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L'économie, cet autre enjeu des élections en Tunisie

Par Pauline Gleize

Ce sont sept millions de Tunisiens qui sont appelés aux urnes, dimanche 15 septembre, pour élire un nouveau président parmi 26 candidats. Une élection qui devait se tenir en novembre et qui a été anticipée en raison de la mort de Béji Caïd Essebsi en juillet. Les questions sécuritaires sont au menu de la campagne électorale. Autre enjeu : l'économie.

Les sources d'inquiétudes ne manquent pas. Certes, la croissance s'est un peu renforcée. Après des années de ralentissement qui l'ont vu caler à moins de 1,2% d'augmentation du PIB en 2015, le produit intérieur brut a augmenté plus rapidement ces dernières années avec une hausse de 2,5% en 2018, grâce en partie à une reprise du tourisme.

Mais, depuis cet été, le FMI fait preuve de plus de pessimisme et vise une croissance autour de 2% cette année du fait notamment de la performance décevante de l’industrie dans les derniers mois.

En outre, la performance économique de la Tunisie pourrait pâtir d'un ralentissement économique en Europe. La France, l'Italie, l'Allemagne et l’Espagne sont ses quatre plus gros clients. Cela dit le pays travaille à élargir ses débouchés et a adhéré à la Comesa, le Marché commun de l'Afrique orientale et australe. Aux yeux de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économique, cela devrait renforcer les exportations agroalimentaires et de service comme la santé.

Fort chômage chez les jeunes, même diplômés

Quoiqu’il en soit la croissance n'est pas suffisante. Le chômage est toujours très élevé. Selon les données de la Banque mondiale, il est un peu redescendu après le pic de 2011, mais 15% de la population active est toujours à la recherche d'un emploi. Un taux qui masque d'importantes disparités. Il s’élève à 35% chez les jeunes, selon le FMI. Trouver un travail n'est pas vraiment plus facile pour les jeunes diplômés : près de 30% sont en recherche d'emploi. Autre constat de fortes inégalités de genre : une femme sur quatre est au chômage. Les contrastes régionaux se font toujours sentir.

Et non seulement,  il est difficile de trouver un travail, mais en plus le coût de la vie augmente. L'inflation sur un an est repartie à la hausse en août (+6,7% selon l'institut national de la statistique). Pour l'ensemble de l’année 2019, les prévisions s'établissent à 6,9% avant de ralentir un peu l'an prochain. Le prix des produits alimentaires n'est pas épargné. Il devient de plus en plus cher d'acheter des fruits et des légumes. En août, les légumes étaient 12% plus cher qu'à la même époque l'an dernier.

Ces deux derniers aspects, chômage et inflation, représentent des enjeux majeurs pour les futurs dirigeants du pays. Chômage et vie chère avaient fait le lit de la révolte de 2010-2011.

« Une discipline inébranlable »

Un poids donc pour les finances des ménages, et les finances de l'État ne manquent pas de défis. La dette publique a explosé. De 40% du PIB en 2010, elle est passée à 70%. De plus, Tunis a accusé un déficit budgétaire de près de 5% du produit intérieur brut l'an dernier, un déficit qui devrait être plus contenu cette année si les objectifs sont respectés. Pour cela, le Fonds monétaire international estime qu'il faut aux autorités « une discipline inébranlable ». Le FMI qui suit de près la Tunisie. Tunis a bénéficié en 2016 d'un nouveau plan d'aide de 2,4 milliards d'euro sur quatre ans, en contrepartie de vastes réformes : la fiscalité et les retraites ont été revues.

Le FMI préconise par ailleurs de davantage contrôler la masse salariale publique et d'améliorer le climat des affaires pour favoriser les investissements.

« Livre bleu »

Pour tenter de sortir de la crise, un groupe d'économistes tunisiens a proposé fin août un « livre bleu » contenant une série de propositions.

Soixante dix économistes et experts de l'initiative Econ4Tunisia avec, à leur tête, l'ancien ministre de l'économie Hakim Ben Hammouda, ont identifié six défis majeurs et émis des pistes de travail. Pour réduire le déficit public, ils préconisent - entre autre - une réforme de la fiscalité des entreprises à travers une harmonisation autour de trois taux. La relance de la croissance et de l'investissement pourrait passer, aux yeux de ce panel, par une numérisation de l'administration et une accélération de la réforme des entreprises publiques.

Autre prescription : une modernisation de la gouvernance économique via la création d'un Conseil économique national. À voir si cela inspirera les futurs élus.

Si l'économie a tenu une bonne place dans la campagne, avec un débat sur les politiques d'austérité ou la libéralisation, Abdelfattah Mourou, le candidat d'Ennahda, assurait récemment au Figaro qu'aucun parti n'avait de programme économique, c'était quelque jours avant que le parti ne le présente et propose d'aider les jeunes à financer leurs projets. Youssef Chahed, premier ministre sortant, candidat de Tahya Tounes, veut lui limiter l'interventionnisme d'État et créer « une zone de libre-échange avec l'Algérie ».

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