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Burkina: «Contre les jihadistes, la résistance populaire» (Pierre Ouédraogo)

Par Christophe Boisbouvier

Et si la mémoire de Thomas Sankara pouvait aider le peuple burkinabè à se mobiliser contre le fléau du jihadisme ? En ce jour anniversaire de la mort du révolutionnaire - il a été assassiné il y a trente deux ans jour pour jour -, le Comité du mémorial Thomas Sankara organise à Ouagadougou une conférence contre le terrorisme. A la tribune, il y aura notamment Pierre Ouédraogo, à l'époque le secrétaire général des CDR, les Comités de défense de la révolution. Il plaide pour la création de groupes de résistance populaire.

RFI : Trente-deux ans après, est-ce que vous croyez que l’on connaîtra un jour la vérité ?

Pierre Ouédraogo : Oui, je suis persuadé. Parce que les vérités, parfois, elles se découvrent longtemps après. Tout finira par se savoir en ce qui concerne l’assassinat de Thomas Sankara.

Et qui a pu commanditer cet assassinat ?

Je pense que les acteurs au niveau national sont bien connus, avec les éléments d’avancées. Au niveau international, il y a, bien sûr, de fortes suspicions que ce soit, au niveau de la Côte d’Ivoire, des éléments engagés dedans. Et peut-être des éléments au niveau de la France qui n’ont pas joué un rôle actif, mais ils ont pu être au courant et donné, peut-être, un accord, ou en tout cas ont montré qu’ils n’allaient pas réagir négativement. Il y a des possibilités aussi au niveau de la Libye où Kadhafi n’était pas satisfait, du fait que Sankara résistait particulièrement à cette tentative de déstabiliser les pays de la région à partir du Burkina Faso, que Kadhafi n’ait pas beaucoup apprécié Thomas Sankara sur les dernières années et qu’il ait peut-être soutenu aussi ce mouvement, puisque l’on constate qu’après l’assassinat, il y a eu les opérations de déstabilisation, notamment au Libéria et en Sierra Leone, qui sont parties de Ouagadougou.

Et Sankara s’était-il opposé à certaines demandes de Kadhafi ?

Oui. Kadhafi avait voulu installer une unité de la Légion islamique à Ouagadougou et Sankara s’était fermement opposé. Il a dit : « Nous avons les hommes, nous manquons d’équipements. Si nous avons des équipements, nous serons en mesure de nous défendre ». Parce que derrière, il suspectait la possibilité que cette Légion islamique attaque les autres pays sans même nous avertir pour quoi que ce soit.

Trente-deux ans après, vous assistez, ce mardi à Ouagadougou, à un colloque sur la mobilisation pour faire face au terrorisme. Que peut apporter un Sankariste comme vous à une telle réunion ?

C’est un peu notre expérience, parce qu’en fait Sankara avait préparé le Burkina Faso pour faire face à une attaque de ce type, venant des guérillas réactionnaires qui tenteraient de mettre fin au pouvoir révolutionnaire. Et il avait mis en place un certain nombre d’organisations qui ont été toutes démantelées. Donc je pense que dans tout cela, il y a matière au niveau de l’expérience à partager, que ce soit au niveau de l’organisation populaire, que ce soit au niveau de l’articulation des Forces spéciales. Sankara avait mis en place un escadron motocycliste commando, qui aurait pu facilement traiter les motocyclistes qui menacent les villages. Et en plus, le Burkina s’était doté d’une flotte d’une vingtaine de SIAIMarchetti, qui sont des avions brésiliens antiguérilla, qui tirent les mêmes roquettes qu’il y avait sur les Mirages et qui auraient pu donner une couverture aérienne suffisante pour faire face aux petits mouvements. Et donc on aurait au sol des forces spéciales à moto, et en l’air, des avions-antiguérillas, de petits avions pas difficiles à entretenir, qui ne consommaient pas beaucoup d’essence et donc qui pouvaient rester longtemps en vol, en cas de menace.

Vous parlez d’organisation populaire à mettre en place contre le terrorisme. À quels modèles pensez-vous dans d’autres pays ?

J’avoue que j’admire beaucoup ce que les Suisses font comme système de défense. J’admire aussi le système mis en place par Israël. Mais le système burkinabè doit être inventé par les Burkinabè pour tenir compte de notre histoire, de nos coutumes, de nos traditions et de tout. Cela ne peut pas être un copié-collé. C’est quelque chose que nous devrons inventer ici pour correspondre à nos coutumes.

Vous parlez des modèles de la Suisse et d’Israël… Comment mobiliser la population burkinabè, aujourd’hui ?

Je pense que, d’abord, cela doit être une initiative du gouvernement, qui explique clairement quelle est la nature de l’ennemi. Et à partir de là, on peut demander à ce qu’un schéma progressif soit mis en place, de manière à ce que cela puisse être testé et adapté, avant un déploiement sur l’ensemble du territoire national. Ce déploiement devrait se faire sous l’autorité des Forces de défense et de sécurité. La discipline qui doit y être appliquée doit être la discipline militaire, parce que ce seront des armes qui seront fournies par l’État et donc leur utilisation doit être soumise strictement au règlement militaire pour éviter les risques des dérapages. Idéalement, ce serait mieux que ces groupes de résistance populaire soient encadrés directement par des éléments des Forces de défense et de sécurité. Et si ce n’est pas possible, il peut être fait appel aux anciens militaires, aux anciens gendarmes, aux anciens policiers qui dorment dans ces villages. L’objectif étant, coûte que coûte, de contrôler l’armement, son utilisation, de contrôler les munitions, de s’assurer qu’il n’y a pas de dérives et que les moyens sont utilisés pour défendre le pays et non pour régler des conflits locaux, des conflits communautaires, des règlements de comptes personnels.