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«Sésame ferme-toi» derrière Jack Ma, créateur d'Alibaba

Par Pauline Gleize

En ce 10 septembre, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne, célèbre son 55e anniversaire. Symboliquement, c'est le jour que l'homme d'affaire a choisi pour quitter la présidence du conseil d’administration.

Jack Ma tourne une page, vingt ans après avoir mis au monde son site de vente en ligne dans un appartement de Hangzhou avec une poignée de partenaires et un capital de 60 000 euros. Deux décennies plus tard l’entreprise emploie plus de 100 000 salariés et pèse près de 460 milliards de dollars à Wall street, selon les chiffres de Boursorama.com.

Alibaba revendique plus de 750 millions d'utilisateurs actifs par mois et a contribué à l'immense essor de la consommation en Chine. Une réussite incarnée par l'ascension personnelle de Jack Ma, de l'enfance défavorisée relatée dans les médias chinois aux selfies avec les dirigeants internationnaux.

Philanthropie

Peu après l'annonce de son départ, des rumeurs avaient circulé. Mais, Jack Ma a démenti avoir été poussé vers la sortie par le pouvoir chinois. Il s'agit assure-t-il d'un plan prévu de longue date. Il souhaite désormais suivre les pas de son modèle : un certain Bill Gates. À la tête d'une fortune personnelle estimée à plus de 40 milliards de dollars, l'ex-professeur d'anglais envisage de mettre des fonds au service de l'éducation.

Son départ ne provoque pas de remous en Bourse. Lundi soir en tous cas, l'action d'Alibaba à New York a fini en légère hausse. Il faut dire que ce départ n’est pas soudain. Jack Ma l'avait annoncé, il y a un an tout juste. Par ailleurs, s’il reste l’image d’Alibaba dans le monde, il ne tenait plus les rênes opérationnelles depuis quelques années déjà. Dès 2013, Ma Yun de son vrai nom a abandonné son poste de directeur général pour ne garder qu'une fonction de « président exécutif » chargé de la stratégie.

L’opérationnel c’est, depuis, l’affaire d'une équipe de dirigeants qui a su gagner le respect et maintenir l'entreprise à la pointe du commerce en ligne. Jack Ma gardera, par ailleurs, une place au sein du conseil d'administration jusqu'en 2020.

Or, une succession prévue de longue date et bien organisée est de nature à rassurer les marchés financiers, souligne le chercheur au CNRS, Hervé Joly. D'autant que selon le Financial Times, Jack Ma conservera des parts dans Alibaba.

Une « individualité réduite à peu de chose et constamment surjouée »

Et puis, un patron a beau incarner médiatiquement son entreprise dans la réalité des faits, explique François-Xavier Dudouet, directeur adjoint du centre de recherche Irisso, « une entreprise c’est avant tout une énorme bureaucratie très routinière où le patron est loin de tout faire et de tout gérer à partir du moment où l'entreprise a atteint une certaine taille ». Pour lui, cette illusion du patron omnipotent vient du fait que « dans une grosse entreprise, l'individualité est tellement réduite à peu de chose, qu'elle est constamment surjouée ».

Ce qui peut davantage poser problème lors des successions, explique par ailleurs, le chercheur au CNRS, Hervé Joly, c'est la dispersion du capital en particulier dans les affaires familiales.

Néanmoins, lors des passations de pouvoirs, les PDG qui succèdent à des patrons restés longtemps à la tête de leur entreprise signent en général de moins bonnes performances, du moins au début, en terme de rendement pour les actionnaires, constate la dernière étude « CEO success » menée par Strategy& du cabinet PwC.

« Le renouvellement des dirigeants d'entreprise atteint un niveau record »

Mais cela n'est pas forcément synonyme de catastrophe pour les actionnaires loin de là. L'action d'Apple ne s'est pas écroulée depuis le départ contraint de l'emblématique Steve Jobs. Elle a au contrairement fortement progressé et la firme à la pomme s'est réjoui récemment d'avoir bouclé le plus « gros troisième trimestre de son histoire ». Alors, c'est vrai d'aucun s'inquiètent d'un manque de renouvellement 12 ans après le lancement de l'Iphone. Mais, François-Xavier Dudouet estime que « c'est un problème d'entreprise classique ».

Les changements de direction ne sont pas si rares, ils sont même de plus en plus fréquents

D’après le rapport « CEO success », le renouvellement en 2018 a dépassé les 17% parmi les 2 500 plus grosses entreprises mondiales (en termes de cotation boursière).

Cette tendance est liée à « une plus grande attention portée aux questions d'éthique et de responsabilité sociétale des entreprises », et donc à davantage de départs forcés, commente, Anne-Lise Glauser, associée Strategy&, PwC France.

Autre explication : le changement de rythme au sein des entreprises. Les plans stratégiques se font à plus brève échéance qu'auparavant. « La vision du futur des grands patrons est donc plus vite remise en question ».

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