandeur à l’Amérique).

Un an après l'accession d'Emmanuel Macron aux plus hautes fonctions, son action et celle de son gouvernement en matière d’environnement n’impressionnent pas grand monde dans le pays, à l’heure du premier bilan. L’idée qui prédomine chez ses nombreux contempteurs, c’est que si le président est sans aucun doute sensible aux questions environnementales, il l’est encore plus aux lois du marché et qu’il manque de fermeté face aux lobbies. C’est bien évidemment dans le camp des écologistes que les critiques sont les plus virulentes. « Quand il a commencé sa campagne, il avait le programme le moins écolo, à égalité avec Fillon. C’est dire si l’environnement, c’était du décorum, du marketing », nous confiait avec sévérité, le 10 avril dernier, Sandra Regol, porte-parole d’Europe Écologie Les Verts (EELV) au siège de son parti, à Montreuil-sous-Bois. « Et là, reprenait-elle, il a senti une opportunité politique. Il a senti qu’à l’international, il pouvait se différencier des autres en disant : ‘moi je suis le défenseur de la planète, la France, l’Esprit des lumières retrouvé’ et tout le tralala ! »

EELV : « Il faut sauver le soldat Hulot »

Julien Bayou et Sandra Regol (EELV) jugent très sévèrement la présidence Macron. Christophe Carmarans/RFI

« Il est certes jeune et a priori plus sensible à nos causes. Mais lui, il a été biberonné à l’économie et à la finance » reprenait, le même jour, Julien Bayou, conseiller régional d’Ile-de-France et également porte-parole d’EELV. « Là, son souhait et son but principal, c’est d'attirer les financiers qui quittent Londres à cause du Brexit et de faire la nique à Francfort. C’est l’exact contraire de l’écologie ! » Chez les Verts, on en est même à se désoler que Nicolas Hulot occupe hiérarchiquement le poste de numéro 2 du gouvernement Édouard Philippe [derrière le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb ; ndlr], une nomination en trompe l’œil, selon eux. La présence du créateur d’Ushuaia au gouvernement a eu, il est vrai, un effet dévastateur pour leur parti. Alors qu’ils comptaient 18 députés dans la précédente législature, les Verts n’en ont plus aucun. Zéro. « Quand j’ai fait campagne aux législatives, les gens me disaient dans la rue : ‘c’est bon, il y a Hulot au gouvernement’. Sauf qu’il aurait bien besoin de soutiens à l’Assemblée. Moi, à heure actuelle, j’ai envie de dire : il faut sauver le soldat Hulot ! », avertit Julien Bayou.

En charge pour la première fois d’un ministère – il est même ministre d’État chargé de la Transition écologique et solidaire après avoir refusé le portefeuille de l’Écologie sous les trois présidences précédentes (Chirac, Sarkozy, Hollande) – Nicolas Hulot se trouve en réalité placé entre le marteau des réformes à entreprendre et l’enclume des résistances à sa politique. « Le réel, c’est quand on se cogne » disait Jacques Lacan et force est de constater que Nicolas Hulot s’est déjà beaucoup cogné en un an. « Le premier décret que signe Nicolas Hulot, c’est sur un dossier qui lui tient très à cœur, c’est celui du loup, déplore Sandra Regol. Et la première chose qu’il signe, c’est l’inverse de ce qu’il veut : l’ordre de tuer quatre loups supplémentaires par an. Depuis, il n’a cessé de perdre ses arbitrages ! ». Si la symbolique du loup ne présageait rien de bon, c’est la « volte-face » sur le nucléaire qui a le plus choqué les anciens compagnons de route du ministre.

Alors que la loi de 2015 prévoyait de ramener de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production française d’électricité d’ici à 2025, Nicolas Hulot a annoncé le 7 novembre que 2025 n’était « pas une date réaliste », sauf à retarder la fermeture des quatre centrales à charbon encore en service dans l'Hexagone. Pire aux yeux des écologistes : le redémarrage, début avril, du réacteur numéro 2 de la centrale de Fessenheim qui était à l’arrêt depuis 2016 et reste considéré comme une passoire par les Verts. Directement liée à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, un réacteur de 3e génération dont la mise en service ne cesse d’être repoussée, la fermeture de la centrale Fessenheim risque en réalité de ne pas avoir lieu en 2019 comme prévu initialement. Autre déception : les subtilités du texte sur la fin de la production d’énergies fossiles sur le territoire français. Si l’exploitation du gaz et du pétrole sur le sol national doit être bannie d’ici 2040, les lobbys, et en premier lieu Total, ont obtenu des exceptions, notamment en Guyane.

Des mécontents partout

Pressenti autrefois par Chirac, Sarkozy puis Hollande, Nicolas Hulot a accepté d'être ministre chez Emmanuel Macron. AFP/Fabrice Coffrini

« C’est comme si les DOM-TOM ne faisaient pas partie du pays » pestent Sandra Regol et Julien Bayou, également vent debout contre la future exploitation aurifère en Amazonie française. Totem des combats écologistes depuis des lustres, le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame des Landes (Loire Atlantique) – projet soutenu par parenthèse par Emmanuel Macron durant sa campagne – a finalement été abandonné, après mûre réflexion. Mais alors que les pro-environnement avaient gagné, la fête a été gâchée par une gestion assez moyenne du démantèlement de la ZAD qui a même obligé Nicolas Hulot puis le Premier ministre Édouard Philippe à venir en personne parlementer avec les occupants les plus déterminés. Autre signal brouillé, le parti pris du ministre de tutelle Hulot en faveur de la réforme de la SNCF. Ici, ce n’est pas le statut des cheminots qui est directement en cause mais l’abandon de certaines lignes dans les territoires et la mise en concurrence du fret ferroviaire qui risquent, mécaniquement, d’augmenter les trajets automobiles et les transports routiers, donc les émissions de CO2, reproche fait également aux « cars Macron ».

Dans les campagnes non plus, on n’est pas satisfait, en particulier à l’égard du CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada adopté le 21 septembre dernier et envers le Mercosur actuellement en négociation avec les pays d’Amérique du Sud. Même si des quotas seront mis en place, les éleveurs bovins par exemple sont préoccupés par la concurrence déloyale de pays qui ne sont pas soumis aux mêmes règles qu’en Europe. Et comme on part quand même dans l’inconnu, beaucoup s’inquiètent des conséquences à long terme qu’auront de tels accords sur de nombreuses filières. Même les mesures qui vont dans le bon sens, comme le plan de réduction de la dépendance aux produits phytosanitaires contenant substances toxiques et perturbateurs endocriniens, ne donnent pas satisfaction aux agriculteurs qui se plaignent de l’arrivée de nouvelles contraintes ni à certaines ONG qui trouvent que ce plan manque de lisibilité.

La liste des mécontentements peut encore s’allonger, du site controversé d’enfouissement de déchets radioactifs de Bure (mais il faut bien les mettre quelque part), au rabotage de la taxe sur les transactions financières pour financer la transition énergétique (mais encore faut-il trouver un accord au niveau européen) en passant par les boues rouges déversées dans la Méditerranée (mais l’usine de Gardanne qui en sont à l’origine emploie 450 salariés et fait travailler plus de 200 sous-traitants). « L’écologie tout le monde est pour. Mais tout le monde est contre ce qu’elle implique » résume Nicolas Hulot qui réfute les arguments laissant croire qu’absolument rien n’avance. Le défi de la transition écologique est tellement vaste et imbrique tellement de paramètres, parfois conflictuels, que le relever en période de reprise économique demande beaucoup d’obstination, de persévérance et de diplomatie.

Barbara Pompili : « ce n’est pas la révolution mais ça bouge »

Barbara Pompili défend bec et ongles l'action du gouvernement. RFI

Du côté de la majorité présidentielle, on estime d'ailleurs que l’action d’un président se juge sur un quinquennat et non sur une première année, ce qui est parfaitement exact. Au chapitre des mesures ambitieuses, l’objectif zéro voiture à moteur thermique vendue en 2040 fait par exemple l’unanimité, même chez les constructeurs qui disent y être prêts et même si des pays comme la Norvège ou les Pays-Bas en ont fait leur objectif pour 2030, soit dix ans plus tôt. Autres mesures relativement consensuelles : le projet de loi alimentation visant à mieux rémunérer les agriculteurs, à servir 20% de bio ainsi que 50% de produits locaux ou labellisés dans la restauration collective ainsi que le plan de rénovation énergétique des bâtiments (objectif 500 000 logements réaménagés par an) et le bras de fer en cours sur l’interdiction à très court terme de tous les néonicotinoïdes dans les campagnes françaises.

Jointe au téléphone le 30 avril, la Présidente de la Commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale, et ancienne EELV, Barbara Pompili, qui a rallié LREM en mars 2017, défend pour sa part avec énergie et conviction l’action gouvernementale. « Sur le plan de la transition énergétique, du logement, des transports et de l’économie circulaire, ça bouge comme ça avait peu bougé avant » estime celle qui fut secrétaire d‘État à la biodiversité dans le gouvernement Valls 2. Alors que le conflit à la SNCF entre dans son deuxième mois, la députée de la Somme tient à mettre en avant une politique gouvernementale tournée vers le long terme. « Durant les Assises de la mobilité, plein de travaux ont été faits, associant beaucoup d’acteurs, rappelle-t-elle. Ils vont donner lieu à une loi d’orientation que les écolos demandaient depuis de années. Elle devrait arriver en septembre à l’Assemblée et on va mettre 10 millions d’euros par jour pour rénover nos infrastructures, ce qui est colossal. »

Consciente que le recul sur le nucléaire a choqué, Barbara Pompili rétorque que le gouvernement veut prendre le problème dans sa globalité. « On a plein de territoires qui ne vivent que parce qu’il y a une centrale nucléaire à côté. Ce sont des choses qui s’anticipent, précise-t-elle. Pareil pour les centrales à charbon. On va sur le terrain, on va voir les gens et on leur dit : « on va travailler ensemble à un projet pour ne pas que vous vous retrouviez le bec dans l’eau ». Moi qui viens du Nord-Pas-de-Calais, j’aurais bien aimé qu’on fasse ça au moment de la fermeture de mines ! ». Et sur son sujet de prédilection ? « Sur la biodiversité, soyons clairs, reconnaît-elle, tout le monde est en retard depuis très longtemps. Tout le monde s’en fout, parce que personne n’a vraiment pris la mesure de la gravité du sujet. Quand j’étais au gouvernement, on m’appelait « la secrétaire d’État aux petits oiseaux » et les gens me répondaient toujours qu’il y avait « d‘autres priorités ». Mais aujourd’hui chacun est conscient que la baisse de la qualité de ce qu’on l’on est en train de manger a des conséquences terribles pour la santé ».

Sans être dupe de l’ampleur de la tâche à accomplir, Barbara Pompili verse même plutôt dans l’optimisme. « J’ai l’impression que l’éventail des possibles est plus large qu’il y a deux ans, que la majorité parlementaire est plus sensible à ces questions. Ce n'est pas la révolution mais ça bouge ! ». « Il y a beaucoup de députés issus de la société civile qui sont sensibles aux questions d’environnement, argumente-t-elle, ce qui était beaucoup moins le cas avant, avec une classe politique installée depuis longtemps ». « Après, oui, continue-t-elle, ce ne sera jamais assez rapide pour moi et ce sera toujours frustrant, mais on avance. Oui il y a encore plein de lobbies, oui ça va être difficile, oui il y aura encore des déconvenues, oui on va être déçu encore sur certains trucs, c’est sûr. Mais si on doit s’arrêter à chaque fois, il faut changer de métier ! ». Quant au « soldat Hulot » qu’il faudrait sauver, il a tout le soutien de la majorité et, Barbara Pompili l’assure, il a aussi l’oreille du président Macron. Quand on l’interroge sur les éventuelles envies de départ du ministre, l'ancienne secrétaire d'État répond : « Je ne sais pas si Nicolas Hulot sera toujours là dans un an car il en prend plein la figure. Mais je le souhaite très fort. Il faut qu’il reste, conclut-elle, parce que nous, les écolos, il nous aide et il nous porte ».

La parole et les actes

En 2018, la France n'a toujours pas installé une seule éolienne offshore. Reuters /Stefan Wermuth

Franck Sylvain, directeur d'EEL Energy qui a mis au point une hydrolienne à membrane ondulante dont sa société est la seule à détenir les brevets, se montre lui aussi plus indulgent que les écologistes dans son analyse du bilan environnemental d’Emmanuel Macron après un an de présidence. Pour l’avoir rencontré à trois reprises, la première fois quand le futur président n’était encore que ministre de d‘Économie, de l’Industrie et du Numérique de François Hollande et la dernière lors du One Planet Summit en décembre, cet entrepreneur ne doute pas un seul instant qu’Emmanuel Macron soit sensible aux questions environnementales. Mais il a quand même des doutes sur la capacité de Nicolas Hulot à imposer sa vision.

« La dernière fois qu'Emmanel Macron nous a vus, il m’a reconnu tout de suite, car il a une mémoire d’éléphant. On voit bien qu’il cherche à savoir ce qu’il se passe, qu’il est impliqué, qu'il ne fait pas semblant. En France, il y a eu pas mal d’aides pour développer les nouvelles technologies en matière d’environnement sous le gouvernement précédent et il les a toutes laissées en place. Pour avoir un peu discuté avec lui, il est par exemple très pro-énergies propres à un coût raisonnable ». Où Franck Sylvain se montre plus perplexe, c’est sur le poids des lobbies et les lourdeurs administratives, ces forces d’inertie considérables qui entravent les politiques gouvernementales. Pour illustrer son propos, le directeur d’EEL Energy cite un exemple qu’il connaît bien : celui des éoliennes.

« La France n’a pas encore posé une seule éolienne offshore ! Ce n’est pas forcément le manque de volonté politique mais il y a un tel millefeuille administratif, avec des recours de partout, que les choses ne se font pas comme en Angleterre, au Danemark ou aux Pays-Bas ». À titre de comparaison, l'Europe comptait, fin 2017, 4149 éoliennes offshore connectées, dont un tiers en Grande-Bretagne. « L’impression que j’ai, regrette-t-il, c’est qu’il y a des lobbies puissants à la manœuvre, comme EDF, qui n’ont pas envie de voir se développer des énergies propres qui sont pourtant moins chères que le nucléaire ». Selon les derniers appels d’offres, le coût de production des éoliennes offshore est en effet tombé à 80 euros le mégawattheure en moyenne, soit moins cher que le nucléaire en calculant sur le long terme. Et, évidemment, sans produire de déchets.

Discret sur l’environnement lors de chacune ses apparitions télévisées en France, Emmanuel Macron a remis le sujet du climat sur le devant de la scène lors de son récent voyage officiel aux États-Unis. Devant le Congrès américain, il a affirmé en anglais que les États-Unis reviendraient un jour ou l’autre dans l’Accord de Paris « car il n’y a pas de planète B ». C’était à l’issue d’un discours de haute tenue mais sans effet immédiat car pour l'instant Donald Trump reste ferme sur ses positions alors que les ONG soulignent que pour le moment les engagements financiers pris par les pays riches dans l'Accord de Paris pour aider les pays du Sud ne sont pas tenus et que l'empreinte écologique de la France sur l'environnement a en réalité augmentée depuis la COP 21 à Paris en décembre 2015. Ce décalage assez fréquent entre la parole et les actes reste bien, à ce jour, le principal reproche que continuent à opposer ses détracteurs au locataire de l'Elysée, un an après son élection surprise.