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Bénin: «Le gouvernement ne veut travailler qu’avec ceux qui acceptent son diktat»

Par Laurent Correau

Les autorités béninoises ont invité neuf partis à participer, à partir du jeudi 10 octobre 2019, à un dialogue national. La classe politique peut-elle tourner la page après la crise de mai ? Se dirige-t-on vers un rendez-vous manqué ? Entretien avec Joël Atayi Guedegbe, président de l’ONG béninoise Nouvelle éthique.

RFI : Que vous inspire la liste des partis politiques invités à participer au dialogue national jeudi prochain [le 10 octobre] ?

Joël Atayi Guèdègbé : On remarque simplement qu’il y a une logique derrière, celle de ne travailler qu’avec ceux qui acceptent les conditions, le diktat du gouvernement avec les conditions posées, auxquelles certains partis n’ont pas satisfait jusqu’à présent. Donc il va de soi que cela donne l’impression d’être en soi ou d'être avec des gens de convenance. C’est à se demander jusqu’à quel point le dialogue aurait sens.

Les premiers signaux laissent penser que ni les Forces Cauris pour un Bénin immergent de Thomas Boni Yayi, ni l’Union sociale libérale de Sébastien Adjavon, ne vont participer à ce dialogue. Peut-il en sortir quelque chose si ces deux poids lourds politiques sont absents ?

Ce serait dommage de donner l’impression de ne pas vouloir entendre ce que disent notamment ces partis. Si les choses devaient rester en l’état, il est clair que de toute façon on n’aurait pas touché une partie substantielle des critiques dont est l’objet la gouvernance actuelle.

Selon vous, il faut élargir le tour de table de ce dialogue national ?

Ah oui, cela aurait pleinement sens qu’il soit non seulement élargi à un certain nombre de forces politiques pour l’instant non conviées mais, au-delà des partis politiques, que cela s’envisage par rapport à l’ensemble des forces vives de la nation. Il ne s’agit pas de prôner une conférence nationale bis ou des assises nationales à la sénégalaise, aucun gouvernement en place ne l’accepterait, mais le pouvoir ne peut pas rester longtemps autiste.

L’opposition réclame l’annulation des élections législatives avant toute participation à un dialogue national, ce qu’elle avait affirmé lors des précédentes tentatives de dialogue. Cette condition vous semble-t-elle recevable ?

Je ne crois pas. Elle me paraît excessive, irréaliste. Et là, on parle de dialogue et non de négociation. Donc il y a un certain effort aussi à faire de la part de l’opposition pour rendre les choses plus faciles.

Concernant les absents de ce dialogue politique tel qu’il se dessine, le règlement des conflits au Bénin est toujours traditionnellement placé sous l’autorité des anciens. En l’occurrence pour un conflit politique tel que le conflit actuel, on parlerait plutôt des anciens chefs d’État. Or, ni Nicéphore Soglo, ni Thomas Boni Yayi ne devraient participer. N’est-ce pas un handicap de plus pour ce dialogue, selon vous ?

C’en est bien un. C’est décidément un atout dont se passe le Bénin. Mais le Bénin est condamné aussi à inventer sa survie démocratique, à retrouver d’autres sources pour régler ses conflits. Ce règlement des conflits s’est toujours fait en partie aussi à travers les institutions, comme la Cour constitutionnelle avec les mécanismes qui sont prévus pour régler les conflits politiques. De manière formelle, la Cour constitutionnelle reste fondée à être l’arbitre des institutions, à être l’arbitre des conflits politiques.

Un autre des médiateurs historiques dans la vie politique du Bénin, c’est l’Eglise. On se souvient du rôle qui avait été joué par monseigneur de Souza lors de la Conférence nationale. Est-ce que le dialogue qui est en train de se mettre en place vide de tout intérêt la médiation de l’Eglise catholique ou est-ce qu’au contraire, on peut imaginer - on doit imaginer - une articulation entre les deux processus ?

Idéalement, il aurait fallu une articulation entre les deux processus, même entre ce que la société civile s’ingéniait à faire et ce qu’on pouvait envisager au plan gouvernemental, sinon institutionnel. Vous parlez de l’Eglise catholique, mais elle est accusée de parti-pris pour une partie de l’opposition. C’est aussi peut-être cela qui fonde la distance que l’on peut observer aujourd’hui de la part des acteurs politiques, pour ne pas dire du gouvernement, vis-à-vis de la médiation proposée par l’Eglise catholique. La qualité fondamentale d’un médiateur est d’être désiré des deux partis. Et dès qu’on ne remplit pas cette condition, il faut pouvoir en prendre la mesure et attendre que le contexte soit favorable.

L’ancien président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbédji a lancé ces derniers jours une mise en garde contre une répétition du scénario qui a conduit aux violences post-électorales du mois de mai. Est-ce que les blessures de mai sont refermées ou est-ce qu’elles restent à vif au Bénin ?

Les blessures sont en voie de cicatrisation. Ce serait pure inconscience que de croire que tout est refermé, que tout est soldé. Le Bénin s’est retrouvé dans des circonstances inédites qui ont amené à cette crispation. Donc il est bien trop tôt pour dire que c’est fini. Maître Houngbédji est en partie dans la posture du sage, mais également du manœuvrier pour que son parti ne soit pas emporté par cette crise, pour que la région dont il est originaire ou la région où il fait ses meilleurs scores ne soit pas à la traine. C’est de bonne guerre.

Quelles sont justement les échéances auxquelles la tension pourrait reprendre si des solutions ne sont pas trouvées ? Est-ce que, par exemple, les élections municipales et communales de mars 2020 sont un point de danger ?

Il est crucial que rapidement chacun prenne la mesure de la situation, qu’on aille aux accords et qu’on engage la nation sur la voie de la préparation de ces élections, qui sont un indicateur à travers la possibilité de l’alternance qu’elles offrent.

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