rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
Invité Afrique
rss itunes deezer

Togo: «Sibeth Ndiaye ne peut pas fermer les yeux» (Jean-Pierre Fabre)

Par Christophe Boisbouvier

La présidentielle au Togo, c'est dans six mois, en avril 2020. Et face au président sortant Faure Gnassingbé, Jean-Pierre Fabre vient d'être investi candidat. C'était samedi dernier lors du congrès de l'ANC, l'Alliance nationale pour le changement, le principal parti d'opposition. Deux fois, Jean-Pierre Fabre a perdu. Mais cette fois, il croit à une élection transparente, grâce notamment aux pressions d'Emmanuel Macron et de sa ministre porte-parole Sibeth Ndiaye. Pourquoi elle ? En ligne de Lomé, M. Fabre répond aux questions de RFI.

RFI : Deux fois, vous avez perdu. Pourquoi vous représentez-vous ?

Jean-Pierre Fabre : Parce que la persévérance paie toujours. Vous savez, vous auriez pu poser cette question à plusieurs chefs d’État. Monsieur Jacques Chirac, monsieur François Mitterrand… Proche de chez nous, ici, le président Nana Akufo-Addo… Donc la persévérance paie. Et ensuite, c’est un serment que j’ai fait, d’œuvrer inlassablement à l’instauration de la démocratie et de l’État de droit chez moi. Il faut que je termine le boulot.

Mais si vous avez perdu en 2010 et en 2015, qu’est-ce qui vous fait penser que cette fois est la bonne ?

En vérité, tout le monde sait que je n’ai pas perdu, mais que ce sont les conditions de transparence et d’équité du scrutin qui manquaient. Et donc aujourd’hui, nous allons nous atteler en profondeur à une amélioration significative du cadre électoral.

Le 24 septembre, vous avez écrit au chef de l’État Faure Gnassingbé pour lui demander d’ouvrir des discussions sur l’organisation de la présidentielle d’avril prochain, notamment sur le fichier électoral, la composition de la Céni et la composition de la Cour constitutionnelle. Mais pour l’instant, le pouvoir ne vous a pas répondu.

Le chef de l’État ne m’a pas répondu. Mais j’ai eu beaucoup de discussions avec les représentants de la communauté internationale au Togo, comme des ambassadeurs. Je rentre de voyage et j’ai eu des discussions il y a une semaine exactement au Quai d’Orsay. Je crois que chacun comprend la nécessité de cette discussion pour asseoir un cadre électoral crédible, transparent.

Et vous demandez à la Cédéao, et notamment aux présidents guinéen Alpha Condé et ghanéen Nana Akufo-Addo, d’intervenir auprès du pouvoir togolais dans ce sens ?

Nous ne l’avons pas encore demandé, parce que nous avons été échaudés par l’attitude des chefs d’État de la Cédéao, l’année dernière, et donc nous sommes très prudents. Mais nous pensons qu’une combinaison des efforts de toutes les composantes de la communauté internationale avec la pression intérieure va aboutir à l’ouverture de cette discussion pour que nous puissions avoir un cadre électoral normal.

Qu’est-ce que vous appelez la « pression intérieure » ?

La mobilisation populaire. Nous n’avons pas le choix. Nous n’étions pas très loin d’obtenir des résultats, lorsque la Cédéao s’est interposée entre le pouvoir et nous, en février 2018.

Vous pensez aux grandes manifestations de 2017-2018 à Lomé et en province ?

Bien sûr. Nous n’étions pas très loin. Et est-ce que nous avons commis une erreur de faire confiance à la Cédéao, alors que déjà en 2005 elle avait fait la même chose ? Elle s’était interposée pour que finalement on obtienne des élections qui se sont terminées par un massacre de population.

Vous vous dites prêt à manifester, mais depuis le mois d’août dernier une nouvelle loi restreint sévèrement le droit de manifester au Togo.

Oui, vous avez raison. Mais cette loi, en vérité, interdit pratiquement les manifestations au Togo. Cette loi a été dénoncée par les Nations unies, qui déclarent qu’elle viole les droits humains, notamment la liberté d’expression et la liberté de manifester. Donc nous allons faire les démarches, mais nous n’allons pas respecter une loi inique, dénoncée par les Nations unies qui demandent une nouvelle lecture de la loi.

Vous reprochez à la Cédéao de vous avoir laissé tomber deux fois, en 2005 et en 2018. Pourtant, vous faites appel à elle. N’est-ce pas une contradiction ?

En politique, il n’y a pas toujours des contradictions. Les institutions sous-régionales et continentales sont là pour qu’on les saisisse. Et lorsqu’un problème se pose, notre seule arme, c’est la saisine de ces institutions.

Vous êtes déçu par Alpha Condé et Nana Akufo-Addo ?

Je vais répondre oui, parce que leur histoire personnelle nous a menés à croire qu’ils allaient s’investir pour qu’on obtienne un meilleur résultat. Nous n’avons pas compris que cette mission de la Cédéao se soit terminée en queue de poisson, et que depuis on n’ait plus aucune nouvelle de ces chefs d’État.

Et Emmanuel Macron ?

Question importante. Vous savez, monsieur Emmanuel Macron a manifesté une volonté de changer les rapports entre la France et l’Afrique. Surtout qu’il a autour de lui des responsables politiques d’origine togolaise. Il y a une députée. Je pense qu’elle s’appelle Laetitia Avia. Et encore plus proche, il y a une ministre porte-parole du gouvernement actuel. Il y a des liens avec le Togo et c’est madame Sibeth Ndiaye,qui a des parents au Togo.

Sa maman est togolaise…

Dont la maman est togolaise… Donc c’est une situation favorable pour nous, parce que ces personnes ne peuvent pas être insensibles à la situation actuelle au Togo. On ne peut pas être ministre dans un gouvernement d’un pays comme la France - une démocratie avancée - et fermer les yeux sur ce qui se passe dans son pays d’origine. Donc ce sont des canaux par lesquels nous pouvons faire parvenir des messages.

Et si le pouvoir togolais fait la sourde oreille et refuse toute discussion sur la transparence du scrutin à venir, est-ce que vous irez quand même à la présidentielle d’avril prochain ou est-ce que vous la boycotterez ?

Je ne vais pas répondre à cette question. Je dis que nous ferons la pression nécessaire, en conjuguant nos efforts avec ceux de la communauté internationale pour que, pour une fois, se déroulent au Togo des élections normales qui ne se terminent pas par des massacres de populations. Et donc si la communauté internationale veut régler les problèmes en amont, il vaut mieux qu’elle s’implique également et qu’elle use de son influence.

Biens culturels: «La restitution assure la paix entre les peuples» (Unesco)

Mali: «Repli ne veut pas dire abandon», affirme Ibrahim Maïga, chercheur à l'ISS

Cacao: le travail des enfants «est un problème de politique publique, de pauvreté»

Art africain: «Le fossé entre la qualité et sa connaissance en Occident se réduit»

Patrice Talon: «Ce serait bien que l’ex-président Boni Yayi rentre à Cotonou»

La fermeture des frontières du Nigeria est «une forme de pression sur le Bénin»

Le général Bruno Clément-Bollée: il faut «repenser» la stratégie de la France au Sahel

Présidentielle en Algérie: «La détermination des deux côtés risque d’augmenter les tensions»

Alain Mabanckou: «La connaissance ne doit pas être réservée à quelques élites»

A. Sow (éd. Ganndal): «L'accès aux livres n'est pas si facile que ça» en Guinée

«Le gouvernement centrafricain sait jouer de la rivalité des grandes puissances»

René Lefort (chercheur): «chaque communauté s’est radicalisée» en Éthiopie

Guinée-Bissau: «les décrets du président sont illégaux» selon Aristides Gomes

Bénin: des élections générales en 2021 «relèveraient du miracle», (gouvernement)

La créatrice Sarah Codjo: la mode est «l'un des piliers de l'économie» au Nigeria

Jean de Gliniasty: «La Russie est de retour en Afrique, avec des préoccupations nouvelles»