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Allemagne Roms Culture

Publié le • Modifié le

Allemagne: un Institut pour valoriser la culture rom

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A Berlin, l'institut veut aller au-delà de la lutte contre les discriminations et mettre en valeur l’apport culturel de la minorité rom. RFI/Pascal Thibaut

Les Roms constituent la plus importante minorité européenne avec dix à douze millions de personnes. Une minorité victime depuis des siècles de préjugés et de répressions. Le nouvel Institut rom européen pour la culture et les arts à Berlin veut mettre en valeur son apport aux civilisations du vieux continent.


Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

De nombreuses initiatives ont été prises pour lutter contre les discriminations de la minorité rom dans différents pays, comme par le Conseil de l’Europe. Mais ces mesures juridiques réduisent en même temps les personnes concernées à un rôle de victime.

Une alliance d’intellectuels et d’organisations roms se bat depuis quatre ans pour mettre sur place une institution mettant en exergue l’apport de cette minorité aux cultures européennes. Les initiateurs du projet soulignent ainsi que si 10 000 œuvres d’artistes roms sont conservées dans les réserves des musées européens, seulement deux sont exposées dans des collections permanentes.

Les experts soulignent également que les Roms eux-mêmes, victimes de répression, choisissent de refouler leur identité ou évitent de la mettre en avant en public pour ne pas en pâtir. Par là, ses acteurs du monde culturel contribuent indirectement au manque de visibilité de leur communauté dont l’apport à la société dans son ensemble n’est pas ou peu perçu.

Ouverture à la rentrée

L'Institut rom européen pour la culture et les arts, dont l’ouverture à la rentrée vient d’être officiellement annoncée la semaine dernière à Berlin, veut remédier à cet état de fait. Timea Junghaus vient d’être nommée à sa tête. Elle-même Rom, cette historienne et chercheuse hongroise connait l’histoire de cette minorité et a acquis une expérience dans la scène culturelle notamment en dirigeant le premier pavillon consacré à la culture rom à la biennale de Venise. « L’Institut rom européen pour la culture et les arts constitue un tournant historique. Notre minorité abrite une scène culturelle dynamique avec des artistes brillants dont les oeuvres expriment une subjectivité liée à leurs origines. L’institut doit contribuer à la visibilité et au prestige de cette culture; il doit mettre en valeur notre contribution à la culture européenne. »

La création de l’institut a bénéficié du soutien du Conseil de l’Europe et de la fondation Open society du financier George Soros. Présent sur place, ce dernier a affirmé : « Les fondations que je dirige soutiennent le combat des Roms depuis trente ans. Nous constatons aujourd’hui que la situation de cette minorité ne s’améliorera pas tant que les Roms eux mêmes ne deviendront pas les premiers défenseurs de leur cause. »

L’artiste britannique Delaine Le Bas a participé à l’exposition « Surmonter le passé, façonner l’avenir » en marge de cette cérémonie. « Nous devons apprendre à réaliser notre force. Ensemble nous sommes infinis » peut-on lire dans le texte de présentation de son oeuvre. « Cet institut est important car notre minorité ne disposait pas d’une telle institution consacrée à notre culture. Cela constituera une avancée pour premettre à nos oeuvres d’être mises en perspective », estime l’artiste.

Promouvoir les initiatives dans les différents pays européens

L’Institut rom européen pour la culture et les arts doit être après son ouverture à la rentrée une plateforme recensant l’apport culturel de cette minorité et promouvant ses créateurs en mettant en relation les initiatives et les institutions actives au niveau local et national dans les différents pays européens.

C’est au ministère des Affaires étrangères à Berlin qu’a été annoncé le lancement de l’institut. Le choix de Berlin a une portée symbolique. 500 000 Roms ont été victimes des déportations nazies comme le rappelle un mémorial au centre de la capitale allemande. « En tant qu’Allemand, je suis particulièrement conscient du défi que représente la responsabilité à assumer par rapport à sa propre histoire », a déclaré lors de la cérémonie le ministre des Affaires européennes Michael Roth. Mais d’autres raisons expliquent aussi le choix de Berlin. « Nous avons cherché une ville qui dispose d’une vie culturelle dynamique et il faut souligner que l’Allemagne a soutenu le projet dès le départ », précise Timea Junghaus.

L’institut bénéficie durant les cinq premières années d’un budget de 600 000 euros par an, financé à parts égales par la Open Society Foundations de George Soros, le Conseil de l’Europe et différents autres donateurs. L’institut ouvrira ses portes à la rentrée à Berlin.

Chronologie et chiffres clés