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France Environnement artisanat Solidarité

Publié le • Modifié le

Les Repair Cafés s'installent en France

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Entre la moitié et les deux-tiers des objets apportés sont réparés en moyenne. Triel Environnement

Nés aux Pays-Bas il y a une dizaine d’années, les Repair Cafés – ces ateliers éphémères où des bénévoles réparent gratuitement des objets du quotidien – gagnent la France. Outre leur côté pratique, ils s’inscrivent dans le mouvement de l’économie solidaire et écoresponsable. Ils créent aussi du lien social.


« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » se tourmentait Alphonse de Lamartine il y a presque deux siècles dans Milly ou la Terre Natale, l’un de ses poèmes les plus connus. S’il vivait aujourd’hui – on n’est pas sûr qu’il l’aurait souhaité – ce grand romantique se réjouirait sans doute de constater qu’à défaut sans doute d’avoir une âme, les objets du quotidien ont une histoire, une histoire à laquelle les gens sont souvent attachés. À l’heure de l’obsolescence programmée, les citoyens écoresponsables sont aussi de plus en plus nombreux à consommer à contre-courant et à s’organiser pour lutter contre le gaspillage. Nés aux Pays-Bas à la fin de la dernière décennie, les Repair Cafés – littéralement « Les Cafés de Réparation » – s’inscrivent dans ce mouvement qui ne cesse de s’amplifier et gagne désormais la France.

De quoi s’agit-il ? Plusieurs fois par an, le plus souvent à l’initiative d’associations de quartier ou municipales, des bénévoles proposent leurs services pour réparer les objets de la vie courante plutôt qu’ils partent à la casse, le plus souvent sans être même recyclés. Cela va de l’électroménager en passant par les vêtements, les jouets, l’électronique ou encore les vélos. Pionnier dans le département des Yvelines, le Repair Café de Triel-sur-Seine nous a ouvert grandes ses portes le 30 septembre dernier, dans un local mis à la disposition par la municipalité de cette commune d’environ 12 000 habitants située à une quarantaine de kilomètres de Paris.

Économie solidaire

Réparer un lecteur CD, un jeu d'enfant. Christophe Carmarans/RFI

« Quant on l’a lancé, il n’y en avait pas encore dans les Yvelines », annonce fièrement Françoise Mezzadri, l’une des inspiratrices du projet. Trielloise depuis une dizaine d’années, Françoise s’implique beaucoup dans la vie de sa commune pour toutes les questions environnementales et ce Repair Café entre dans cette catégorie. « Il y avait bien un Repair Café à Houilles, précise-t-elle, mais ils ne communiquaient pas dessus et ils n’étaient pas répertoriés. Nous, on a tout de suite adhéré à la fondation Repair Café, ce qui nous a permis d’être répertoriés sur la carte internationale, moyennant une inscription à vie qui ne s’élève qu’à 50 euros ».

« Le concept, poursuit-elle, c’est vraiment que c’est gratuit et ponctuel. C’est sur la base du bénévolat. Pour le moment on ne compte pas en faire plus de trois par an : celui-ci en début d’automne, un autre fin janvier et un troisième en avril. En été, les gens n’ont pas envie de s’enfermer dans une salle. Et à la rentrée des classes, c’est compliqué ». Le bénévolat, c’est bien mais encore faut-il attirer du monde. Le public bien entendu mais aussi les réparateurs dévoués, surnommés les répar’acteurs. Pour y parvenir, les volontaires du Repair Café de Triel ont mis leur énergie dans le réseautage et la communication pour que leur événement soit un succès : page Facebook dédiée, communiqués à la presse locale, sans oublier bien sûr le bouche-à-oreille.

Le taux de réussite dans les réparations varie entre les deux tiers et la moitié des objets apportés. Qui dit réparateur ne veut pas dire non plus faiseur de miracles. Spécialiste de la bicyclette, Gwendal Demet est quand même confronté à un sérieux défi : remettre en état un vélo d’un autre âge, un vieil Amsterdamer datant des années 1930. Indice : la moitié du garde-boue arrière est peint en blanc, astuce trouvée par nos aïeux pour pouvoir être vus des véhicules la nuit, tout en gardant le feu arrière éteint pour ne pas attirer l’attention des Allemands. « On me l’a déposé ce matin avec les deux pneus à changer », commente Gwendal. « Pneus et chambres à air changés, il devrait pouvoir rouler comme ça. De tous les moyens de locomotion, ce sont les vélos qui se conservent le mieux » observe-t-il.  Une fois un objet réparé, il est pesé car, à des fins statistiques, le Repair Café fait le total en poids des objets réparés en fin de journée. Puis il est estampillé « Réparé » pour la photo-souvenir.

« Au début, concède Françoise Mezzadri, on nous a fait la critique que nous allions enlever du travail aux vrais réparateurs. Mais c’est un faux débat en fait. Au contraire, on met en avant les métiers de la réparation que les gens ont tendance à avoir oubliés ». « À Poissy, explique-t-elle, il y a une société qui s’appelle SOS Aspirateurs et ils viennent de s’entendre avec le réparateur de notre Repair Café pour leur envoyer des clients qui auront un bon de réduction chez eux et pour des pièces détachées ». Autre intérêt d’un Repair café : il crée du lien social entre habitants d’une même agglomération. « Et aussi, ajoute Françoise, c’est intergénérationnel, il y a des gens de tous horizons et de tous âges ». De la mamie qui vient faire réparer son transistor au garçonnet à qui l’on a remplumé sa peluche, en passant par le cycliste venu faire régler son antique biclou, le brassage est en effet très divers, de chaque côté des stands, d’ailleurs.

Effet boule de neige

Des éponges lavables faites avec de vieilles chaussettes. Christophe Carmarans/RFI

Dans la catégorie junior, on trouve ainsi Julie, une blogueuse d’à peine vingt ans qui s’est lancée depuis déjà plusieurs années dans le zéro déchet et la consommation responsable à travers notamment un blog dénommé ‘Sortez Tout Vert’ qui fourmille d’idées et de conseils. Ce samedi-là, elle apprenait sur son stand à fabriquer des éponges à partir de chaussettes dépareillées ou de collants filés. Comment ? Rien de plus simple : une planchette où sont plantés en carré vingt clous. Armé d’un peu de patience quand même, on fabrique ses propres éponges sur ce simplissime métier à tisser. « Ce sont des éponges que l’on peut tout simplement mettre au lave-linge et réutiliser à l’infini. Il y a des textiles qui sont plus adaptés à certaines surfaces », prévient Julie.

« Par exemple, poursuit-elle, avec les collants un peu épais et opaques, on fait plutôt des éponges pour ramasser la poussière. Avec les chaussettes, ça va être plutôt pour nettoyer la vaisselle et la maison. Non seulement les gens partent d'ici avec leurs objets réparés, conclut-elle, mais ils repartent aussi souvent avec un savoir-faire ». En attendant le prochain Repair Café à Triel à la fin janvier, Françoise et les autres bénévoles savent qu’ils sont dans le vrai. Plusieurs associations des communes avoisinantes sont venues se renseigner et demander conseil. « C’est en train de faire boule de neige. Mantes s’y est mis. On a aussi vu des gens de Saint-Germain-en-Laye, Vaux-sur-Seine, Carrière-sous-Poissy, Meulan, Bonnières ou encore Mézy-sur-Seine. Tout le monde s’y met ». S’il n’y a encore que 75 Repair Cafés répertoriés en France contre 738 aux Pays-Bas, le mouvement est en train de prendre. Et il est là pour durer, comme les objets.

DIAPORAMA Cliquez pour agrandir
Triel-sur-Seine organise trois Repair Café par an et fait figure de pionnière dans le département des Yvelines. Christophe Carmarans/RFI

Chronologie et chiffres clés