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Nobel de la paix: «Un nouveau chapitre s’ouvre à nous», dit la présidente éthiopienne

Par RFI

En attribuant ce vendredi le prix Nobel de la paix au Premier ministre éthiopien Abyi Ahmed, le jury a souhaité récompenser ses efforts pour la réconciliation avec le frère ennemi érythréen. La présidente éthiopienne, Sahle-Work Zewde, dit sa fierté de voir les efforts diplomatiques récompensés. Entretien.

RFI : Comment réagissez-vous à l’attribution du prix Nobel de la paix au Premier ministre Abiy Ahmed ?

Sahle-Work Zewde : Comme tous les Éthiopiens, nous sommes tous fiers de cette attribution, de cette reconnaissance du travail accompli par le Premier ministre en seulement un an et demi. Je pense que sa contribution a été immense en termes de stabilité pour la sous-région, pour la Corne de l’Afrique, qui malheureusement a connu beaucoup de soubresauts et je crois que c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre à nous. Nous pouvons écrire une page de paix et de réconciliation plutôt que cette page de guerre fratricide qui nous a souvent caractérisés.

Le Premier ministre Abiy Ahmed est notamment récompensé pour son initiative qualifiée de « déterminante » par le jury du Nobel dans la résolution du conflit avec l’Érythrée. Le point d’orgue de ce processus a été la signature de l’accord du 16 septembre 2018 en Arabie Saoudite. Avez-vous des souvenirs particuliers de ce processus et dont la façon dont l’a mené Abiy Ahmed ?

Ce dont je me souviens, c’est ce qu’a dit le Premier ministre dès sa prise de fonction, à savoir qu’il voulait travailler pour la paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Il l’a réalisé en prenant cette initiative. Personne n’aurait pensé à ce moment-là que cette réconciliation soit possible. Nous sommes restés en guerre, mais aussi dans une situation de ni paix ni guerre pendant deux décennies, il fallait changer. Le Premier ministre a compris et j’étais tout à fait d’accord avec lui que tout progrès, toute réforme en Éthiopie aurait des limites si nous n’avions pas la région avec nous et si nous ne rétablissions pas la paix avec nos voisins immédiats et surtout l’Érythrée, qui est un grand pays frère. C’est donc ce qu’il a fait, et il a eu un écho favorable, il faut aussi le noter, de la part du président érythréen, qui a accepté de tourner la page et de réduire les tensions. De faire en sorte, et cela doit s’appliquer à tout le continent africain si nous voulons bâtir une autre Afrique, que les pays voisins ne servent plus de sanctuaire ou de base arrière pour les forces rebelles où les partis d’opposition. Tout cela a permis, à tous ceux qui étaient installés en Érythrée de rentrer. Le dégel a été fait de cette façon-là, il y a eu un accord de paix, maintenant, il faut mettre tout ceci en œuvre et c’est à quoi s’attelle le gouvernement.

Avez-vous le sentiment que dans la façon dont il envisage son action le Premier ministre Abiy Ahmed articule la diplomatie régionale et la possibilité d'apporter des changements en interne ?

Absolument. Je crois que la base de toute politique d’un pays a pour point de départ l’intérêt national. Cette situation, nous l’avons d’ailleurs vue avec la normalisation de nos relations avec l’Érythrée, a beaucoup contribué en Éthiopie à accélérer nos efforts de réconciliation. Il n’y a pas uniquement les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée qui ont été améliorées ou normalisées. Le Premier ministre a aussi énormément contribué à la réconciliation et à la formation d’un nouveau gouvernement au Soudan. Le Premier ministre soudanais qui est en visite chez nous l’a rappelé hier [jeudi, ndlr].

Des progrès ont été réalisés avec l’Érythrée, mais toutes les difficultés ne sont pas réglées. La frontière notamment continue à poser problème, votre pays n’a toujours pas accès au port érythréen. Comment essayez-vous de dépasser les blocages qui existent encore ?

Il faut toujours voir le verre à moitié plein. Il y a eu un effort extraordinaire, que la communauté internationale a applaudi, puisque tout le monde avait perdu espoir dans cette possibilité de réconciliation. C’est un pas de géant en avant. Ce qu’il reste à faire maintenant, c’est de discuter, ce que fait le gouvernement, pour faire en sorte que tout soit institutionnalisé et que nous opérions comme nous le faisons avec les autres pays voisins, comme nous le faisions avant le conflit avec l’Érythrée. Nous en sommes à ce stade.

Sur le plan intérieur, Abiy Ahmed fait face à un défi extrêmement important, à savoir la stabilité des relations intercommunautaires, la stabilité de la fédération, ce prix Nobel peut-il l’aider ?

Sans doute, mais nous sommes aussi convaincus que beaucoup d’efforts sont faits à l’intérieur du pays pour essayer de réduire les tensions, sinon de ne plus en avoir. Parlant de ces tensions internes, il faut savoir qu’il y a deux ans, ces deux-trois dernières années, l’Éthiopie était au bord du précipice. Nous avons vu le fond de l’abîme. Je crois que nous avons beaucoup avancé et que nous sommes dans la bonne voie. Hélas, nous n’avons pas de baguette magique qui nous servirait à trouver des solutions instantanées, ce n’est pas un long fleuve tranquille loin de là, mais nous sommes engagés dans une voie qui peut nous mener au développement et à la prospérité de ce grand pays qu’est l’Éthiopie.

Ce prix Nobel envoie-t-il un signal ?

La réaction est très positive de la part des Éthiopiens. Cela aide à élever le débat. Cela permet de voir qu’œuvrer pour la paix et la réconciliation peut aboutir à ce genre de reconnaissance internationale. Nous avons beaucoup de ressort en Éthiopie et cela peut nous aider à trouver des solutions. Ayant vu beaucoup de pays en Afrique, je ne sais pas combien auraient résisté en ayant un dixième des problèmes que notre pays a traversé. Nous sommes là où nous sommes aujourd’hui avec un avenir beaucoup plus radieux que nous n'en avons eu ces dernières années. C’est dans ce sens que nous devons œuvrer.

Quel est selon vous le message que le jury du prix Nobel de la paix envoie à l’ensemble du continent en attribuant ce prix au Premier ministre ?

Nous avons un slogan au niveau de l’Union africaine : des solutions africaines à des problèmes africains. Le problème Éthiopie-Érythrée a été résolu par les deux principaux protagonistes à l’initiative du Premier ministre, au Soudan, nous en avons fait de même avec bien évidemment l’Union africaine. Je crois que c’est un message à tout le continent que si nous changeons le prisme avec lequel on voit les choses, on peut trouver des solutions. Il y a beaucoup de possibilités sur le continent africain.

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