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Otan Union européenne Donald Trump Etats-Unis Allemagne

Publié le • Modifié le

Sommet de l'Otan: Donald Trump s'en prend à l'Allemagne

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Donald Trump lors d'une rencontre avec Angela Merkel au sommet de l'Otan à Bruxelles, le 11 juillet 2018. REUTERS/Kevin Lamarque

Terrorisme, coopération avec l'Union européenne et modernisation des outils militaires de l'Otan font partie de l'ordre du jour du sommet de l'Alliance atlantique ouvert ce mercredi 11 juillet à Bruxelles. Mais ces points ont subitement perdu toute importance face à la question du partage du fardeau, à savoir l'engagement de tous d'atteindre 2% du PIB de dépenses militaires. C'est l'insistance de Donald Trump qui a réussi à nouveau à chambouler les débats des 29 chefs d'Etats et de gouvernements avec une attaque virulente contre l'Allemagne.


Donald Trump a rencontré Angela Merkel et il a assuré à l'issue de ce tête-à-tête avoir une « très bonne relation » avec la chancelière allemande, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. On peut douter de la réalité de cette affirmation tant le président américain a utilisé un langage d'une virulence sans précédent pour un chef d'Etat allié, même s'il est vrai que l'Allemagne ne dépense que 1,24% de son PIB pour sa défense, loin de l'objectif de 2% gravé dans le marbre à l'horizon 2024.

« Nous protégeons l'Allemagne, la France et tout le monde et nous payons beaucoup d'argent pour ça... Ça dure depuis des décennies mais je dois m'en occuper parce que c'est très injuste pour notre pays et pour nos contribuables. Nous sommes censés vous défendre contre la Russie alors pourquoi payez-vous des milliards de dollars à la Russie pour l'énergie ! En fait l'Allemagne est captive de la Russie... »

Le président américain a en effet expressément accusé l'Allemagne d'être entre les mains de Moscou, du fait de sa dépendance aux importations énergétiques russes. Donald Trump a en particulier attaqué le projet de gazoduc germano-russe Nord Stream II et on peut évidemment imaginer les préoccupations commerciales des Etats-Unis qui cherchent à reconquérir des marchés d'hydrocarbures.

Si certains font remarquer ici que les Etats-Unis défendent aussi leurs propres intérêts commerciaux, tous reconnaissent qu'à eux seuls ils représentent 72% du total des dépenses militaires alliées. Les alliés n'ont pas donné suite à la proposition du président américain de porter à 4% l'objectif de dépenses militaires mais ils ont tout de même fait une déclaration commune pour s'engager à tenir leurs objectifs financiers.

La Pologne acquiesce

Malgré tout, la position de Donald Trump n'est pas entièrement faite pour déplaire à une partie des pays membres de l'Otan, en particulier aux voisins de la Russie. Le ministre polonais des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz a abondé dans le sens de Donald Trump en estimant que le gazoduc Nord Stream II fournissait des fonds à la Russie et lui donnait donc des moyens financiers qui pouvaient être utilisés contre la sécurité de la Pologne.

Cette prise de position n'est pas sans lien avec le fait que la Pologne partage avec les pays baltes une vision de Donald Trump différente de celle des Européens de l'Ouest. Ils estiment bénéficier actuellement d'un engagement militaire tangible des Etats-Unis qu'ils avaient attendu en vain du temps de Barack Obama.


► La presse allemande charge Trump

Les déclarations peu diplomatiques du chef d'Etat américain ont suscité des réactions en Allemagne, indique notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut. « J’ai vécu comment une partie de l’Allemagne a été placée sous le contrôle de l’Union soviétique. Je suis heureuse que nous soyons aujourd’hui un pays réunifié et capable de prendre ses décisions souverainement ». Angela Merkel a retoqué Donald Trump qui avait reproché à l’Allemagne d’être trop dépendante de la Russie. Une manière diplomatique de dire que Washington ne doit pas traiter Berlin comme un vassal, comme Moscou autrefois avec la RDA.

De son côté, la presse allemande tire à boulets rouges contre le président américain. « L’homme qui fait de telles déclarations doit son élection à un soutien en sous-main de la Russie. Ça n’est pas une provocation, ça ressemble à une déclaration de guerre », écrit le quotidien Süddeutsche Zeitung. Der Spiegel parle du « baratin d’un représentant de commerce ». Selon le magazine, Donald Trump veut que l’Allemagne augmente ses dépenses militaires pour vendre plus d’armes à Berlin. Et une réduction de la dépendance énergétique de l’Allemagne à l’égard de la Russie permettrait à Washington de vendre à Berlin son propre gaz. 

Mais certains commentaires soulignent aussi que l’excès des attaques de Donald Trump ne doit pas faire oublier que l’Allemagne doit faire preuve d’autocritique. « Oui, notre pays est dépendant de façon insupportable de l’énergie russe et peut être victime d’un chantage », estime le quotidien Die Welt qui souligne également que les dépenses militaires de l’Allemagne ne sont pas suffisantes

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