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Courage, indépendance, impact... RSF récompense quatre journalistes d'enquête

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Matthew Caruana Galizia, Inday Espina-Varona et Swati Chaturvedi ont été récompensés par RSF pour leur travail d'investigation parfois dangereux. Ben STANSALL / AFP

Reporters sans frontières a remis jeudi 8 novembre à Londres, le Prix pour la liberté de la presse 2018 à trois journalistes des Philippines, d'Inde, de Malte dans les catégories, du courage, de l'impact et de l'indépendance du journalisme. Un prix spécial a également été décerné à une journaliste britannique, dans la catégorie l'Esprit de RSF.


« Ce qui était très impressionnant, c’est que quatre prix ont été remis au total - le prix du courage, le prix de l’impact, le prix de l’indépendance journalistique -, à des journalistes de pays tels que les Philippines, l’Inde ou Malte avec à chaque fois des récits de guerre contre la vérité, de violences contre les journalistes. » Une semaine après la sombre journée mondiale contre l'impunité des crimes contre les journalistes, qui commémore les sorts macabres qui s'abattent sur les journalistes, Christophe Deloire, président de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), présidait une cérémonie plus joyeuse, à Londres, jeudi 8 novembre.

Le prix de l’impact a été remis à un journaliste maltais, Matthew Caruana Galizia, qui a été pendant cinq ans membre du Consortium international des journalistes [d'investigation] qui a sorti les Panama Papers et avait reçu à ce titre un Pulitzer en 2017. « Sa mère, Daphne Caruana Galizia a été assassinée et Matthew, son fils, aujourd’hui fait vivre l’esprit de sa mère », explique Deloire.

Le prix du courage a été décerné à une journaliste indienne, Swati Chaturvedi. Elle enquête sur les brigades technologiques, « la "cellule technologique" comme on l’appelle, du président Modi », précise Deloire. « Ces groupes de trolls qui font en sorte de manipuler la vie politique en Inde, d’intimider tous ceux qui ne sont pas favorables au président Modi. » , précise Deloire. « Je reçois une douzaine de menaces de mort chaque jour, et quinze à vingt menaces de viol », a expliqué la lauréate. « Malheureusement, l'évolution de la politique dans le monde fait que les journalistes se retrouvent menacés. Il est triste que l'on soit considérée comme courageuse quand on fait seulement son travail. »

« Cambridge Analytica »

Enfin, le troisième prix, celui de l'indépendance, a récompensé une journaliste des Philippines, Inday Espina-Varona, en proie elle au régime de Duterte. « Ce Trump philippin ne menace pas seulement les journalistes, mais les journalistes aussi, d’assassinat. Ils ne seront pas exemptés, a-t-il dit un jour. La lauréate est une grande journaliste philippine, conclut le patron de RSF. Inday Espina-Varona défenseuse acharnée de la liberté d’informer, elle représente aujourd’hui la résistance à la "démocrature" du président Rodrigo Duterte qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2016, a lancé une guerre ouverte contre les médias indépendants. » Espina-Varona enquête sur la prostitution des mineurs ou les violences faites aux femmes dans son pays. RSF a également salué son travail d'éducation aux médias.  « J'apprends aux jeunes à exercer leur esprit critique », a-t-elle déclaré.

Mais la journaliste qui a parlé « avec le plus d’émotion », selon encore Christophe Deloire, c’est une journaliste britannique, Carole Cadwalladr, journaliste pour The Guardian. Le prix spécial L’Esprit de RSF, qui rassemble les qualités de courage, d’impact, d’indépendance, lui a été remis.

Cette journaliste a révélé l’affaire Cambridge Analytica, cette évasion de données de Facebook permise par la société Cambridge Analytica dans les campagnes ayant abouti à l'élection du président américain Donald Trump et au vote du Brexit au Royaume-Uni. « Elle vit dans la capitale des médias du monde, Londres. Elle vit dans un pays démocratique et pourtant au moment de recevoir un prix, elle est émue tellement sa vie est compliquée, tellement elle subit de pressions. C’est très impressionnant de voir à quel point cette "guerre contre la vérité", c’est elle qui a employé l’expression, est aujourd’hui mondiale, et à quel point nous devons mettre en place les moyens très concrets pour changer les règles du jeu, pour faire en sorte qu’enfin le journalisme puisse retrouver une place majeure dans cette jungle informationnelle dans laquelle nous vivons aujourd’hui », espère Christophe Deloire.