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Hongrie Viktor Orban Autriche Immigration Migrations Internationales Réfugiés

Publié le • Modifié le

A Vienne, un ministre hongrois suscite un tollé en caricaturant l'immigration

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Dans un clip diffusé sur Internet, Janos Lazar, numéro deux du gouvernement de Hongrie, évoque l'immigration et la délinquance dans les rues de Vienne, chez le voisin autrichien. Capture d'écran / Youtube

A Budapest, une vidéo au contenu xénophobe, postée sur les réseaux sociaux par un ministre du gouvernement nationaliste de Viktor Orban, est devenue virale. Dans ce clip, le politicien Janos Lazar dénonce la délinquance résultant d'une immigration jugée permissive chez le voisin autrichien. Le tout, filmé dans les rues de Vienne.


De notre correspondante à Budapest,

Dans cette vidéo de deux minutes, le ministre Janos Lazar, qui est le numéro deux du gouvernement hongrois, est filmé à Vienne, la capitale autrichienne, dans le quartier de Favoriten où vivent de nombreux étrangers.

Face à la caméra, entrecoupé par des plans de personnes issues de l'immigration déambulant dans les rues, il dit : « Les immigrants ont pris le contrôle de ce quartier et il y a beaucoup plus de désordre et de délinquance qu’avant. »

« Les Blancs et les chrétiens ont dû partir et il y a beaucoup d’écoles où il n’y a plus un seul enfant blanc », ajoute-t-il. Et de conclure : « Si l’on ne fait rien, dans 20 ans, on pourrait avoir la même situation à Budapest. »

Il faut préciser que la Hongrie est en pleine campagne électorale. Et le gouvernement a choisi de marteler le thème du danger de l’immigration pour assurer sa réélection.

Facebook retire, puis remet le clip en ligne

En voyant la vidéo, de nombreux internautes indignés ont commenté ces propos, les qualifiant de racistes, de xénophobes, d’inacceptables. La fréquence de ces mots a déclenché un système d’alerte.

La vidéo a été retirée par Facebook qui a publié ce message : « Nous supprimons tout contenu qui stigmatise un individu en raison de son appartenance ethnique, sa religion, ou de son orientation sexuelle. »

Mais le réseau social l’a remise en ligne le lendemain. Les administrateurs l'ont justifié ainsi : « Des exceptions sont parfois faites si le contenu est intéressant, significatif ou important pour le public. » Sans plus d’explications.

Il est vrai que le clip a suscité un tollé et beaucoup de débats. Or, pour débattre, il faut avoir vu la vidéo originale. C’est donc peut-être pour cette raison que les administrateurs l’ont remise en ligne.

Un quartier qui a toujours été multiethnique

De leur côté, les journalistes du portail hongrois 24.hu ont fait un remarquable « debunking » : ils sont allés à Vienne pour vérifier les allégations du ministre sur la situation dans la capitale autrichienne.

Dans la vidéo controversée, Janos Lazar affirme que « personne ne parle allemand » dans ce quartier. Or, les journalistes parviennent à retrouver des passants qui ont été filmés et qui parlent très bien la langue de Goethe !

Et ils interviewent des habitants, ainsi que des représentants de la municipalité, qui démontent les mensonges. Le politicien hongrois déclare que 20 ans auparavant, il n’y avait aucun immigré dans ce quartier ?

Faux, souligne un officiel de la ville de Vienne. Ce quartier a toujours été multiethnique et la majorité des immigrants… sont européens. Ci-dessous, la vidéo de 24.hu en hongrois (mais il y a des interviews en anglais et en allemand, donc) :

« Budapest risque de devenir comme Malte »

Sur les réseaux, des internautes tournent leur ministre en ridicule. Pour beaucoup de Hongrois, Vienne est en effet un paradis. C'est la ville riche, propre et paisible où ils rêveraient de vivre pour beaucoup d'entre eux.

Des gens se sont filmés en vacances à Malte et parodient M. Lazar : « Le soleil brille, les rues sont propres, les Maltais sont gentils. Mais attention, dans 20 ans, Budapest risque de devenir comme Malte, et ça, nous n’en voulons pas ! »

Mais les médias pro-gouvernementaux - audiovisuel public, journaux et chaînes appartenant à des oligarques proches du pouvoir - ont utilisé la vidéo du ministre pour publier des articles négatifs sur Vienne.

Selon eux, la capitale autrichienne est envahie par les immigrants et les Viennois s’enfuient. Origo, premier portail du pays, propriété d'un entrepreneur très proche du pouvoir, titre : « La majorité des Viennois donne raison à Janos Lazar ».

Même le FPÖ a peu apprécié l'initiative

Ce sont donc deux arcs narratifs qui s'affrontent désormais dans le débat politique hongrois au sujet de la capitale autrichienne : les « fake news » du gouvernement d'un côté, et le « debunking » de l'autre.

En revanche, côté viennois, le mal est fait. Sur Twitter, Renate Brauner, ministre des Finances de la région de Vienne, s’est dite choquée par cette « caricature de Vienne » et par les allégations complètement fausses du ministre.

Le débat fait également rage sur Internet côté autrichien, car les partis politiques de ce pays se disent offensés. Le Parti social-démocrate, qui dirige la ville de Vienne, a dénoncé une « stratégie électorale raciste et xénophobe ».

Et même le parti d’extrême droite FPÖ, qui est hostile aux immigrants et participe au gouvernement, a critiqué le politicien hongrois. En disant en substance : vous n’avez pas à venir chez nous. Si vous voulez faire campagne, restez chez vous.