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Publié le • Modifié le

Prix Bayeux 2017: l'Afrique, l'Orient, la guerre, la presse et la démocratie

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Des migrants et des réfugiés supplient des policiers macédoniens de les laisser franchir la frontière près du village grec d’Idomeni, le 10 septembre 2015. Yannis Behkrakis, prix Pulitzer de la photo d’actualité 2016, Visuel Bayeux 2017 / Yannis Behrakis

La 24e édition du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre a lieu toute cette semaine en Normandie, dans le nord de la France. L'occasion de célébrer comme chaque année le travail de ceux qui continuent de choisir pour profession l'information, au péril de leur vie et malgré des risques grandissants. L'occasion aussi, pour le grand public, de pouvoir s'arrêter quelques jours sur l'état de notre monde.


De notre envoyé spécial en Normandie,

Comme tous les ans depuis 1994, année du cinquantenaire du débarquement, la première ville de France reprise aux nazis en 1944 revêt cette semaine ses habits mémoriels et témoigne. Bayeux se veut un lieu célébrant le travail de la presse libre, et de terrain, à l'aune des conflits armés actuels. C'est en effet au plus près du front, si nécessaire derrière la ligne, voire chez ceux que certains appellent encore les « barbares », que le journaliste accomplit malgré le danger son devoir le plus sacré, celui de collecter des vérités de fait à opposer aux vérités d'opinion, et rapprocher ainsi l'humanité de ce que la philosophe Hanna Arendt appelait, de ses vœux, « un monde commun ».

La démocratie en dépend, encore et toujours. L'histoire de ce département côtier du Calvados, et celles des correspondants de guerre qu'il met à l'honneur depuis bientôt 25 ans, en sont l'illustration. « Le principe de la liberté de la presse n'est pas moins essentiel, n'est pas moins sacré que le principe du suffrage universel, disait à la représentation nationale française Victor Hugo en 1848. Ce sont les deux côtés du même fait. Ces deux principes s'appellent et se complètent réciproquement. La liberté de la presse à côté du suffrage universel, c'est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous. Attenter à l'une, c'est attenter à l'autre. »

Le président du jury est encore, cette année à Bayeux, bien placé pour rappeler que ces enjeux restent d'actualité partout dans un monde instable, et qui de surcroît se réarme. Par le passé, le Gallois Jeremy Bowen, globe-trotter de la BBC, a été récompensé trois fois dans le Calvados - entre autres distinctions. Il a couvert des terrains allant du Salvador à la Syrie, en passant par la Roumanie ou l'Afrique du Sud. « Tous les acteurs des conflits actuels veulent contrôler les médias sur les champs de bataille. Nous nous devons d'apporter de la lumière dans les recoins les plus sombres de la planète, et de faire de notre mieux pour rechercher la vérité et la montrer. Ils sont nombreux à vouloir nous en empêcher », confiait-il récemment.

Une nouvelle stèle au Mémorial des reporters pour nos confrères disparus entre 2016 et 2017, notamment au Moyen-Orient

Le premier devoir de Bayeux-Calvados sera donc encore cette année de jeter un peu de lumière crue sur le sacrifice de ceux qui ont payé de leur vie pour ces principes. Nos confrères disparus en 2016 dans le monde sont estimés à 74, pour beaucoup assassinés sciemment alors qu'ils portaient comme seule arme un stylo, un ordinateur, un boîtier photographique, une caméra ou du matériel de prise de son. En somme, une plume. Plus qu'un nom, un souvenir, une histoire, ils laissent derrière eux une œuvre d'intérêt public. Elle sera dûment rappelée par les infatigables militants de l'association Reporters sans frontières (RSF) et quelques proches des quatre collaborateurs de médias français disparus depuis janvier 2017.

Trois de ces collaborateurs ont été fauchés en juin dernier par une explosion lors de la bataille de Mossoul, en Irak. Signe tragique que les années passent et que le Moyen-Orient continue de concentrer tous les facteurs d'instabilité qui créent la guerre et que la guerre crée. Les expositions de cette édition de Bayeux-Calvados sont donc encore le reflet de ce déséquilibre. Le photographe Jan Grarup y dévoile l'exode de Mossoul, et l'Agence France-Presse présente une série de clichés pris par des Syriens dans leur pays cette année. Une exposition est aussi consacrée aux 15 dernières années de la vie de feu Bakhtiyar Haddad, traducteur kurde irakien, francophone et francophile.

Le documentariste Olivier Sarbil présente le film Mossoul, réalisé auprès de soldats des forces spéciales irakiennes dépêchées contre le groupe Daech. Mais la fiction étant parfois capable de toucher au réel avec autant d'efficacité qu'un reportage ou une enquête, le réalisateur Philippe Van Leeuw présente de son côté Une famille syrienne, film où l'on se rappelle que la vie parvient toujours à se frayer un chemin, même cernée par la mort. Il sera aussi question de débattre de l'avenir, et notamment celui de la Turquie, en compagnie des journalistes Matthias Depardon et Erol Önderoglu, fraîchement sortis tous les deux des limbes judiciaires qui se sont déployées dans ce pays ces derniers temps.

Une édition 2017 elle aussi marquée par la prédominance des conflits moyen-orientaux, mais aussi africains

Ces quelques exemples cachent bien d'autres travaux présentés cette année à Bayeux, qui témoignent tous ensemble de l'urgence de la situation moyen-orientale. Mais ils ne sauraient faire oublier, et RFI s'efforce chaque jour de le montrer, que l'Europe, les Amériques, l'Asie et surtout le vaste, riche et divers continent africain sont aussi affaiblis par des conflits, dont les racines entrent d'ailleurs parfois en résonance avec ceux du Moyen-Orient. L'occasion nous est donc encore offerte cette année de s'arrêter sur certaines situations africaines, à commencer par celle du plus jeune Etat-nation du monde, le Soudan du Sud, détruit sous le poids des tensions inter-ethniques et qui fait l'objet d'une exposition de la photographe Adriane Ohanesian.

Se pencher sur un conflit, c'est aussi s'intéresser à ses suites, souvent laborieuses, souvent compliquées. Il est plus simple et rapide de détruire que de bâtir, ou de venger que de rendre justice. Et si l'on ne fait la paix qu'avec ses ennemis, il n'est pas toujours naturel de tenter de comprendre, et encore moins de pardonner. Pour toutes ces raisons, ces périodes post-conflit sont porteuses elles-mêmes de dangers et d'injustices. Cela semble au fond le message du documentaire Wrong Elements, de Jonathan Tittell, qui s'est intéressé à la vie actuelle, un peu en marge, d'anciens enfants-soldats enlevés et formés par l'Armée de résistance du seigneur (LRA) après 1989 en Ouganda.

Il faudra aussi regarder du côté du salon du livre de l'édition 2017 de Bayeux-Calvados, où le journalisme et le roman s'entremêlent et se complètent. On y trouvera Les forêts profondes, qui revient sur un mal encore plus insidieux que la guerre, en l'occurrence la vague d'épidémie d'Ebola ayant frappé l'Afrique de l'Ouest à partir de fin 2013. Ou encore République centrafricaine, un recueil de photos sur le conflit Seleka / anti-Balaka. Mais aussi L'homme aux bras de mer, donnant à voir l'itinéraire d'un pêcheur somalien devenu pirate, One Goal, qui s'intéresse à l'équipe de football amputée de Sierra Leone, et Mali, Au-delà du jihad, de notre confrère et ami François-Xavier Freland. Car Bayeux est aussi et surtout une histoire d'amitiés.

Sur le site de l'évènement :

France 24 partenaire du prix Bayeux-Calvados
Du 2 au 8 octobre 2017, le programme
Le visuel de l'édition 2017, signé Yannis Behrakis
24 ans de presse et de démocratie à Bayeux

Chronologie et chiffres clés