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Sezen Aksu, l’âme de l’Anatolie

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Sezen Aksu en concert en Turquie en 2012. CC 4.0/Lubunya

« Reine de la musique populaire », « diva d’Istanbul »… Sezen Aksu multiplie les épithètes depuis plus de quarante ans qu’elle chante, loin, bien loin de son premier surnom, « petit moineau » (minik serçe), qui lui avait été attribué par un journaliste à la sortie de l’un de ses premiers succès au titre éponyme, en 1978.


Sezen Aksu n’est pas qu’une voix dans le paysage de la musique turque. Véritable icône populaire, elle a également contribué à faire émerger d’autres artistes qui ont connu un joli succès, et s’est engagée à défendre des causes progressistes.

Parfois rapidement présentée comme une chanteuse « pop », sa musique ne se limite pourtant pas aux mélopées sucrées du genre ; la chanteuse puise dans le vaste répertoire musical des peuples anatoliens et des communautés stambouliotes – Turcs, mais aussi Arméniens, Kurdes, Grecs, Roms… « Sezen Aksu est exceptionnelle car elle a réussi à faire la synthèse de toutes les tonalités musicales de l’Anatolie, à incarner par son répertoire une synthèse de ces musiques, de ces cultures », explique son ami Cihan Okan, qui a été l’un de ses complices sur scène durant treize ans.

« Je l’ai rencontrée par une amie commune alors que j’étais au Conservatoire d’Istanbul, au milieu des années 1980. Elle est parvenue à me transmettre cette synthèse musicale, c’est une professeure exceptionnelle. Elle sait transmettre en s’effaçant, elle met ses élèves sur le devant de la scène pour les encourager et les faire évoluer ». C’est Sezen Aksu qui a en effet contribué à faire connaître de grandes voix de la musique populaire turque depuis les années 1990 : Tarkan, Levent Yüksel, ou encore Sertab Erener, qui a remporté l’Eurovision en 2003 après avoir été choriste de la grande dame, celle-là même qui produit également ses albums.

Sezen Aksu n’a pas hésité non plus à défendre le droit des minorités – une gageure dans une Turquie politiquement polarisée. En 2002, lorsque le pays adopte enfin une loi autorisant l’enseignement et la diffusion de programmes télé dans les langues minoritaires, elle n’hésitera pas à chanter en kurde et en arménien lors d’une tournée de concerts. « Vous voyez, la Turquie n’a pas explosé en mille morceaux ! », lance-t-elle, bravache, aux spectateurs après avoir chanté une chanson en kurde. Sezen Aksu est également un porte-étendard de la défense de l’environnement, et soutient la communauté LGBT de Turquie – les drapeaux arc-en-ciel sont légion lors de ses concerts.

«L’écrasante majorité des Turcs l’aime, peu importe les générations»

« Bien sûr, elle a des ennemis », reconnaît Cihan Okan, « de tous les côtés parmi ceux qui sont sectaires. Mais l’écrasante majorité des Turcs l’aime, peu importe d’ailleurs les générations », assure-t-il, alors que Sezen Aksu est l’une des rares figures artistiques qui fait autant l’unanimité. De fait, après plus de quarante ans de carrière, le succès de la diva est intact, peu importe les classes sociales et les étiquettes politiques.

Née dans l’ouest du pays et ayant grandi à Izmir, la métropole des rives de la mer Egée, de parents enseignants, Sezen Aksu était une enfant exaltée, une « créature bizarre » selon l’expression tirée d’une de ses biographies. Après une adolescence chaotique, une rupture avec ses parents et plusieurs tentatives de suicide, elle abandonne tout pour fuir à Istanbul, laissant tomber des études en agronomie pour se lancer dans la musique. « Qu’est-ce qu’elle peut être têtue ! », rigole Cihan Okan. « Elle est totalement décomplexée, franche, généreuse… Et elle peut être très directe. Je dis souvent que c’est "l’amie des mauvais jours" : si quelque chose ne va pas, c’est la personne qu’il faut appeler, c’est l’amie qui saura venir en aide ».

« Elle fait tout à fond, poursuit-il. C’est quelqu’un d’entier, sans concession. Quand elle aime, elle aime à fond. Quand elle chante, elle chante à fond. Je pense qu’elle a inspiré beaucoup de femmes justement par cette manière d’être, c’est un modèle d’inspiration ».

Icône vivante en Turquie, Sezen Aksu n’a pourtant pas connu une carrière internationale aussi fulgurante, malgré une collaboration remarquée avec Goran Bregovic. Peut-être justement parce que sa musique, intrinsèquement anatolienne, est difficilement exportable. Ce qui n’empêche pas la diva d’avoir essaimé de l’autre côté de la mer Egée : lorsque la dernière vague de la communauté grecque d’Istanbul a massivement quitté le pays dans les années 1970, nombreux sont celles et ceux à avoir emporté les airs de Sezen Aksu dans leurs bagages. De nombreux chanteurs grecs de l’époque reconnaissent toujours l’influence qu’elle a eu sur leurs créations. Turcs, Grecs, Kurdes et Arméniens, Sezen Aksu parviendra encore longtemps à transmettre l’âme de l’Anatolie.

Cihan Okan a été le complice sur scène de Sezen Aksu durant treize ans. RFI/Céline Pierre-Magnani

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