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René Lefort (chercheur): «chaque communauté s’est radicalisée» en Éthiopie

Par Carine Frenk

En Éthiopie, les arrestations se poursuivent après les violences ethnico-religieuses qui ont éclaté la semaine dernière. Dans la capitale et dans la région d'Oromia, des partisans de l'activiste controversé Jawar Mohammed sont descendus dans les rues et s'en sont pris à des membres de plusieurs communautés, principalement des Amhara. Bilan, 60 morts. Les explications du chercheur indépendant René Lefort.

Rfi : René Lefort, le Premier ministre Abiy Ahmedvient de recevoir le prix Nobel de la paix et pourtant la situation est particulièrement tendue à Addis-Abeba et en provinces. Ce sont des manifestations Oromos. Pourquoi cette communauté Oromo se divise-t-elle actuellement ?

René Lefort : On peut dire dans un sens que la communauté oromo est divisée entre Abiy Ahmed qui est oromo lui-même, Premier ministre, et Jawar Mohammed. Mais si on faisait aujourd’hui un sondage en Oromia, il est probable que 80 % des Oromos se prononceraient en faveur de la position politique tenue par Jawar Mohammed.

Et qui s’en est pris à qui ?

Il y a officiellement soixante-sept morts, en réalité, évidemment, beaucoup plus. Et la plupart des morts ont été des Amharas, vivant depuis la nuit des temps en Oromia et qui ont été assassinés, leurs biens brûlés par leurs voisins oromos, dans des espèces de mini-pogroms.

Pour comprendre tout cela, il faut remonter à peu à l’histoire, c’est-à-dire à un siècle et demi. Il y a un siècle et demi, l’Ethiopie, c’était en fait l’Abyssinie traditionnelle avec uniquement des chrétiens qui partageaient la même langue, la même culture. A la fin du 19ème siècle, ils ont colonisé toute la périphérie de l’Abyssinie dont le territoire peuplé par les Oromos. Là-dessus, les Oromos ont toujours été des citoyens de seconde zone. Surtout que jusqu’à ces derniers temps, le pouvoir était détenu depuis 1991 par des Tigréens, donc des Abyssins. Et c’est à partir de là qu’il y a une revendication oromo très forte qui est apparue. Donc, c’est une revendication de décolonisation. Mais il y a une deuxième revendication qui se greffe là-dessus, qui est une revendication de démocratie. Donc décolonisation et appel à la démocratie s’additionnent.

Que sait-on du projet politique de Jawar Mohammed et qu’est-ce qui l’oppose au Premier ministre ?

Abiy Ahmed est en quelque sorte un unitariste. C’est-à-dire qu’il consent à un fédéralisme ethnique, mais largement pondéré par des facteurs économiques, géophysiques. Jawar Mohammed, au contraire, est un tenant de la ligne dure du fédéralisme ethnique dans lequel chaque région ethnique aurait de très grands pouvoirs. Et Addis-Abeba, la capitale fédérale - le pouvoir fédéral -, n’aurait en fait que le pouvoir que voudrait bien lui déléguer chacune des régions. C’est cela le fond de leur conflit politique.

Quelle est la partie qui se joue entre les deux hommes ?

Elle est fondamentale. Elle est absolument fondamentale, parce que jusqu’à maintenant un des grands atouts de Abiy Ahmed était de pouvoir dire: « C’est moi ou personne ». Maintenant, il a un adversaire clairement désigné, qui est Jawar Mohammed. Il a un opposant qui a un poids équivalent ou supérieur au sien. Cela dit, Jawar Mohammed est haï par tous ceux qui veulent un fédéralisme centralisé et donc qui l’accusent de susciter les conflits ethniques, la haine ethnique. Donc c’est un personnage qui divise terriblement.

Aujourd’hui, est-ce que c’est une crise politique, une crise identitaire ? Y-a-t-il un réel risque de décomposition à la yougoslave de la Fédération éthiopienne ?

Tout à fait. On est vraiment dans le cœur de la crise. Chaque communauté s’est terriblement radicalisée sur son identité ethnique. Mais il faut bien voir que derrière l’identité ethnique, il y a le partage des ressources et du pouvoir et que ces identités ethniques sont manipulées largement par des élites qui s’appuient dessus pour leur agenda personnel.

Les élections sont prévues l’an prochain. Pourront-elles se tenir dans ces conditions ?

Dans les conditions actuelles, certainement pas. Ce ne sera pas possible. Est-ce qu’au mois de mai prochain, elles pourront se tenir ? Personne ne le sait.

Et est-ce que ces élections peuvent résoudre tout de même une partie de la crise ou risquent-t-elles, au contraire, d’envenimer les relations entre les différentes communautés ?

Deux hypothèses. Soit, on va aux élections, la tension monte, les élections n’ont même pas lieu et le pays flambe. Soit, effectivement, il y a un calme relatif et les élections ont lieu. Et si les élections ont lieu, il y aura quand même des députés qui vont être élus et donc cela sera certainement un pas en avant dans la bonne direction.

Abiy Ahmed peut-il être réélu à l’issue de ces élections.

Je n’en suis pas sûr. C’est très difficile de le savoir, mais je n’en suis pas sûr.

Il a un sérieux concurrent avec Jawar Mohammed ?

Il a un sérieux concurrent et il a un discrédit grandissant. On en est là à cause de la faillite totale de la classe politique. Cette faillite totale était dans une certaine mesure inévitable, puisque jusqu’à fin 2017, le pays n’a jamais connu autre chose qu’un régime autoritaire. Donc pas de société civile, pas de parti politique, opposition organisée.

En fait, le problème se réduit à cela. Ou les élites éthiopiennes arrivent à se mettre autour de la table et se mettre d’accord sur la voie prônée dans de conditions à peu près correctes aux élections, ou si elles ne le font pas, je ne vois pas comment le pays pourrait s’en sortir.

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