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Burkina Faso: la transition a été «positive»

Par Alexis Guilleux

Cette semaine marque le cinquième anniversaire de l'insurrection de 2014 au Burkina Faso. Face à la colère de la population et plusieurs journées de manifestations, le président Blaise Compaoré avait dû quitter le pouvoir après 27 années à la tête de l'État. Bruno Jaffré, auteur de L'insurrection inachevée Burkina Faso, est sur RFI.

RFI: Dans votre livre, on suit jour par jour les évènements d’octobre 2014. C’était l’objectif d’écrire une chronique de cette insurrection populaire au Burkina Faso ?

Bruno Jaffré : Une chronique, mais la resituer dans une perspective historique et aussi analyser les raisons du succès finalement de cette insurrection, du succès de la transition, est un peu annonciateur du fait que c’est inachevé puisque finalement les amis de Blaise Compaoré, même s’ils l’ont quitté quelques mois avant l’insurrection, sont toujours en place. Ce qui empêche probablement que la justice puisse se pencher sur la période de Blaise Compaoré, ce qui ne s’est pas encore produit.

Vous écrivez dans votre introduction que vous voulez aussi rendre les Burkinabè fiers. Pourquoi ?

Je pense aujourd’hui que le pays vit une situation particulièrement difficile. Et se replonger dans une des périodes les plus positives finalement de l’histoire du Burkina, c’est un peu leur dire qu’ils ont les moyens de s’en sortir. Il faut que le Burkina se replonge dans son passé pour retrouver les périodes où il peut trouver la force de construire son avenir.

Les premiers chapitres remontent assez loin dans l’histoire du Burkina Faso. C’est pour démontrer en fait l’isolement progressif de Blaise Compaoré à la tête de l’État ?

C’est aussi pour dire que ce n’est pas la première insurrection, mais c’est surtout pour montrer une progression permanente. Il y a la période de Sankara qui reste dans les mémoires et finalement de plus en plus, cette génération-là qui l’a vécue a laissé la place à une jeunesse en quête d’avenir, de modèle. Et cette jeunesse-là n’a que Sankara comme référence positive.

Au moment de l’insurrection de 2014, vous racontez cette lutte d’influences entre la société civile, l’armée et un peu plus en retrait les partis politiques. Pour vous, c’est la synergie entre ces trois forces qui a permis le départ de Blaise Compaoré ?

L’insurrection, oui. Une certaine synergie et surtout, je pense qu’il faut rajouter l’unité du peuple en fait, parce que la seule préoccupation à cette époque-là, c’était le départ de Blaise Compaoré. Ce qui en soi crée des problèmes pour l’avenir, puisqu’il n’y avait pas d’alternative à proposer. C’est surtout l’unité du peuple parce que, si ce que vous appelez cette synergie a fait en sorte que les foules devenaient de plus en plus nombreuses, puisque les manifestations ont commencé en 2013, elles ont grossi en permanence. Mais c’est quand même la masse des gens que malheureusement on ne peut pas très bien chiffrer, des dizaines de milliers, des centaines de milliers, qui a fait que le pouvoir a été balayé.

La transition, vous l’écrivez, a été une période très positive. Pourquoi ?
C’est positif, parce qu’elle s’est bien passée, elle a voté des lois, elle a été acceptée par la communauté internationale après un certain nombre de négociations. Et elle était bancale cette transition tant que le Régiment de la sécurité présidentielle n’était pas démantelé. C’est en fait une mesure de la transition qui est un code électoral, qui empêchait les plus proches de Blaise Compaoré de se présenter aux élections, qui a entraîné en partie le mécontentement du RSP, qui est le Régiment de sécurité présidentielle, c’est-à-dire un régiment d’élite de 1 500 hommes qui étaient en fait comme une garde rapprochée du président. C’est donc cette mesure, ce code électoral qui a créé ce putsch…

On parle du putsch de septembre 2015…

…Oui, et qui a entraîné justement de nouveau un formidable mouvement populaire qui a permis le démantèlement du RSP.

Vous avez choisi ce titre « L’insurrection inachevée ». Pourquoi est-elle inachevée, cinq ans après ?

La question qui est très importante après une insurrection, c’est la question de la justice. Les gens qui sont responsables de l’insurrection n’ont quasiment pas été jugés. Il y en a beaucoup qui se sont enfuis. Les gens qui sont responsables des tortures, il y a quelques procédures qui sont ouvertes, mais qui avancent très lentement. Les gens qui ont assassiné des gens ne sont pas jugés, et encore moins les responsables politiques. Ça, c’est une chose, c’est sur le côté répressif du régime de Blaise Compaoré. Mais tout le système qui a fait en sorte qu’un clan a finalement organisé un système de prédation des richesses du pays, tout ce système n’est pas dénoncé, n’est pas passé en justice.

Donc, il faudrait des procès pour solder l’ère Compaoré ?

Absolument. Ils n’ont pas lieu. Il faut absolument qu’ils aient lieu. Ils n’ont pas lieu et c’est là où on comprend mieux le problème, parce que les gens qui sont au pouvoir aujourd’hui ont accompagné Blaise Compaoré pendant 26 ans et ils ont donc participé à toute cette prédation. Donc ils ne veulent pas finalement que cette justice avance, parce qu’ils seront forcément à un moment ou à un autre pointés du doigt soit par des témoins, soit par des accusés qui diraient « on n’était pas seuls ».

La situation sécuritaire actuelle du Burkina Faso avec cette menace terroriste permanente, est-ce qu’elle vous préoccupe ?
Absolument qu’elle me préoccupe. C’est un désastre.

Est-ce qu’elle menace les acquis de l’insurrection ?

Bien sûr, elle menace tout. La guerre, ça menace tout. Là, on est vraiment rentré dans une phase de guerre. Ce pays, si on ne trouve pas l’énergie pour retrouver justement toute cette histoire positive, est en train de s’écrouler en fait. C’est une catastrophe.

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