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Brexit Nouvelles technologies Internet Royaume-Uni

Publié le • Modifié le

Brexit: la Tech britannique s'inquiète pour sa future main-d'oeuvre

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Le Web Summit de Lisbonne a vu converger des délégations de startups du monde entier. L'un des plus nombreuses venait d'outre-Manche. RFI / Marc Etcheverry

Alors que les négociations entre Londres et Bruxelles s'éternisent, le Brexit s'est invité sur la scène du Web Summit, le grand raout de la Tech mondiale qui s'est achevé ce jeudi soir. A l'instar du reste de l'économie britannique, les startups se préparent au choc du 29 mars prochain. Elles redoutent en particulier de futures difficultés à attirer et retenir les talents.


De notre envoyé spécial à Lisbonne,

« Comment le Royaume-Uni va sérieusement pouvoir bénéficier, alors que nous sommes forts actuellement dans le secteur des nouvelles technologies, d’une sortie d’un marché numérique unique européen ? » D'une phrase, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a résumé, sur la grande scène du Web Summit, l'incertitude qui gagne le secteur outre-Manche à mesure que la date fatidique approche.

Une incertitude, voire une véritable appréhension, alors que la probabilité d'un « no deal », c'est-à-dire une sortie sans accord, demeure autour des 25 %, selon plusieurs économistes interrogés par l'agence Reuters.

Si l'ancien locataire du 10 Downing Street croit toujours possible d'arrêter la machine - « parce que depuis le vote, la connaissance de ce que cela implique s'est considérablement élargie » - dans le milieu des startups britanniques, où l'on a voté à 90 % contre la sortie de l'Union européenne, on s'est fait une raison.

De prime abord, le secteur technologique britannique paraît mieux armé pour affronter la rupture que les autres pans de l'économie : en 2017, sa croissance a été 2,6 fois supérieure aux autres secteurs.

Cela n'empêche pas les entrepreneurs du royaume d'avoir des inquiétudes. La première d'entre elles est la difficulté à trouver et retenir les talents indispensables au développement de ces entreprises, selon le dernier rapport Tech Nation, soutenu par le gouvernement de Theresa May. Une question intimement liée aux politiques d'immigration consécutives au vote du Brexit.

Cette même étude montre que le Brexit - problématique isolée des autres questions - arrive dans le top 3 des préoccupations dans les plus importantes communautés du pays. Ainsi à Londres, deux (l'Accès aux talents et le Brexit) des trois défis à relever selon les entrepreneurs sont liés au divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.

La « Fintech » en première ligne

Parmi toutes les startups, ce sont sans doute celles qui se dédient à la finance qui auront le plus à pâtir de la fin de la libre circulation des personnes entre les deux rives de la Manche. Selon un récent rapport d'Innovate Finance, 28 % des 76200 employés de la « Fintech » au Royaume-Uni viennent de l'Espace économique européen (principalement de l'UE). Et ces startups, qui pourraient connaître une pénurie de main-d'œuvre de 3 % d'ici 2030, sont 86 % à envisager de quitter l'île.

« Le recrutement de nouveaux talents est le plus gros défi qui se pose au secteur technologique britannique, reconnaissait au Web Summit l'ancien ministre de la Culture et du Numérique Ed Vaizey. Ce sera plus dur pour une compagnie londonienne d'avoir accès à une main-d'oeuvre européenne, de France par exemple. » Et l'ancien ministre du gouvernement Cameron de rappeler qu'en outre, ces talents viennent rarement seul : ils sont accompagnés de proches qui doivent aussi travailler.

Londres veut aussi un « Brexit technologique »

Dans les étroites allées du sommet portugais, ce sentiment de puissance mêlé d'inquiétude sur le futur recrutement est assumé. « A ce stade de notre développement, nous avons engagé tous les talents que vous désirions. Mais pour nos futurs recrutements, le Brexit risque de poser problème », reconnaît Yazan Bon Mohammad, Emirati venu fonder son entreprise de livraison d'épiceries, Beelivery, en Grande-Bretagne.

Pour Alex Deane, consultant pour FTI consulting et « brexiter » assumé, la rupture du 29 mars prochain sera l'occasion de « revoir complètement notre gestion de l'immigration et des talents », pointant que les flux « incontrôlés » en provenance d'Europe ont eu pour effet de réduire ceux en provenance d'autres régions du monde.

Au même moment, à plus de 1500 km de Lisbonne, sur les rives de la Tamise, le ministre du Brexit s'adressait à un parterre d'entrepreneurs londoniens. « Soyez sûr que nous sommes ouverts à recevoir les meilleurs talents du monde », a lancé Dominic Raab, tout en promettant un « Brexit technologique ». Pas vraiment de quoi entrevoir un horizon dégagé.

Au Web Summit, l'écosystème de startups britanniques avait sorti le grand jeu pour attirer journalistes et investisseurs. RFI / Marc Etcheverry

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