rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
  • Syrie: un soldat turc a été tué dans une attaque des forces kurdes (ministère de la Défense)
  • Chili: trois morts dans les troubles à Santiago
  • Transport aérien: le plus long vol direct de l'histoire organisé par Qantas, parti de New York, a atterri à Sydney
Invité Afrique
rss itunes deezer

Libération des «junglers»: «C'est l'impunité qui règne en Gambie»

Par Bineta Diagne

En Gambie, tous les regards sont tournés cette semaine vers la Commission Vérité et Réconciliation, qui continue d’auditionner d’anciens membres des escadrons de la mort de Yahya Jammeh. Une unité surnommée « junglers ». Il y a deux semaines déjà, trois hommes de main de l’ancien président Yahya Jammeh, ont avoué avoir commis des crimes et décrit leur version des atrocités commises entre 1994 et 2015. Ce lundi, le ministre gambien de la Justice a annoncé leur libération, après deux ans de détention. Quel impact cette remise en liberté a-t-elle sur le processus de réconciliation ? Pour en parler, Bineta Diagne s’entretient avec Nana-Jo Ndow, la directrice et fondatrice de l’ONG de défense des droits de l’homme Aneked, dont le père a été tué par l’un des trois « junglers » libérées.

RFI : Quelle lecture faites-vous de la libération des trois « junglers », qui ont fait des aveux devant la Commission vérité et réconciliation ?

Nana-Jo Ndow : C’est ahurissant. Ces personnes-là ont commis des crimes contre l’humanité, et le message qui passe c’est que c’est l’impunité qui règne en Gambie. L’excuse, j’appelle ça une excuse, que le ministre a donnée, c’est que l’on ne peut pas garder ces personnes en détention pendant deux ans, soi-disant que les aveux étaient sincères. Comment ils savent que les aveux étaient sincères ?

Objectivement parlant, le ministre de la Justice, vous l’avez dit, affirme que l’on ne peut pas garder ces personnes plus de deux ans en détention sans avoir un cadre légal qui le justifie.

Je suis d’accord. Il avait 24 mois pour entamer une enquête, pour rassembler les preuves. Human Rights Watch et TRIAL international ont enquêté sur le cas des Ghanéens et des autres migrants qui ont été assassinés en 2005 par ces personnes-là. Elles ont donné un rapport, ils auraient pu entamer des enquêtes avec tout ça. Ils avaient assez de preuves rassemblées. Je trouve ça sidérant. Moi, je suis une victime. Mon père a été assassiné par un de ces « junglers » qui a témoigné devant la TRRC. Avec ma famille, nous avons porté plainte, nous avons saisi la Cour de justice de la Cédéao, parce que le ministère de la Justice, on avait plusieurs fois demandé, on avait fait appel, pour qu’il entame une enquête, il nous avait toujours dit, il nous avait toujours référé au processus de la TRRC.

Quel signal cela envoie-t-il aux présumés auteurs de crimes, qui eux également sont appelés à venir témoigner devant la Commission vérité et réconciliation ?

Le message qui est passé là, c’est : « venez témoigner et vous allez bénéficier du même traitement, vous allez être relâché, puis vous allez aussi avoir la possibilité de faire demande d’amnistie ». Et pourtant, cette demande d’amnistie, dans le cadre de la TRRC, les crimes contre l’humanité sont exclus.

Le ministère de la Justice explique qu’il y a deux critères pour accorder l’amnistie : le fait de prononcer une déclaration entière et le fait aussi de faire preuve de remords. Dans un tel contexte, quelle crédibilité peut-on donner aux aveux exprimés devant cette instance ?

Ce n’est pas correct ce qu’il a dit. La loi de la TRRC dit que toute personne qui a commis un crime contre l’humanité sera exclue de ça. Ces personnes-là ne peuvent pas être recommandées pour une amnistie, parce qu’elles ont commis des crimes contre l’humanité. Les disparitions forcées, c’est un crime contre l’humanité. Surtout quand c’est systématique comme ça.

Cette Commission n’est pas un tribunal, mais ces aveux donnent beaucoup d’éléments sur l’assassinat du journaliste Deyda Hydara ou encore sur le massacre d’une quarantaine de migrants ouest-africains. Pensez-vous que ces témoignages sont suffisants pour traduire l’ancien président devant un tribunal à Banjul ou ailleurs ?

Je ne pense pas que ces témoignages soient suffisants pour le traduire en justice. Je pense que ces témoignages sont suffisants pour entamer des enquêtes. Il faut des preuves.

Est-ce que la Gambie, par exemple, serait prête aujourd’hui à juger Yahya Jammeh ?

Déjà, si on relâche trois « junglers », cela vous dit l’état dans lequel ce pays se trouve, des personnes incompétentes qui relâchent des personnes qui ont fait des aveux devant une TRRC quand tu as une promesse d’amnistie. Et en plus, je pense que la seule politique en Gambie est toujours très sectaire. Yahya Jammeh a toujours des supporteurs, donc ce n’est pas le moment idéal pour ça, mais d’autres pays qui ont eu des citoyens qui ont été tués par Yahya Jammeh pourraient le faire, comme le Ghana. Le gouvernement ghanéen a aussi reçu ce rapport sur le massacre des migrants. À l’époque, on disait qu’on n’avait pas assez de preuves, maintenant on a trois « junglers » qui ont témoigné devant la TRRC, il faut ouvrir l’enquête, il faut arriver au fin fond de cette histoire.

Et sur le fond, quelle crédibilité peut-on apporter aux aveux qui sont exprimés, parce qu’il y a énormément de gens aujourd’hui qui, finalement, affichent leur volonté de venir devant la Cour ? Est-ce que leurs aveux sont crédibles ou pas ?

Ces personnes-là étaient déjà soupçonnées, ce n’était pas des noms qui étaient inconnus du public. Par exemple, le cas de Deyda Hydara, la famille disait qu’elle savait, elle avait déjà eu vent que c’était Malick Jatta. Vous voyez, il fallait juste entamer des enquêtes par apport à ça. Donc, c’est une chose de faire des aveux. Et puis, il faut aussi se poser la question, il faut faire des aveux de telle sorte qu’on avoue sur certaines choses et puis il y a d’autres choses sur lesquelles on n’avoue pas.

Sur le fond, les témoignages recueillis devant la Commission regorgent de détails et surtout de froideur. Ils décrivent comment un milicien tue froidement du jour au lendemain un voisin, un cousin, un ami. Comment expliquer le geste de ces personnes ?

Ces personnes-là ont bénéficié d’un traitement favorable envers Yahya Jammeh, ce n’était pas en fait sous la menace. Ces personnes-là ne craignaient pas pour leur vie comme elles essayent de le faire croire au public.

Est-ce que le simple fait de faire ses aveux en public suffit à instaurer un climat de réconciliation pour les familles de victimes ?

Il n’y aura pas de réconciliation sans justice. Et par justice, on parle de justice : aller devant un tribunal, présenter des preuves et juger ces personnes-là. C’est se voiler la face de penser qu’il suffit juste de mettre en place une TRRC, que des personnes fassent des aveux, et encore des aveux qui sont pleins d’incohérences, pour se dire que c’est suffisant en fait pour panser les blessures.

Cameroun: «Les recommandations ne seront pas jetées aux oubliettes» (RDPC)

Maurice Kamto (opposant camerounais): «La résistance nationale va se poursuivre»

Burkina: «Contre les jihadistes, la résistance populaire» (Pierre Ouédraogo)

Éthiopie: le Nobel de la paix à Abiy Ahmed est «une erreur» pour René Lefort

Nobel de la paix: «Un nouveau chapitre s’ouvre à nous», dit la présidente éthiopienne

Régime de transition en Centrafrique: «Cette approche-là n’est pas acceptable»

Fermeture des frontières du Nigeria: conséquences «négatives» au Bénin

Méditerranée: «Nous sommes les témoins d’une tragédie, on ne fait pas grand-chose»

Bénin: «Le gouvernement ne veut travailler qu’avec ceux qui acceptent son diktat»

Mgr Ambongo: «Mon choix est une reconnaissance du travail de l’épiscopat congolais»

Mauritanie: «J’ai constaté beaucoup de modération et de pondération» chez Ghazouani