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Chronique Transports
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Automobile: le Bhoutan, pays «vert», menacé par les embouteillages

Par Marina Mielczarek

C'est une première dans son histoire ! Le Bhoutan, minuscule pays coincé entre l'Inde et le Tibet, souffre d'embouteillages et d'un manque de parkings pour les voitures ! Signe de l'évolution du monde, la hausse du niveau de vie a entraîné l'envie des bouthanais de posséder leur propre véhicule. Mais pour ce territoire vert et montagneux, qui a toujours fait de la préservation de l'environnement une priorité, est menacé du fait de son manque d'équipements de pollution et de congestion.

Une voisine, mère de famille se plaint des embouteillages : « C’est un vrai bazar sur les routes de Timphou notre capitale ! Aujourd’hui, pour éviter à mon fils de se lever trop tôt, je suis obligée de lui faire prendre son petit déjeuner directement dans la voiture sur la route de l’école. »

L’envie de posséder sa propre voiture, un signe de richesse.

Des voisins comme cette jeune femme agacée par les bouchons du centre-ville certes, Cherab Tenzin en a des dizaines ! Au Bhoutan nous dit ce responsable de la Maison du Bhoutan à Paris, « la classe moyenne s’est enrichie, elle revendique le droit à la voiture individuelle, je reviens juste du Bhoutan. Cet été, j’ai encore vu les deux nouveaux parkings en hauteur construits en immeuble en hauteur pratiquement vides ! Les gens ne sont pas encore habitués, du coup ils se garent  encore le long des routes, là où ça les arrange ».

Un pays de forêts qui manque d’infrastructures

Mais parler du Bhoutan, c’est parler d’un pays à échelle réduite où il faut relativiser les échelles comparées aux densités d’Europe ou de ses voisins indiens, chinois ou coréens. Les embouteillages de la capitale qui compte à elle seule 100 000 habitants se compliquent surtout aux heures de pointe comme les sorties des bureaux, mais ils prennent au maximum une heure à se résorber. S’il y a une situation compliquée, elle est à trouver du côté des routes montagneuses de la campagne. En hiver surtout en raison de la piètre qualité des routes, abîmées par le froid et par la végétation qui prend le dessus. Il arrive que des éboulements bloquent les accès ou que des plantes aient poussé jusque sur la chaussée. 

Pas de feux rouges, mais des policiers à la circulation

Le pays en fait une attraction touristique, au Bhoutan, il n’y pas de feux rouges ni de feux verts, mais des policiers en uniformes qui agitent les bras à longueur de journée. « Les étrangers et même les Indiens venus en voisins trouvent cela très exotique et impressionnant !», déclare Françoise Pommaret, chercheuse pour le Centre français de recherche scientifique au Bhoutan. 

Cas unique au monde : le Bhoutan et le Suriname sont les deux seuls pays au monde à émission de gaz carbonique négatif. Le Bhoutan est aussi le seul pays du globe à avoir inscrit dans sa Constitution l’obligation d’avoir un territoire recouvert de 60 % de forêts !

Un maire soucieux de la nature et des parfums des forêts bhoutanaises

Face à l’affluence de véhicules et confronté à une offre industrielle venue de Chine et de Corée, le maire de Timphou, ne cache pas son inquiétude. Françoise Pommaret affirme que dans cette capitale où tout le monde se connaît, il se murmure chez son voisin (le maire habite justement la maison d’à côté de chez elle) que les routes pourraient un jour devenir piétonnes... Mais en attendant de consulter la population et d’avoir l’autorisation pour le chantier, les élus veulent développer la voiture électrique. Une bonne idée, mais plus facile à dire qu’à réaliser lorsqu’on sait que pour aller jusqu’à l’université en banlieue de Timphou, il n’y a pas de bus ni de train. Une voiture 4X4 est obligatoire si on ne veut pas crever les pneus dans des virages rocailleux.

Incertitude sur les alternatives à la pollution automobile

Dans sa dernière interview à la presse internationale, Kinlay Dorji, le maire de Timphou s’est engagé à faire comme dans les grandes villes occidentales, construire des couloirs destinés uniquement aux bus. La mairie veut également encourager les taxis collectifs et le covoiturage.

La rue principale de la ville de Trashigang au Bhoutan le 2 janvier 2008. © Christopher J. Fynn / Wikimedia Commons