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Cyclisme Environnement France Paris Transport

Publié le • Modifié le

Dix ans après, le Vélib’ entame un nouveau cycle

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A Paris, les Vélib' font désormais partie du paysage. AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Lancé le 15 juillet 2007, le système de vélo en libre-service parisien Vélib’ fête ce samedi ses dix ans d’existence. Malgré son immense succès populaire, Vélib’ s’est avéré coûteux en raison des vols et du vandalisme ajoutés à de nombreux dysfonctionnements. En mai dernier, la mairie de Paris a confié le marché à un nouvel opérateur qui mettra en service des machines mieux adaptées aux besoins des Franciliens dès janvier 2018.


Lancé à Paris en grande pompe il y a dix ans, sous l’impulsion du maire Bertrand Delanoë, Vélib’ fête ce samedi 15 juillet son 10e anniversaire. Si, comme on le lira plus loin, la municipalité a un peu fait les choses à l’envers en créant ce service de vélo en libre-service sans avoir au préalable aménagé d’infrastructures vraiment adéquates à la pratique cycliste, force est de reconnaître que Vélib’ s’est avéré d’emblée un succès.

Dès le premier jour, des dizaines de milliers de Parisiens se ruaient sur les 10 648 vélos alors disponibles dans les 750 stations réparties aux quatre coins de la capitale, tous tentés par ce nouveau mode de déplacement d’un coût relativement modeste (29 euros d’abonnement annuel et la première demi-heure gratuite), un tarif surtout intéressant pour les usagers réguliers et sur les courtes distances (entre 2 et 5 km), lesquelles représentent encore aujourd’hui la très grande majorité des trajets à Vélib’. Au bout d’un an, Vélib’ comptait déjà 200 000 abonnés et totalisait 26 millions de locations.

Un tournant historique

Lancé il y a dix ans, le Vélib' a connu un succès immédiat. Getty Images

Preuve que l’événement fut de taille : le lancement de Vélib’ et le succès qui s’en est suivi est d’ailleurs considéré comme un tournant par les nombreux avocats du vélo en ville. « Nous avons constaté avec l’arrivée du Vélib’ une augmentation significative du nombre de cyclistes dans Paris et autour de Paris » souligne Denis Moncorgé, président de l’association MDB (Mieux se déplacer à bicyclette). «  Cela a été très positif et sensible, poursuit-il. Les cyclistes déjà pratiquants se sont sentis plus renforcés et sécurisés. Et puis, statistiquement, Vélib’ c’est à peu près 40% des déplacements à vélo dans Paris en 2017 ».

Jugé dépassé, ringard et mal adapté à la ville, le vélo redevenait tout à coup moderne, légitime et écologique, une inversion d’image qui est encore plus valide aujourd’hui, dix ans après les premiers coups de pédale. Dès 2009, le groupe JC Decaux, prestataire originel du Vélib’, sortait de Paris intra-muros pour installer des stations dans 29 municipalités de la Petite Couronne (les communes limitrophes de Paris ; NDLR). Et quatre ans seulement après son lancement, Vélib’ célébrait ses 100 millions de trajets. En 2014, le service comptait 258 000 abonnés pour un parc de 18 000 bicyclettes utilisées 35 millions de fois par an avec, aux beaux jours, des pics à 150 000 locations pour une seule journée (v. chiffres 2016 ci-dessous).

Vélib' en quelques chiffres (statistiques pour 2016)
  • 1 225 stations principales
  • 39 944 bornettes
  • 18 162 vélos disponibles
  • 97 197 utilisations par jour en moyenne
  • 305 648 abonnés annuels
  • 324 millions de locations depuis la mise en service en juillet 2007
  • 17,2 minutes en moyenne par trajet (35 min pour les tickets 1 jour et 7 jours)
  • 5,3 rotations par jour et par vélo disponible

« J’ai adopté le Vélib’ dès sa mise en service et je m’en sers toujours régulièrement aujourd’hui, été comme hiver » nous confie François, un retraité qui ne nous en voudra pas de préciser qu’il va quand même sur ses 85 printemps. « Dans Paris, sur les courtes distances, c’est le mode de transport le plus simple et le plus rapide. Le moins cher aussi : un abonnement annuel coûte le même prix que deux carnets de 10 tickets de métro (29 euros ; NDLR) ». « Bien sûr, reprend cet ancien ingénieur, il faut faire attention, surtout aux voitures qui tournent à droite sans regarder. Mais comme j’ai fait de la mobylette pendant 30 ans dans Paris, j’ai gardé mes vieux réflexes ! ».

Automobiliste frustré, pour sa part Xavier a plutôt râlé quand il a vu des stations Vélib’ s’installer dans son 14e arrondissement et supprimer du même coup des dizaines de places où il aurait pu garer sa voiture. Convaincu par un ami, il s’est mis en selle quelques mois après le lancement de Vélib’ et il ne pourrait plus s’en passer aujourd’hui. Comme François, Xavier a été conquis par le côté pratique et économique du Vélib’ et, comme François aussi, il a relevé un gros point noir. « Le gros inconvénient, se plaint-il, c’est que le flux de circulation va toujours dans le même sens : le matin les stations de périphérie se vident, si bien que quand vous arrivez dans le centre de Paris, il n’y a plus de places pour ranger son Vélib’. Et le soir, c’est l’inverse ! ». « Désormais que j’habite à Boulogne, poursuit-il, il m’arrive régulièrement de ne pas trouver de place. Une ou deux fois, cela m’a coûté cher : entre 25 et 30 euros. C’est plus cher qu’un taxi mais, sur la durée, c’est anecdotique ».

Un Vélib’ à Bamako

Des milliers de Vélib' sont vandalisés chaque année. ALAIN JOCARD / AFP

Des anecdotes, on en dénombre évidemment à la pelle concernant le Vélib’, la plus légendaire étant sans doute celle de cet exemplaire retrouvé en 2013 à Bamako, au Mali, une énigme topographique (6 000 km par la route quand même) dont les méandres n’ont toujours pas été démêlés à ce jour, du moins pas à notre connaissance. Les autres sont moins exotiques et souvent plus déplaisantes : vélos mal raccrochés synonymes de ponction des 150 euros du chèque de caution, clef d’antivol manquante au moment d’accrocher son vélo pour faire une course rapide (« un jour, à cause de ça, je suis entré dans une boutique SNCF avec mon Vélib’ à la stupeur de tout le monde » s’amuse Xavier) et des incivilités régulières et récurrentes entre Parisiens empruntant tous les modes de locomotion, du piéton à l’automobiliste en passant par le motard et le patineur à roulettes.

Autres fléaux : les vols et les dégradations qui ont atteint des proportions tellement énormes qu’elles ont mis à mal le modèle économique mis en place par JC Decaux et la Ville de Paris. « D’après les statistiques, se désole Charles Maguin, président de l’association Paris en selle, on est arrivé à un moment où 75% de la flotte était perdue ou dégradée chaque année avec seulement entre 40 et 50% des vélos qui étaient récupérables ». D’après l’économiste Frédéric Héran, auteur de Le Retour de la bicyclette, chaque Vélib’ coûterait 4 000 euros par an à la collectivité, soit près du double comparé à d’autres villes comme Pau, Rennes ou Orléans qui ont, elles aussi, adopté le vélo en libre-service. Un vrai gouffre financier !

C’est en grande partie en raison de ce problème loin d’être encore résolu du vandalisme que la Ville de Paris a choisi en mai dernier un autre opérateur que JC Decaux dont le contrat de dix ans arrivait à son terme cette année. Suite à l’appel d’offres, c’est la société Montpelliéraine Smoove qui a été choisie pour un bail de quinze ans qui court donc jusqu’en 2033. Il faut dire que l’offre de Smoove était aussi séduisante que novatrice : un vélo plus léger (20 kg contre 22 kg), un système d’antivol plus robuste, un verrouillage-déverrouillage plus simple, une géolocalisation performante, un système de communication embarqué qui permettra entre autres de recharger son smartphone en pédalant et, à court terme, 30% de la flotte constituée de vélos électriques (le cadre des nouveaux Vélib’ doit permettre de transformer un vélo normal en vélo électrique en seulement 30 mn après un passage par l’atelier ; NDLR).

Un rayon d’action plus étendu

Le nouveau Vélib' comporte de nombreuses améliorations. Smoove

« Les points forts c’est que notre vélo est un vélo connecté », précise Hélène Papa, responsable de la communication chez Smoove. « On peut par exemple badger directement le Pass Navigo (la carte d’abonnement de transports en commun en région parisienne ; NDLR) sur le tableau de bord du vélo. Cette intelligence embarquée permet une meilleure sécurisation du vélo en station. Une fois notre vélo installé, il s’insère dans un diapason. La roue est bloquée et se solidarise avec la station. La technologie embarquée permet aussi d’assurer plus de protection contre le vandalisme. À mains nues, assure-t-elle, une fois installés dans une station, nos vélos ne peuvent pas être volés ». Autre point fort par rapport aux anciens Vélib’ : la possibilité d’arrimer son vélo à un point d’attache, même quand la station est pleine. « Ainsi, une station de 30 Vélib’ pourra désormais en accueillir 60, soit le double » promet Hélène Papa.

Ces améliorations vont bien sûr entraîner un surcoût pour l’usager (on parle de 35% d’augmentation et d’un abonnement à 99 euros pour les vélos électriques) mais cela ne devrait pas rebuter les usagers actuels. « Est-ce que Smoove va changer la donne ? » s’interroge Charles Maguin, de Paris en selle. « Nous, on attend de voir, mais Smoove jouit d’une assez bonne réputation. Ils sont considérés comme le haut du panier dans le monde du vélo en libre-service et ils ont fait un certain nombre de promesses intéressantes pour le nouveau Vélib’, même si on trouve dommage que les usagers n’aient pas été associés à l’approbation du nouveau marché. Du coup, on n’a pas pu partager nos expériences ».

« C’est la première fois qu’ils ont un contrat de cette taille, renchérit le président de Paris en selle, j’espère qu’ils n’ont pas sous-estimé l’ampleur du challenge, mais bon : on sait que le système de réservation va être nettement amélioré, que l’on pourra récupérer un vélo avec son smartphone, que grâce à la géolocalisation la lutte contre le vol et le suivi de ce qui se passe seront meilleurs et aussi que l‘on pourra « surcharger » les stations quand elles seront pleines. Donc, ce sera quand même un net progrès, si le cahier des charges est respecté ». Autre nouveauté : le nouveau Vélib’ sera réellement métropolitain et s’étendra au-delà des communes de la Petite Couronne actuellement desservies.

Seulement 4% des trajets

Le problème des stations pleines devrait être en partie résolu. AFP/Jean-Philippe Ksiazek

Le Vélib’ 2.0 nécessitera également moins d’entretien, mais comme son rayon d’action sera plus étendu, la totalité des 315 agents employés au fonctionnement du Vélib’ devraient conserver leur poste au moment de la bascule, laquelle sera effective le 1er janvier 2018. A priori l’usager sera gagnant, même si le service lui coûtera un peu plus cher. Néanmoins, c’est sur un autre terrain que les utilisateurs de Vélib’ et les cyclistes en général attendent la ville et la région : l’application réelle du Plan vélo 2020 (aménagements de pistes cyclables, mise en double sens de l’ensemble des rues, création de 10 000 places de stationnement vélos, accessibilité dans les transports en commun, etc.), un plan dont la mise en œuvre a pris au moins un an de retard aux dires même de la mairie.

Malgré le succès du Vélib’, seulement 4% (la Ville de Paris annonce 5% ; NDLR) des trajets effectués dans la capitale se font pour le moment à bicyclette contre 16% à Strasbourg, 15% à Grenoble ou 10% à Bordeaux, selon Paris en selle. « Comme je l’ai dit à Christophe Najdovski (le maire-adjoint de Paris chargé des transports, des déplacements, de l’espace public et de la voirie ; NDLR), il faut mettre des moyens humains conséquents à disposition des services de la voirie pour travailler sur ce sujet » assène Charles Maguin. C’est notre préoccupation principale avec le respect des aménagements cyclables. La pratique augmente et avec Vélib’ 2, elle va encore augmenter. Il va y avoir des gens qui vont venir d’un peu plus loin et c’est tant mieux. Mais à l’heure actuelle, conclut-il, les cyclistes subissent un enfer d’incivilités routières ». L’objectif fixé par la Ville de Paris pour 2020 est que 15% des trajets s’effectuent à vélo, soit trois fois plus qu’à l’heure actuelle. Pas question, donc, de mettre la pédale douce.

Chronologie et chiffres clés