rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Espagne

Publié le • Modifié le

Catalogne: deux années de marche forcée vers la séparation avec Madrid

media
Carles Puigdemont en conférence de presse à Barcelone, le 2 octobre 2017. LLUIS GENE / AFP

Les touristes suspendent leur voyage, les banques fuient la région, les entreprises sonnent l'alarme : la pression est à son comble en Catalogne, le Parlement ouvre ses travaux ce soir à 16h (TU) pour une séance cruciale. Comment les indépendantistes catalans sont devenus presque majoritaires au sein de la population catalane alors qu’ils n’étaient qu’une poignée il y a quelques années ?


Pour le chef de l'exécutif local, Carles Puigdemont, « la déclaration de l’indépendance est prévue dans la loi et nous allons appliquer la loi en référence à la loi référendaire votée en septembre par la majorité des voies par les parlementaires catalans ». Le chef du gouvernement catalan devrait donc, à 16h (18h, heure française), devant les députés, présenter les résultats du référendum déclaré illégal par Madrid et déclarer l’indépendance.

→ Réécouter ici l'Europe : interview de Carles Puigdemont, président du gouvernement catalan

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que Carles Puidgemont n’est pas candidat à un mandat supplémentaire à la présidence de la Catalogne, et qu'il est véritablement mobilisé par une seule mission historique qui est de faire advenir cette indépendance catalane. Il a repris la mission messianique que s’était donnée Artur Mas, il est un peu Moïse conduisant le peuple hébreu à la Terre promise. Il est dans une sorte de romantisme indépendantiste et ça en fait un acteur politique extrêmement imprévisible », décrypte Benoît Pellistrandi, spécialiste de l'Espagne, professeur de chaire supérieure au lycée Condorcet.

Outre la personnalité de Carles Puigdemont, comment l'Espagne est arrivée à ce point schismatique ? Les scandales de corruption qui ont éclaboussé, ces dernières années, les principaux partis en Espagne n’ont pas épargné la Catalogne. C’est à la faveur de la crise et des affaires qui ont discrédité la classe politique que les indépendantistes se sont frayé un chemin jusqu’à cette alliance improbable entre indépendantistes de gauche et même d’extrême gauche avec les partis indépendantistes de la droite libérale à laquelle appartient l’actuel président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont. Le député Benet Salellas de la CUP, le parti indépendantiste qui fait pression pour y parvenir, a déclaré hier qu’il ne concevait pas d’autre alternative que la déclaration unilatérale d’indépendance.

« Il y a un contraste saisissant entre cette logique indépendantiste catalane où l'on brûle ses vaisseaux et d’un autre côté, Mariano Rajoy, tout le contraire, qui avance pas après pas et qui du coup se trouve cette fois-ci dans des sables mouvants dont il n’a pas du tout l’habitude et le goût, reprend Benoît Pellistrandi. C’est important d’insister sur cette dimension qui n’est pas que psychologique parce qu’elle prend une signification politique. Nous sommes vraiment face à deux systèmes de pensée complètement différents l’un de l’autre, ce qui explique pourquoi ils n’arrivent plus à se comprendre. »

Une fois arrivé au pouvoir, il y a bientôt deux ans, les indépendantistes ont suivi leur feuille de route à la lettre : « l’indépendance de la Catalogne en 2017 ». En refusant de mettre en œuvre le statut de la Catalogne adopté en 2006 par le Parlement catalan et par le Parlement espagnol, Mariano Rajoy a allumé un feu qui couve depuis dix ans. L’intervention musclée de la Guardia Civil le 1er octobre pour tenter d’empêcher la tenue du référendum n’a pas calmé le jeu.