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Italie Mai-68

Publié le • Modifié le

Mai 68: en Italie, une si longue contestation

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Manifestants devant l'école de police à Rome, le 5 décembre 1968. UPI / AFP

Mai 68, pour la péninsule, est un « mai rampant ». Une expression pour qualifier une longue contestation - jusque dans les années 70 - même si le mois de mai comme ailleurs dans le monde est particulièrement marqué par de longues grèves, manifestations et affrontements dans les rues.


Les protestations étudiantes ont comme ailleurs dans le monde leurs dates gravées dans l’histoire. En janvier 66, c'est la toute première occupation d’université à Trente. Puis ce qui met le feu aux poudres au printemps 68 : la bataille de Valle Giuila, à Rome le 1er mars. Les étudiants de l’école d’architecture veulent récupérer leurs locaux face à la police, l’extrême droite est aussi dans la rue. Bilan : 158 blessés du côté policier, plusieurs centaines chez les étudiants. Les étudiants, plus qu’ailleurs se joignent aussi aux ouvriers.

Pour Anne Mariinen, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris 8 : « Il y aura une fraternisation réelle dans un certain nombre d’endroits, des usines, des manifestations des grèves générales, comme à Pise, qui vont paralyser entièrement la ville. Pourquoi elle fonctionne ? Il y a un contexte économique particulier avec le boom qui a lieu au début des années 60 et qui va générer des conditions de tensions extrêmes, un exode rural très fort, une industrialisation accélérée avec des cadences dénoncées justement par les ouvriers. Et puis il y a le problème de la surpopulation dans des quartiers assez sordides dus à cet afflux d’exode rural et cette croissance des grandes métropoles. On est dans des conditions d’exaspération à ce moment-là beaucoup plus fortes en Italie qu’en France. »

La contestation étudiante et ouvrière fait également évoluer une société encore très corsetée par l'Eglise catholique. Plus influente qu’ailleurs, l’Eglise est plus contestée. Giuseppe Bettoni, professeur à l’université de Rome rappelle que « s’il y a eu une bataille de laïcisation du pays, c’est justement qu'à cette époque, il n'y avait un seul parti catholique, la Démocratie chrétienne, produit direct du vote catholique. Les prêtres n’avaient pas honte de dire la veille des élections à la messe : "allez voter Démocratie chrétienne, n’osez même pas voter autre chose", ça on le disait publiquement sans aucun souci. Il y a eu une révolte contre ça. Mai 68, c’est aussi le débat sur l’avortement, c’est là que vous avez le premier choc contre cette manière d’être présente de l’Eglise. Mai 68, c'est aussi la modernisation de l’Eglise. La naissance de tout un tas de mouvements religieux qui veulent la participation des fidèles d’une manière active, ce sont des mouvements aussi qui seront davantage tournés vers les plus pauvres. »

Série d'attentats

Divorce voté en 1970, avortement en 1978, c’est un héritage direct du Mai 68 italien, mais ce n’est pas le seul : après 1968, c'est une page noire qui s'ouvre avec des attentats. Il y a ceux de l’extrême droite, il y a aussi la dérive d’une frange de l’extrême gauche italienne, son engagement dans la lutte armée.

Pour Hervé Rayner, spécialiste de l’Italie à l’Institut d’études politiques et internationales de l’université de Lausanne, « les brigades rouges naissent en 1969 à Turin dans le cadre des mouvements autour des usines. Très vite, c’est un groupe qui va s’isoler, se radicaliser et opter pour la lutte armée. Cela fermente dans ces années-la. Beaucoup de ceux qui vont s’engager dans le terrorisme jugent que l’Etat est fasciste mais aussi que le Parti communiste italien, le plus puissant d’Europe, a trahi. Tout ça va amener à une radicalisation assez rapide. Même s’il va falloir attendre 74-75 pour que les brigades rouges se mettent à commettre attentats, enlèvements, assassinats. C’est vraiment à la fin des années 60 que se radicalise toute cette frange qui faisait partie comme on disait à l’époque, de "l’album de famille de la gauche". »

Des années de rêve et de contestation aux années de plomb. Il y a eu des attentats en Italie jusque dans les années 80.

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