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Otan Donald Trump

Publié le • Modifié le

Au sommet de Bruxelles, Donald Trump n’a pas divisé l’Otan

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Les dirigeants de l'Otan réunis à Bruxelles, le 11 juillet 2018. Ludovic Marin/Pool via REUTERS

Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 29 pays membres de l'Alliance s'est terminé ce jeudi 12 juillet après 48 heures passées sous tension. Après avoir martelé sur Twitter que les Européens ne payaient pas assez pour la Défense, le président américain Donald Trump est apparu tout sourire pour assurer qu'il était « content des résultats » et qu'il « croyait en l'Otan ». Mais loin des caméras, des décisions importantes pour l'Alliance ont été adoptées.


On commence à en avoir l'habitude : Donald Trump a une nouvelle fois misé sur le rapport de forces à Bruxelles en demandant aux membres de l’Otan de consacrer à terme 4 % de leur PIB à la défense, alors que l'engagement de 2 %, pris lors du sommet de Newport en 2014, n'est tenu que par une poignée de pays au sein de l'Alliance atlantique.

Les alliés ont finalement laissé passer l'orage, et la déclaration commune adoptée ce jeudi ne fait pas mention de ces 4 %. Agacé, le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn a dénoncé une « approche comptable, un peu absurde » de la part du président américain. « L'Otan n'est pas un marché où l'on peut acheter la sécurité », a renchéri le président bulgare Roumen Radev. Et le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg de conclure : « Commençons par les 2 % pour lesquels il reste encore beaucoup à faire ! »

La remontée des budgets de Défense a déjà commencé en Europe

Selon l'Institut international des études stratégiques de Londres (IISS), c'est en Europe que les budgets ont le plus augmenté depuis 2014, avec une croissance annuelle de l'ordre de 3,6 % en moyenne l'an dernier. Un phénomène lié aux critiques des Etats-Unis qui ne datent pas d'hier, mais également à la perception de la menace en Europe qui a changé depuis la guerre en Ukraine et l'annexion de la Crimée par la Russie. La France vise les 2 % pour 2025 et la loi de programmation militaire qui a été votée cet été prévoit une augmentation régulière des budgets pour les années à venir.

Le tableau est toutefois contrasté. Les pays les plus proches géographiquement de la Russie sont ceux qui ont consenti le plus vite à l'augmentation la plus substantielle de leurs budgets compte tenu de leurs ressources propres. Ces pays demandent aussi des garanties de sécurité à l'Otan. L’Alliance y a répondu dès 2016 avec la présence avancée de troupes déployées dans les pays baltes et en Pologne.

Perception de la menace

En Europe occidentale, on a une autre perception des risques et des vulnérabilités. La France regarde davantage vers le Sud : lutte contre le terrorisme, sécurité en Afrique et en Méditerranée. La délicate équation dans la construction d'une architecture de défense collective consiste au préalable à se mettre d'accord sur la définition de la menace. Ce qui est vrai pour l’Otan l'est d'ailleurs aussi pour la construction de l'Europe de la Défense.

Avec les mesures dites de « réassurance » et les déploiements destinés à « dissuader » une éventuelle agression, les alliés reviennent aux fondamentaux de l'Alliance et la notion de sécurité continentale, tandis que les Américains ont plutôt eu tendance à pousser l'Otan vers des missions plus lointaines, comme en Afghanistan avec la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) dans les années 2000.

Retour en Afghanistan

Le dossier afghan à l'Otan reste d'actualité : Londres a accepté d'envoyer 400 soldats dans ce pays. La mission Resolute Support compte à l’heure actuelle 16 000 hommes. A Bruxelles, l'Otan a décidé de prolonger le financement des forces de sécurités afghanes jusqu'en 2024 et de remédier aux insuffisances d'effectifs.

La France, dont les troupes combattantes ont été engagées dans le pays jusqu'à fin 2012, a déjà annoncé qu'elle ne pourrait pas retourner en Afghanistan compte tenu de ses engagements actuels. Elle a également décidé de lancer en Irak avec l'Otan une mission de formation des troupes, qui sur le papier reste conditionnée à l'approbation du pouvoir irakien.

Front commun

A Bruxelles, Donald Trump, n'est pas revenu sur le « principe de solidarité », alors qu'il avait laissé planer le doute durant la campagne sur l'application systématique de l'article 5, qui veut que tous les alliés, au premier des rangs desquelles les Etats-Unis, s'engagent à intervenir en cas d'attaque contre l'un des membres.

Si le président américain s'emploie à démonter toute forme de multilatéralisme depuis son arrivée à la Maison Blanche, l'Otan apparaît encore aujourd'hui comme l'alliance la plus robuste pour la sécurité de l'Europe depuis 1949, alors qu'elle était pourtant remise en cause – en tout cas militairement – à la chute de l'Union soviétique en 1991. Vingt-sept ans plus tard, l'Alliance atlantique permet toujours aux Etats-Unis de peser sur les décisions européennes et constitue un débouché habituel pour les armements américains, comme l’avion de combat F-35 que les Etats-Unis souhaitent voir adopter par leurs alliés européens.

Repousser les risques d’escalade

L'Alliance est une grosse machine politique et militaire, mais qui doit gagner en réactivité et mobilité. Ce sommet aura notamment entériné l'initiative américaine dite « 4x30 », consistant à déployer sous 30 jours, 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles, et 30 navires de combat afin de pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie considérée comme la menace potentielle.

L'Europe y souscrit directement en décidant d'allouer 6,5 milliards d'euros entre 2020 et 2027 afin d'adapter les infrastructures et les règlements nationaux aux transits de matériels militaires otaniens. Compte tenu des contraintes techniques et administratives, il faut aujourd'hui une quinzaine de jours pour traverser, en temps de paix, l'Europe d'ouest en est en véhicule blindé.