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Brexit Royaume-Uni Union européenne

Publié le • Modifié le

Brexit: « L’électorat écossais se sent plus européen»

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La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon écoutant le ministre britannique Michael Russell chargé des négociations avec l'Ecosse, au parlement à Edinbourg, le 7 février 2017. REUTERS/Russell Cheyne

Alors que le Parlement britannique vote pour déclencher la procédure du Brexit, l’Ecosse, elle, pourrait demander sa sortie du Royaume-uni. La Première ministre Nicola Sturgeon a annoncé ce lundi qu’elle convoquerait un référendum sur l'indépendance pour 2018 ou 2019. Qu’est-ce qui motive Nicola Sturgeon ? RFI a posé la question à Emile Chabal, maître de conférence à l’Université d’Edimbourg, spécialiste des questions européennes.


Il n’y a pour l’instant pas de majorité claire en faveur de l’indépendance, mais depuis six mois les sondages montrent qu’il y a peut-être un mouvement vers le oui, c’est-à-dire vers l’indépendance. Et ensuite il y a les questions externes, c’est-à-dire la relation entre Nicola Sturgeon et Theresa May, le gouvernement britannique de manière plus générale. Theresa May, depuis qu’elle est devenue Premier ministre, est intransigeante sur la question écossaise. Elle refuse de négocier de nouveaux pouvoirs ou même un nouvel accord fédéral qui pourrait changer la Constitution britannique. Donc cette intransigeance explique aussi pourquoi Nicola Sturgeon s’est sentie obligée de déclencher ce processus.

RFI: Emile Chabal, quel serait l’intérêt pour l’Ecosse d’être indépendante ?

Emile Chabal: L’intérêt ce serait la souveraineté. C’est-à-dire la possibilité pour les Ecossais eux-mêmes de choisir leur avenir politique, c’est-à-dire non seulement comment gouverner l’Ecosse, mais aussi les relations extérieures avec l’Union européenne et les relations, bien sûr, avec le reste de la Grande-Bretagne. Donc il s’agit d’un enjeu politique.

Economiquement, les arguments sont beaucoup plus ambigus. Surtout depuis la chute du cours de pétrole : les projections budgétaires qui avaient été faites en 2014 ne sont plus vraiment recevables, donc [cela soulève des questions] autour de la possibilité pour l’Ecosse d’être vraiment indépendante économiquement.

Est-ce que, même si l’opinion a évolué, Nicola Sturgeon ne prend pas un risque politiquement en convoquant un nouveau référendum, sachant qu’il y en avait déjà eu un en 2014 sur l’indépendance et qu'il avait été rejeté ?

Elle est consciente de ce risque, mais je pense que dans ce contexte politique il était presque impossible pour elle de ne pas se tourner vers cette possibilité d’indépendance à cause du clivage autour du Brexit et à cause des questions politiques et constitutionnelles que la sortie de l’Union européenne va automatiquement soulever d’ici 2019.

Quel lien les Ecossais entretiennent-ils avec l’Union européenne ?

Une relation de sympathie. L’électorat écossais se sent plus européen. On voit ça très nettement dans le résultat du Brexit, 62 % des Ecossais ont voté pour rester dans l’Union européenne. Par contre, il y a quand même beaucoup de désaccords au sein des partis politiques. Il y a beaucoup de militants qui ne sont pas forcément en faveur de l’Union européenne. Mais je pense que dans la configuration politique actuelle, être pro-européen en Ecosse, c’est aussi une façon d’être contre l’Angleterre.

Si ce référendum sur l’indépendance de l’Ecosse a bien lieu, peut-être fin 2018 ou 2019, et si c’est un «oui» en faveur de l’indépendance, est-ce que ce n’est pas une menace d’éclatement du Royaume-Uni ?

Ah, c’est sûr ! Parce que si effectivement les Ecossais votent « oui » pour l’indépendance – et je pense que c’est tout à fait possible – ce sera l’éclatement du Royaume-Uni. Et je pense qu’il faut parler en même temps de la question de l’Irlande du Nord, qui là encore, est la question qui a été ré-ouverte par le Brexit. Donc je pense que la question de l’indépendance en Ecosse et la remise en cause de la Constitution britannique, peut soulever des problèmes majeurs pour le gouvernement de Theresa May.

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