rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

France Emmanuel Macron Défense Finances

Publié le • Modifié le

Budget: Emmanuel Macron recadre le chef des armées françaises

media
Le président de la République française, Emmanuel Macron, devant le chef d'état-major des armées Pierre de Villiers, le 14 mai 2017 à Paris. Michel Euler / POOL / AFP

C'est un rappel à l'ordre peu banal. Jeudi 13 juillet 2017, lors d'une adresse aux militaires à la veille de la fête nationale, le président n'a pas mâché ses mots. Alors que le chef d'état-major des armées menaçait de démissionner si les budgets de la défense étaient amputés cette année, Emmanuel Macron a parlé. Il a visiblement peu goûté la déclaration du général de Villiers, et a rappelé que «le chef» des armées, c'était lui.


« J’ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends, je sais les tenir. Et je n’ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire. » Propos cinglant, signé Emmanuel Macron devant la communauté militaire à la veille du 14-Juillet à Paris.

La remarque s'adressait en filigrane au général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées françaises et grand défenseur du budget de la Défense, comme il l'avait déjà publiquement prouvé l'an passé, quitte à laisser sur l'étagère le vieux surnom de l'armée française, « la Grande Muette ».

→ À relire : Rare débat public entre le chef des armées et François Hollande

Devant les députés, qui l'ont auditionné à huis clos mercredi 12 juillet en commission de la Défense à l'Assemblée nationale, le général de Villiers a encore tiré la sonnette d'alarme : faute de moyens, dit-il, l'armée doit régulièrement annuler des opérations sur le terrain, même après des mois de recherches.

Le chef d'état-major considère que ses troupes ont déjà « tout donné » et que la situation n'est « pas tenable ». Il craint les rabotages, alors que le nouveau gouvernement entend vite respecter ses engagements européens en matière de déficits budgétaires.

En 2014 déjà, Pierre de Villiers avait une première fois lancé l'alerte, plaidant pour le budget de la Défense française dans un monde incertain, et qui se réarme à grande vitesse. A l'époque, il avait mis sa démission dans la balance, avec celle des chefs d'état-major des trois corps (air, terre, mer). Et obtenu gain de cause.

Cette semaine, le général aurait encore brandi une démission devant les députés. Réponse du président : « Il ne m’a pas échappé que ces derniers jours ont été marqués par de nombreux débats sur sujet du budget de la Défense. Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. »

→ Lire aussi : Le 14-Juillet, expression singulière de l’imaginaire français

Et le chef de l'Etat de recadrer clairement le chef d'état-major de ses propres armées : « J'aime le sens du devoir, j'aime le sens de la réserve qui a tenu nos armées où elles sont aujourd'hui et ce que j'ai parfois du mal à considérer dans certains secteurs, je l'admets encore moins lorsqu'il s'agit des armées. »

Le problème, c'est le budget 2017. Ce vendredi, Jean-Jacques Bridey, président LREM de la commission Défense à l'Assemblée et conseiller de M. Macron pendant la campagne, a d'ailleurs dit sur RFI qu'il « regrette » le « choix » d'imposer 850 millions d'euros d'économies à la Défense cette année.

En fait, le budget de la Défense restera inchangé par rapport à ce qui a été voté par le Parlement pour 2017 (32,7 milliards d'euros). Mais les armées subiront in fine une baisse de 850 millions de crédits pour les achats d'équipements dont certains vont devoir être reportés ou annulés, en dépit des besoins sur le terrain.

« Un effort a été demandé pour cette année à tous les ministères, y compris au ministère des Armées. Il était légitime, il était faisable, sans attenter à rien, à la sécurité de nos troupes, à nos commandes militaires et à la situation telle qu’elle est aujourd’hui », a estimé vendredi le président Macron devant les militaires.

► À (re)lire la revue de la presse de ce vendredi avec à la Une : Le 14-Juillet, le chef des armées françaises marche au pas

Edouard Philippe: le général de Villiers peut « bien entendu » rester à son poste

Pendant sa campagne, à l'instar d'autres candidats, le futur président français s'était rangé à l'idée de rehausser progressivement le budget militaire à hauteur de 2 % du produit intérieur brut, à l'horizon 2025 (contre 2022 pour son prédécesseur). Un objectif qu'il a réaffirmé devant les troupes jeudi 13 juillet :

« Dès 2018, nous entamerons cette remontée du budget du ministère des Armées dont les crédits budgétaires seront portés à 34,2 milliards d’euros, dont 650 millions d’euros de provisions OPEX. Parce que c’est l’engagement que j’ai pris, en aucune façon parce que quelque commentaire se serait élevé. »

L'intéressé, qui a été confirmé à son poste pour un an, connait désormais sa place en « Macronie ». Sa ministre de tutelle, Florence Parly, a jugé bon de préciser ce vendredi sur l'antenne de RTL que le chef d'état-major des armées assisterait bien, au côté du chef de l'Etat, au défilé du 14-Juillet malgré la polémique. Et à la mi-journée ce vendredi, le Premier ministre Edouard Philippe a confirmé sur une radio périphérique que le général de Villiers pouvait « bien entendu » rester dans ses fonctions de chef d'état-major des armées.

Chronologie et chiffres clés