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France Arabie saoudite Mohammed ben Salman Yémen

Publié le • Modifié le

L’ombre du Yémen plane sur la visite de Mohammed ben Salman à Paris

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Bombardement sur Aden, le 31 janvier 2018. REUTERS/Fawaz Salman TPX IMAGES OF THE DAY

C’est la première visite de Mohammed ben Salman en France depuis qu’il est devenu prince héritier d’Arabie saoudite en juin dernier. A 32 ans, il est déjà considéré comme l’homme fort du royaume, dont il est aussi ministre de la Défense. A Paris, Mohammed ben Salman a notamment rendez-vous avec le président français Emmanuel Macron. Les deux dirigeants évoqueront les différentes crises régionales, notamment la guerre au Yémen. Depuis 3 ans l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition qui combat la rébellion houthie du Yémen, ce conflit a fait de nombreuses victimes civiles et provoque un désastre humanitaire. En France un débat est en train de germer : faut-il continuer à vendre des armes à l’Arabie saoudite ?


La France est le troisième exportateur d’armes au monde et l’Arabie saoudite ainsi que les Emirats arabes unis qui sont en guerre au Yémen font partie des principaux clients de l’industrie française de l’armement.

Plusieurs organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme mettent en garde : il existe un risque de voir ces armes françaises servir à perpétrer des crimes de guerre au Yémen. Risque moral, mais aussi juridique puisque  le Traité sur le commerce des armes (ratifié par la France) interdit le transfert d’armement pouvant servir à commettre de graves atteintes aux droits humains. « Notre gouvernement a fait le choix d’un soutien militaire, politique, stratégique et économique à la coalition menée par l’Arabie saoudite », rappelle le Dr Jean-François Corty, le directeur des opérations internationales de Médecins du monde, pour qui la France « est en train de soutenir un pays qui ne respecte pas le droit humanitaire international et qui est passible de crimes de guerre ».

Médecins du monde est l’une des dix organisations non gouvernementales (ONG) qui interpellent Emmanuel Macron à ce sujet, au moment où le président français s’apprête à recevoir Mohammed Ben Salman. Egalement signataire de cet appel, Human Rights Watch (HRW) estime que la France devrait suspendre ses exportations d’armes à destination de l’Arabie saoudite. « La France devrait arrêter de vendre des armes à l’Arabie saoudite tant que celle-ci n’a pas cessé ses attaques illégales contre les civils », explique Bénédicte Jeannerod de HRW France qui dénonce aussi « le signal d’impunité que la France envoie au prince héritier d’Arabie saoudite » en continuant à lui fournir des équipements militaires.

Pour la France, pas question du suspendre les ventes d’armes à la coalition

Du côté des autorités françaises, on assure que les exportations d’armement sont strictement contrôlées et qu’il n’est pas question de suspendre les ventes de matériel de Défense aux pays de la coalition arabe en guerre au Yémen. D’ailleurs, les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme reconnaissent qu’à ce jour il n’existe aucune preuve de l’utilisation d’une arme française pour une violation du droit international au Yémen.

Du côté de l’Arabie saoudite, on explique que la coalition intervient en soutien au gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et on rappelle que le royaume saoudien est visé par des tirs de missiles attribués à la rébellion houthie du Yémen. « Nous ne voulons pas la guerre et notre gouvernement ne veut pas la guerre. Nous appelons à une solution politique, mais nous ne pouvons rester sans rien faire alors que des missiles tombent sur notre capitale », explique Raedah Abunayan, membre du Conseil consultatif saoudien dont les membres sont nommés par le roi. « Nous ne voulons pas de victimes parmi notre population, nous ne voulons pas dépenser tout cet argent pour une guerre que nous n’avons pas voulue, mais bien sûr nous devons nous défendre ! », poursuit Raedah Abunayan qui fait partie de la délégation officielle saoudienne présente à Paris aux côtés du prince héritier Mohammed Ben Salman.

Demande d’enquête parlementaire

Cela dit, le dossier pourrait devenir un peu plus délicat pour les autorités françaises. Pas seulement à cause de la mobilisation des ONG, mais aussi parce que certains pays refusent désormais de vendre des armes à la coalition arabe qui bombarde au Yémen : en Allemagne, c’est inscrit noir sur blanc dans le programme de la nouvelle coalition de gouvernement.

En France, la question est désormais posée au Parlement puisqu’un député de la majorité présidentielle, Sébastien Nadot, a déposé la semaine dernière une demande de commission d’enquête parlementaire sur cette question.

(Re) lire : [Reportages] Guerre au Yémen: auprès des déplacés et blessés

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