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Brexit Union européenne Boris Johnson

Publié le • Modifié le

Brexit: offre finale de Boris Johnson, l'UE perplexe

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Le Premier ministre Boris Johnson lors de son discours en clôture de la conférence annuelle du Parti conservateur, à Manchester, le 2 octobre 2019. REUTERS/Henry Nicholls

À moins d'un mois de la date prévue du Brexit, le Premier ministre britannique Boris Johnson a mis la pression sur les Européens mercredi 2 octobre, avec une offre finale présentée comme la seule manière d'éviter une sortie sans accord. Mais pour les partenaires du Royaume-Uni, cette nouvelle proposition britannique n'apporte pas grand-chose de nouveau par rapport aux précédentes.


Boris Johnson s'est entretenu au téléphone avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, raconte le correspondant de RFI à Bruxelles, Pierre Bénazet. Et dans la lettre qu'il lui a adressée, le Premier ministre britannique propose que les parlementaires et l’exécutif d’Irlande du Nord se prononcent avant l’entrée en vigueur du système, puis tous les quatre ans pour le renouveler. Ce qui risque de heurter le plus les Européens, c’est justement l’absence de durabilité de l’offre de Boris Johnson.

L’offre finale du gouvernement britannique est plus acceptable que la première tentative il y a un mois sur les produits agricoles car désormais tous les biens et produits seraient concernés. M. Juncker a d'ailleurs « reconnu les avancées positives, notamment en ce qui concerne l'alignement complet de la réglementation pour toutes les marchandises et le contrôle des marchandises en provenance de Grande-Bretagne qui entrent en Irlande du Nord ». Cela ressemble finalement à ce que l’Union européenne avait proposé comme filet de sécurité pour l’Irlande avant même le début des négociations, à savoir une frontière en mer d’Irlande ce qui à l’époque avait fait hurler les unionistes nord-irlandais du DUP alliés de Theresa May, eux qui refusaient que le Royaume-Uni soit coupé en deux, Grande-Bretagne d’un côté et Irlande du Nord de l’autre.

Mais c’est là que s’arrête la ressemblance, d’abord à cause de la limitation dans le temps et surtout parce que Boris Johnson présente une formule tarabiscotée où l’Irlande du Nord serait dans l’UE d’un point de vue règlementaire mais pas dans l’Union douanière européenne. Il n’est en revanche question nulle part d’une autre grande préoccupation des Européens, à savoir les garanties pour les droits des citoyens. Cette offre britannique à prendre ou à laisser, risque de diviser les Européens entre les tenants de la fermeté envers Londres et les partisans d’un nouvel accord pour éviter la catastrophe d’un Brexit abrupt.

■ Les réactions à Westminster

De notre correspondante, Muriel Delcroix

On ne peut pas dire que pour l’instant ce plan ait déclenché un enthousiasme fou. Parmi les premiers à doucher les espoirs de Boris Johnson –si toutefois il en avait encore- Jeremy Corbyn : pour le chef des travaillistes, principal parti d’opposition, ce plan est « pire que l’accord de Theresa May » rejeté trois fois par le Parlement britannique. Il ne fera que saper le processus de paix irlandais, qui plus est le dirigeant y décèle l’intention du gouvernement britannique de se livrer à une dérégulation sauvage aux portes de l’UE.

Tout aussi sceptiques, les libéraux démocrates : ils voient d’un très mauvais œil la création de deux frontières sur l’île d’Irlande qui ne respectent pas l’accord de paix de 98 et porteront un coup sévère à l’économie nord-irlandaise. Pour eux comme pour les travaillistes, ce plan est proposé par un Premier ministre qui sait très bien que Bruxelles le rejettera et qui compte en réalité faire sortir le Royaume-Uni du bloc européen le 31 octobre sans accord, ignorant le fait que le Parlement a fait passer une loi qui l’en empêche.

Tout va dépendre de trois groupes qui vont être instrumentaux dans les jours à venir: le DUP, le petit parti unioniste nord-irlandais qui assurait jusqu’à il y a peu une majorité au gouvernement conservateur. Sa dirigeante Arlene Foster a pour le moment apporté un soutien prudent à Boris Johnson. Ensuite, les députés conservateurs ardents Brexiters qui avaient systématiquement voté contre l’accord de Theresa May. Eux aussi affichent un « optimisme prudent » face à un plan qui écarte résolument l’option du backstop irlandais, mais veulent avoir plus d’assurances sur les autres aspects de l’accord de retrait qu’ils critiquaient aussi. Enfin dernier groupe, la vingtaine de députés travaillistes qui soutiennent le Brexit, mais avec un accord et pourraient se laisser convaincre si le gouvernement entame des discussions avec eux.