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France Emmanuel Macron

Publié le • Modifié le

Le «plan de bataille» de Macron pour les banlieues ne fait pas l’unanimité

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Emmanuel Macron délivre son discours sur la politique de la ville lors d'un déplacement à Tourcoing, le 14 novembre 2017. FRANCOIS LO PRESTI / POOL / AFP

Après Clichy-sous-Bois lundi, Emmanuel Macron était en déplacement ce mardi 14 novembre à Tourcoing, dans le nord de la France, pour parler de sa politique de la Ville. Appelant à la mobilisation nationale, il a annoncé des mesures concrètes. Sans forcément faire pour autant l’unanimité.


Voulant faire taire les critiques qui l’accusent de mener une politique pour les riches, Emmanuel Macron a présenté ce mardi à Tourcoing ce qu’il qualifie de « plan de bataille » en faveur des banlieues défavorisées. Le président de la République a rejeté l'idée d'une politique basée sur les aides publiques en direction des quartiers populaires. « Il n’y a pas des citoyens de seconde zone qui auraient l’exclusivité d’une politique sociale où à qui il faudrait simplement parler en termes de dépenses publiques », a lancé le chef de l’Etat.

Emmanuel Macron l’affirme : il y a une société à mettre en mouvement pour la faire réussir. Or, quand la mobilité économique et sociale est bloquée, les premières victimes sont celles et ceux qui vivent dans les quartiers en difficulté. « Œuvrer pour une économie plus forte, pour plus de mobilité, c’est œuvrer avant tout pour celles et ceux qui sont le plus en difficulté », assure-t-il.

Priorité à l'emploi

Face à un tel défi, le président de la République a appelé à une « mobilisation nationale » à laquelle participeraient gouvernement, collectivités, associations et intellectuelles avec un plan de bataille qu’il veut « clair » et qui passe d’abord par l’emploi.

Parmi les mesures annoncées, Emmanuel Macron a ainsi mis l’accent sur les « emplois francs », un dispositif accordant une prime aux entreprises qui embauchent un habitant d’un quartier populaire. Il entrera en vigueur dès l’année prochaine via une phase d’expérimentation avant d’être généralisé en 2020. Les entreprises bénéficieront d'une aide de 5 000 euros par an sur trois ans pour une embauche en CDI et de 2 500 euros par an sur deux ans pour un CDD de plus de six mois. Une dizaine de territoires seront concernés au 1er janvier. Ce dispositif, expérimenté sous François Hollande, avait dû être abandonné en raison de critères d’éligibilité très restrictifs.

Parallèlement, afin de lutter contre la discrimination à l’embauche et à la promotion, Emmanuel Macron souhaite rendre public le nom des entreprises « les plus délinquantes ». Il faut « traquer les employeurs qui ne respectent pas ce qui est dans la loi », a-t-il martelé.

Pour ne pas laisser les quartiers à l’abandon, le président français promet une présence plus forte des services publics, avec des policiers du quotidien, plus de bibliothèques, des maisons de santé, et le respect des engagements de l'Etat au sujet de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU)  qui verra comme prévu son budget doublé jusqu’à 10 milliards d’euros.

« Cela donne envie d'y croire »

« Le discours était plutôt offensif, le diagnostic superbement bien posé », salue le rappeur Rost, qui dirige depuis 2005 le collectif Banlieues actives. « Cela donne envie d’y croire », confie-t-il. Mais il demande à voir : « Des annonces, il y en a toujours eu ; on va voir dans les faits, dans les semaines ou les mois à venir, ce qui va être mis en place. »

Dominique Sopo, président de SOS racisme, approuve également des mesures allant « dans le bon sens », notamment en ce qui concerne la lutte contre la discrimination, et une volonté de faire revenir les services publics dans les quartiers en difficulté « beaucoup plus qu’auparavant ».

Mais des zones d’ombre demeurent, estime-t-il. « On parle de police de proximité, ce qui est une bonne chose, mais il y a aussi une obligation de formation qui nous semble essentielle et qui n’a pas été évoquée », regrette Dominique Sopo. Autre critique : les emplois francs, dont l’efficacité, juge-t-il, « ne répond pas à la question des représentations négatives qui peuvent être à l’origine de pratiques discriminatoires vis-à-vis des habitants de ces quartiers ou qui seraient d’origine immigrée ou ultra-marine. »

« Une politique de Gribouille »

Du côté de la classe politique, les réactions sont beaucoup plus mitigées. Patrick Kanner, ancien ministre PS à la Ville, se dit rassuré par un président qui « n'efface pas les traces de son prédécesseur ». Damien Castelain, président (centriste) de la Métropole européenne de Lille, chargée de la politique de la Ville dans l'agglomération, salue des « objectifs ambitieux », mais attend « des actes concrets ».

Olivier Faure est beaucoup plus sévère. Le chef de file des socialistes à l’Assemblée nationale dénonce « une politique de Gribouille ». « On recycle des mesures qui existent déjà (…) Pour créer 2 000 emplois francs, on va supprimer des milliers d’emplois aidés, alors que ce sont précisément des emplois qui visaient les publics les plus en difficulté », déplore-t-il. « Ça ne ressemble pas à un plan d’envergure dont on aurait besoin. »

Pour Nicolas Dupont-Aignan, député de Debout la France, Emmanuel Macron fait le contraire de ce qu’il dit : « Il a raison de parler de mobilisation nationale, mais depuis six mois il fait exactement l’inverse. Quels sont les ministères dont les crédits ont été réduits de plus d’un milliard ? Celui du Travail, avec la suppression de 150 000 contrats d’insertion, et celui du Logement, avec la réduction des APL, c’est-à-dire l’aide aux logements pour les plus pauvres. » Et lâche : « C’est le discours de quelqu’un qui n’a jamais foutu les pieds en banlieue. »

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