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Publié le • Modifié le

Johnny Hallyday, le jour où il est devenu l’idole des jeunes

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Johnny Hallyday est déjà devenu "l'idole des jeunes" lorsqu'il refait l'Olympia en 1964. AFP

Bien qu’il ait souvent donné l’impression de suivre les modes plutôt que de les inspirer, Johnny Hallyday, décédé ce mercredi à l’âge de 74 ans, a eu un impact considérable sur la génération des baby-boomers. Dans la France gaullienne et corsetée des années 1960, il avait participé à l’émergence et à l’émancipation d’une classe nouvelle : les jeunes.


24 février 1961. Même si Le Monde attendra encore sept ans avant de se rendre compte dans un édito resté célèbre que «  La France s’ennuie », c’est déjà le cas pour une très grande partie de sa jeunesse à l’aube des « sixties ». Entre la Guerre d’Algérie qui s’étire à n’en plus finir et la mainmise de l’État sur les grands médias, la génération des baby-boomers n’a pas grand-chose à se mettre sous les yeux ou dans les oreilles pour avoir la sensation d’exister. En ce vendredi de février presque printanier, le général de Gaulle a inauguré le matin même l’aéroport d’Orly mais l’événement est ailleurs : au Palais des Sports, Porte de Versailles, où va se dérouler en deux temps (une séance l’après-midi, une autre le soir), le « Premier festival international de rock ».

À l’affiche sous le dôme du boulevard Victor : Little Tony, Emile Port & the Checkmates, Bobby Rydell, Frankie Jordan autant de « pionniers du rock » qui ne passeront pas à la postérité, mais aussi Les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell et surtout, clou du spectacle, Johnny Hallyday. Déjà précédé d’une réputation sulfureuse pour ses prestations enragées dans ce que l’on appelle encore des galas, Hallyday dont la gloire est naissante – il n’a que 19 ans – va interpréter sept chansons à la première représentation et neuf à la seconde où se réveille la « bête de scène ». En sueur, Johnny éructe, Johnny se roule par terre, Johnny malmène sa guitare, Johnny lance sa chemise dans le public et c’est pratiquement l’émeute.

Le rocker s’adoucit

Johnny Hallyday, période Idole des Jeunes. plon.fr

Accourus des arrondissements voisins et des banlieues limitrophes, les jeunes spectateurs cassent des sièges et balancent des chaises pour pouvoir se trémousser au rythme du « rock’n roll ». C’est l’hystérie : la police est obligée d’intervenir pour rétablir l’ordre et faire le coup de poing contre les plus déchaînés. Dans l’excitation générale, des incidents ont en effet éclaté entre les fans de Johnny et ceux de Richard Anthony, lequel n’a même pas pu monter sur scène. Les bagarres vont se poursuivre dehors et entraîner des actes de vandalisme dans les rues alentour ainsi que dans le métro. S’il n’y a ni mort ni blessé, les échauffourées font la Une des journaux du lendemain, scandalisant la France des  « croulants », comme les jeunes surnomment alors les générations précédentes mais assoyant un peu plus l’image rebelle d’un Johnny alors beaucoup moins consensuel qu’aujourd’hui.

Les incidents du Palais des Sports sont même évoqués quelques jours plus tard à l’Assemblée nationale où un député émet l’idée de faire passer une série d’amendements pour faire interdire « ces rassemblements hystériques ». Dès lors, dans les banlieues comme en province, Hallyday aura pour toujours le soutien indéfectible des rockers, des bikers, des blousons noirs, des Hell’s Angels et de tous les parias de la société. Mais c’est aussi l’époque où Charles Aznavour, de vingt ans son aîné, prend Johnny sous son aile. Aznavour l’héberge même un temps dans sa propriété de Montfort l’Amaury et va lui prodiguer au passage de très précieux conseils. Conscient qu’il ne faut pas que la jeune vedette se laisse enfermer dans ce cadre trop restreint de rockeur maudit, Aznavour l’invite à adoucir son image. Et il lui écrit avec Georges Garvarentz Retiens la nuit, ballade sentimentale sortie en décembre 1961 qui reste, encore aujourd’hui, l’un des plus gros succès de Hallyday.

À l’image de son modèle, Elvis Presley, Johnny va maintenant alterner les chansons rythmées par du rock ou du twist et des ballades plus intimistes dont L’idole des jeunes. Enregistré en octobre 1962, ce titre semble terriblement autobiographique. Mais c’est en réalité une adaptation, très réussie, de Teenage Idol, une chanson enregistrée deux mois plus tôt aux États-Unis par le chanteur américain Ricky Nelson. Entre-temps, en juillet 1962, est sorti en France un magazine qui va devenir l’étendard d’une génération, le mythique Salut Les Copains, mensuel pour la jeunesse lancé par Frank Ténot et Daniel Filipacchi qui est le prolongement de la non moins mythique émission de radio du même nom créée en 1959 sur les ondes d’Europe 1 – qui s’appelle encore Europe n°1 – par les mêmes Ténot et Filipacchi. Johnny fait évidemment la couverture du premier numéro dont l’éditorial annonce la couleur : « Pour la première fois, dans un monde établi et mené par les plus de 20 ans, les moins de 20 ans ont droit à la parole ». Tiré à 100 000 exemplaires, le magazine est épuisé en 24 heures.

Et naquirent les yéyés

Bernard Brillé et Johnny Hallyday dans Salut Les Copains sur Europe 1 en 1965. AFP PHOTO

Un an plus tard, le tirage de Salut les Copains frôle le million d’exemplaires et l’étoile de Johnny n’a cessé de luire, notamment grâce à trois semaines durant lesquelles il a rempli l’Olympia du 5 octobre au 12 novembre, spectacle qui donne lieu à son premier album live ainsi qu’à un show filmé pour la télévision par François Chatel. Cette période va atteindre son apogée le 22 juin 1963 lorsqu’Europe n°1 s’organise un concert gratuit place de la Nation à Paris pour fêter le 1er anniversaire de Salut Les Copains le magazine.

À l’affiche : Sylvie Vartan (qui épousera Johnny deux ans plus tard), Richard Anthony, Les Chats Sauvages de Dick Rivers et notre Jojo national. Les organisateurs attendent 30 000 personnes mais il y en aura plus de 150 000 selon la police. Malgré la foule inattendue, le concert se déroule sans incident, mais c’est l’ « after » qui dégénère. Des bagarres éclatent entre bandes rivales obligeant les forces de l’ordre à intervenir. Là encore, ces débordements font la Une des journaux et inspirent au sociologue Edgar Morin, dans un long texte publié par Le Monde, le néologisme « yéyés » pour définir ce mouvement en lame de fond dont Johnny Hallyday est devenu l’idole, l'année de ses 21 ans.

Chronologie et chiffres clés