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Chronique Transports
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La Tunisie en pleine vélo-rution

Par Marina Mielczarek

Pour la deuxième fois de son histoire, la Tunisie s'apprête à élire un président au suffrage universel. Huit ans après le printemps arabe qui avait soulevé les foules à Tunis pour plus de démocratie, les Tunisiens affrontent aujourd'hui une hausse des prix qui rend la vie courante difficile. Quand posséder une voiture devient un luxe, c'est le vélo que l'ont voit surgir dans la capitale. Les femmes y voient un moyen de gagner leur autonomie, mais leur pari est loin d'être gagné.

Le vélo comme la marche à pied ne feront pas disparaître les bouchons de l'avenue Bourguiba ni le danger de circuler en frôlant les voitures. Mais dans une Tunis sous-équipée, comme tant d'autres capitales du Maghreb, en couloirs pour cyclistes, les choses bougent. Et cela en partie grâce à une initiative franco-tunisienne. Stéphanie Plouessel vit à Tunis. Chercheuse au Centre d'étude du Maghreb contemporain, elle a fondé Vélo/rution.

Passionnée de vélo, elle a commencé par offrir des cours pour adultes. Ce sont les femmes qui s'y inscrivent le plus. « Du fait de la vie chère et des embouteillages, de plus en plus de Tunisiens ont revendu leur voiture. Depuis deux ans, les choses se sont accélérées. Avec Vélo/Rution, nous avons déjà formé 500 femmes. Cela leur donne de l'autonomie par rapport aux hommes. En Tunisie, les femmes conduisent et ont des droits, mais cela leur permet de rentrer à l'heure qu'elle veulent sans être coincées dans les bouchons. Mais aussi vis-à-vis du harcèlement dans les transports en commun qui existe en Tunisie. »

Mais pour M. et Mme et Tout-le-monde en Tunisie, voir dans le vélo l'avenir de la femme est une belle idée, mais plus facile à proclamer qu'à accepter. « C'est vrai que même dans ma jeunesse, quand on voit une femme en vélo, on trouve ça beau, mais on rigole aussi c'est parce qu'on n'est pas encore habitués ! Mais voir les femmes sur leur vélo dans un pays musulman comme la Tunisie, c'est important pour la démocratie. »

Professeur à Sciences Po Paris, Kader Habderrahim estime pour sa part que la population tunisienne n'est pas encore prête à la vélo-rution, comme l'a prouvé le manque d'ouverture d'esprit constaté lors de ces derniers jours de campagne présidentielle. « Moi, je pense que cette libération grâce au vélo reste un rêve ! La vraie libération des femmes dans un Maghreb encore très conservateur arrivera avec l'autonomie financière », affirme-t-il.

Mais pour l'association Vélo/Rution, l'espoir est permis. À Ariana, dans le nord de la capitale, leurs efforts ont payé : une piste cyclable et cinq parkings à vélo seront inaugurés le mois prochain.