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Brexit Boris Johnson Royaume-Uni Union européenne

Publié le • Modifié le

Brexit: l'offre de Johnson ne suscite pas un enthousiasme débordant au Parlement

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Pour Jeremy Corbyn, ce plan est «pire que l’accord de Theresa May» et il ne fera que saper le processus de paix irlandais (image d'illustration). REUTERS/Peter Nicholls

Le gouvernement britannique a publié ce mercredi sa proposition de compromis sur la frontière irlandaise qui permet selon Londres d'éviter des contrôles douaniers physiques à la frontière. Néanmoins cette offre, si elle finit par être acceptée par l’UE, devra l’être aussi par le Parlement britannique.


Ce plan, qui remplace le « backstop » décrié du précédent accord, prévoit que l'Irlande du Nord appartienne à la même zone douanière que la Grande-Bretagne mais que la province britannique conserve les régulations de l'UE pendant une période de transition.

Parmi les premiers à doucher les espoirs de Boris Johnson, rapporte notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix, l’opposition travailliste : pour son chef Jeremy Corbyn, ce plan est « pire que l’accord de Theresa May » et il ne fera que saper le processus de paix irlandais, qui plus est le dirigeant Labour y décèle l’intention du gouvernement britannique de se livrer à une dérégulation sauvage aux portes de l’UE.

→ A relire : Brexit: offre finale de Boris Johnson, l'UE perplexe

Tout aussi sceptiques, les libéraux-démocrates : ils voient d’un très mauvais œil la création de deux frontières sur l’île d’Irlande qui ne respectent pas l’accord de paix et porteront un coup sévère à l’économie nord-irlandaise.

Pour eux comme pour les travaillistes, ce plan est proposé par un Premier ministre qui sait très bien que Bruxelles le rejettera et qui compte en réalité faire sortir le Royaume-Uni du bloc européen le 31 octobre sans accord.

Ses propositions ont-elles une chance d’obtenir l’aval des députés ? Tout va dépendre de trois groupes : le DUP, le petit parti unioniste nord-irlandais qui a pour le moment apporté un soutien clair à Boris Johnson.

Ensuite, les ultra brexiters. Eux accueillent avec un « optimisme prudent » ce plan censé les débarrasser du très controversé « backstop » mais veulent que soient révisés les autres aspects de l’accord de retrait qu’ils critiquaient aussi.

Enfin dernier groupe, la vingtaine de députés travaillistes qui soutiennent le Brexit mais veulent un accord et pourraient se laisser convaincre si le gouvernement entame des discussions avec eux.


■ En Irlande du Nord, les habitants sont inquiets

À Newry, une petite ville très commerçante à une dizaine de kilomètres de la frontière, côté britannique, la proposition d’une « double frontière » n’a pas vraiment été accueillie à bras ouverts. Reportage.

Avec notre correspondante à Dublin,  Emeline Vin

La boulangerie Shelbourne est une institution à Newry. Marie Downey gère la boutique avec ses scones dorés et ses gâteaux colorés. Elle n’a pas franchement apprécié la proposition de Boris Johnson.

« Il ne s’intéresse pas aux gens d’Irlande du Nord ni à ce qui se passe à la frontière, dit-elle. Nous n’en voulons pas, de cette double frontière et des douanes. Ça ne peut pas fonctionner. Nous importons certains de nos ingrédients de Dublin, il faudrait qu’on répercute la hausse des prix sur nos clients. »

Collum est venu chercher un goûter en sortant du lycée. À 17 ans, l’idée d’une frontière l’inquiète. « Ça pourrait faire revenir la violence en Irlande, surtout que ça a déjà été le cas, souligne-t-il. Nos parents nous racontent des tas d’histoires sur comment c’était avant. En plus, nous, on fait partie d’un groupe. Ça risque d’être compliqué d’aller faire des concerts au sud. »

Même si Boris Johnson a promis le contact, Marie Downey craint surtout le retour des contrôles pour les frontaliers : « Environ 20% de notre clientèle vient de la République. On dépend d’eux. Nous demandons à Boris Johnson de penser à nous et de nous donner un accord juste. »

Dans la file d’attente des nombreux clients, Yvan, un fidèle de la boulangerie fait la mine de celui qui n’en pense pas moins. « On est au XXIe siècle, on a une technologie moderne. Ça ne sera pas un problème. Laissons faire le business », dit-il confiant.

La boulangère le regarde en faisant la moue. De toute façon, dit-elle, ça fait trois ans que tout le monde se demande ce que serait un vrai bon deal.

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