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Méditerranée: «Nous sommes les témoins d’une tragédie, on ne fait pas grand-chose»

Par Magali Lagrange

Un débat commence aujourd'hui, à l'Assemblée nationale française, sur la politique migratoire de la France et de l'Europe. Au menu des discussions, des thèmes comme les demandes d'asile, qui augmentent, selon le gouvernement, ou encore les expulsions, la couverture santé. Les migrations, la Méditerranée, c'est le thème d'un recueil de nouvelles paru chez Actes Sud cette semaine. Méditerranée, amère frontière regroupe les textes de 16 auteurs, dont sept Africains. L'écrivain Wilfried N'Sondé, originaire du Congo-Brazzaville, y publie une nouvelle, « Sang frontières ». Il est l'invité de Magali Lagrange.

RFI : Dans la préface, Natalie Levisalles, qui a dirigé ce livre, se demande si nous sommes en train de nous habituer à l’idée que la Méditerranée est devenue un cimetière. Quelle serait votre réponse ?

Wilfried Nsonde : Malheureusement, oui, elle a raison. Au moment où nous nous parlons, des gens souffrent en Méditerranée, des hommes meurent certainement en Méditerranée et cela ne nous empêche pas de manger, de dormir… Je pense que, tous autant que nous sommes, nous le regretterons un jour, parce que nous sommes les témoins d’une tragédie et on ne fait pas grand-chose. Même nous, qui participons à ce livre, au fond on ne fait pas grand-chose.

Votre nouvelle se centre sur le thème des frontières, qui se ferment et que vous associez au sang. Pourquoi vous avez choisi ce thème-là ?

Parce que c’est bien de cela dont il s’agit. Les êtres humains ont érigé de manière arbitraire des frontières et elles sont l’occasion de drames. Des gens meurent parce qu’il y a des frontières. C’est d’ailleurs extrêmement troublant, puisque les biens traversent les frontières. Mais c’est beaucoup plus compliqué pour les êtres humains et surtout pour les êtres humains en détresse. Quand on parle de migrants, à force de prononcer ce mot-là on en oublie que ce sont des êtres humains, des hommes, des femmes, des enfants, qui vivent cette séparation de l’espace en frontières comme une menace de mort.

Vous évoquiez notre rôle de témoins de ce drame des migrations. Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour changer le regard sur l’immigration ?

Oui, je pense qu’on est même sommés de faire ce qu’on peut. Et je pense qu’il faut travailler sur des perceptions. Ce que je veux dire, c’est qu’il faut cesser de penser que le problème de la migration massive que l’on connaît va se régler en France, en Italie ou dans un autre pays. C’est un phénomène qui nous force de considérer qu’on vit vraiment sur une planète unifiée. Et cette migration massive, c’est la conséquence d’une manière de fonctionner au niveau international. Et en France, on devrait le savoir. La France est cette puissance mondiale, l’État français est impliqué partout de manière politique, économique. Il y a une manière de gérer l’économie et la politique au niveau mondial, qui produit cette détresse-là.

Le Parlement français va commencer à débattre sur la politique migratoire de la France et de l’Europe. Est-ce qu’un tel débat est nécessaire ?

Un tel débat est nécessaire, mais si j’ai bien écouté mes cours de droit constitutionnel, la politique étrangère en France est de la compétence du président. En fait, il fait ce qu’il veut. Et quand vous regardez la politique étrangère de l’État français sur un demi-siècle, elle ne change pas, que ce soit des présidents de gauche ou de droite. Et cette politique-là participe à créer des situations de détresse de migrations massives. Il y a une coopération, une collaboration entre les États européens, nord-américains et les États des autres parties du monde - en Afrique, au Moyen-Orient et ainsi de suite - qui participent à créer ce drame-là. L’économie mondiale produit énormément de misère dans les pays de l’hémisphère sud. Surtout en Afrique, vous avez 40 % de la population qui vit dans l’extrême pauvreté et ce sont des États qui collaborent avec les autres États du monde.

Mais les rapports successifs et les chercheurs qui travaillent sur l’immigration insistent pour dire que, par exemple en Afrique, la plupart des migrations se font à l’intérieur du continent. Comment se fait-il qu’il y ait la vision d’une vague qui déferle sur l’Europe, alors même que finalement l’essentiel des migrations en Afrique reste sur le continent ?

Malheureusement, il y a un adage populaire qui dit : « Chacun voit midi à sa porte ». L’espèce de vision à court terme est de ne considérer que ce qui se passe autour de soi, alors que - encore une fois - les phénomènes qui impactent sur nos vies sont mondiaux. Et c’est pour cela que je parlais de perception. Il faut qu’on change d’échelle de perception. La migration, elle se voit. Elle est plus visible peut-être en Méditerranée, parce que cela concerne directement la France, mais c’est un phénomène beaucoup plus vaste, effectivement. C’est une lame de fond et c’est le signe qu’il y a un dysfonctionnement très important. Cela paraît tout de suite un peu catastrophique, mais c’est vrai.

Vous êtes né au Congo Brazzaville. Le sujet du vivre ailleurs vous concerne directement. Comment vous décririez cette expérience de la vie dans un pays qui n’est pas celui où on est né ?

J’ai la chance d’avoir un père qui m’a toujours dit : « Partout où tu peux respirer, tu es chez toi ». On essaie de créer des différences entre le pays où on est né et le pays où on vit… Et je dis, je l’affirme : mon pays c’est la terre. Souvent, on a essayé de m’inventer des problèmes qui n’existaient pas. Des racines, donc des déracinements, des choses comme ça… Culture, double culture, triple culture… Tout cela, ce sont des balivernes. La terre est l’espace sur lequel vivent des êtres humains. Chacun est chez soi partout. C’est ce que je pense, vraiment. Et c’est ce que je vis en tout cas.

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