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Soudan: «Nous avons pu faire que cette crise soit réglée par les États africains»

Par Sonia Rolley

Au Soudan, l'accord sur la transition conclu samedi entre les militaires et les civils a été paraphé le dimanche 4 août 2019 à midi par les deux parties. Il devra être confirmé par signature formelle au cours d'une cérémonie officielle, après l'Aïd, le 17 août. Dans la foulée, les institutions de la transition seront mises en place. Le Mauritanien Mohamed El Hacen Ould Lebatt est le médiateur de l'Union africaine (dans ces négociations inter-soudanaises). Pour RFI, il revient sur les termes de l'accord, le calendrier, et exprime sa fierté de voir ces négociations aboutir.

RFI : Quel est votre sentiment au lendemain de ce paraphe de l’accord signé entre les contestataires et le Conseil militaire ?

Mohamed El Hacen Ould Lebatt : C’est d’abord un sentiment de très grand soulagement, parce que quand je suis arrivé dans ce pays, il y a un peu moins de deux mois, ce n’était pas gagné. Ce n’est qu’un euphémisme. Les évènements se sont accélérés après dans des directions particulièrement inquiétantes. Je ne vais pas faire la chronologie des évènements. C’est un très grand soulagement que nous ayons pu arrêter la course infernale vers la fragmentation de ce pays qui en a déjà connu. Vous savez qu’il y a trois grandes régions où la guerre n’est pas finie. Ensuite, c’est un sentiment de fierté aussi. Il ne faut pas se le cacher, quand on a une mission aussi complexe dans une crise multidimensionnelle aux facteurs internes extrêmes particulièrement difficiles à maîtriser, à gérer, c’est un sentiment de satisfaction. Mais surtout, c’est un très grand sentiment de fierté de l’Afrique. Nous avons pu faire que cette crise soit réglée par les Africains.

Est-ce que vous pensez que les équilibres entre les contestataires et le Conseil militaire peuvent tenir ?

Nous sommes devenus une nation africaine. Nous nous sommes efforcés, tout le temps, à développer ces mécanismes afin que l’échafaudage institutionnel que nous avons inventé avec les Soudanais puisse tenir. Ceci dit, je ne veux pas être pessimiste à un moment où c’est la joie, l’optimisme, partout ici à Khartoum et dans le monde. Ceci dit, mon expérience dans les accords, c’est que jamais un accord, à ma connaissance, n’a tenu tout l’itinéraire qu’il est supposé suivre sans secousse et sans une crise. Sans crise dans la crise. Je pense qu’il faut être vigilants et ne pas se lancer dans un émoi de pessimisme quand apparaissent les premières difficultés d’application.

Est-ce que vous pensez qu’il y a une certaine forme de confiance qui a été nouée entre les différentes parties ?

Au début, c’était très difficile. Il n’y avait pas les évènements qui se sont succédé après, on creusait l’écart entre les deux en termes de confiance. Mais ces derniers temps, les choses ont évolué dans un sens tout à fait différent. J’ai été témoin de négociations secrètes entre deux individus, entre deux personnalités marquantes, entre des groupes d’influence de deux. Et s’installer, si ce n’est pas de la confiance, en tout cas, une très grande complicité.

Quels sont les équilibres entre les différentes institutions ?

Pour résumer les choses, le type de régime que les Soudanais ont choisi, c’est un type de régime parlementaire. Le Premier ministre est doté de pouvoirs très importants, ce que voulait la révolution, les révolutionnaires, mais c’est un régime parlementaire tout à fait particulier parce qu’il a aussi gardé un certain nombre de pouvoirs de souveraineté importants au Conseil de souveraineté, qui va être présidé par un militaire pendant les 21 premiers mois de la transition. C’est un régime parlementaire, oui, avec de l’élan de présidentialisme. Les ministres, par exemple, de la Défense, les ministres de l’Intérieur sont proposés par le Conseil militaire, donc ça c’est quelque chose, mais il y a d’autres compétences liées aux questions de souveraineté. Par exemple, les pouvoirs de l’ancien président de la République ont été répartis en deux. Ceux qui sont de nature gouvernementale ont été différés au Premier ministre et ceux qui relèvent de la souveraineté ont été différés au Conseil de souveraineté. Il y a un jeu assez subtil de répartition des pouvoirs entre les différents organes. Nous avons essayé d’être extrêmement attentifs à toutes ces questions-là. Je ne dis pas que ce que ce nous avons fait, ce que nous avons proposé et que les partis ont adopté est parfait, je suis sûr qu’il doit comporter certaines lacunes et des insuffisances dont nous ne nous sommes pas rendu compte. On verra à la pratique.

Y a-t-il des critères qui ont été mis en place pour la désignation de leurs membres et notamment des critères liés à la lutte contre l’impunité qui est chère au cœur des manifestants ?

Cette question d’impunité a fait parler d’elle beaucoup plus à l’étranger qu’à l’intérieur. Nous n’en avons pas fait un très gros problème. Les militaires ne l’ont jamais demandé. Cela n’a pas été un très grand problème de désaccord. Il y a une expression sur l’impunité judiciaire, c’est-à-dire que les procédures pour engager les responsabilités des membres du Conseil de souveraineté qui, faut-il le rappeler, est composé de six civils et de cinq militaires, les procédures sont évidemment assez protectrices, mais le procès d’impunité n’y est absolument pas énoncé. Maintenant, pour les autres critères de qualité, de compétence pour les responsables, que ce soit le Premier ministre, le gouvernement et les autres responsables, ça, les accords ont énormément insisté sur ça. Le problème des accords en Afrique, très souvent, se ramène à des questions de personnes. On discute beaucoup les principes, les idées, les programmes, mais le vrai test, c’est le choix des personnes. Si vous avez des mauvais textes et que vous choisissez des personnes qui sont très compétentes, les lacunes des textes ne se verront pas. Et si vous confectionnez les meilleurs textes du monde et que vous choisissez pour les mettre en œuvre des gens qui ne sont pas au niveau, évidemment la qualité des textes ne comblera jamais les faiblesses et les tares des personnes qui en sont en charge.

Une question par rapport au Parlement, quand qu’il sera-t-il mis en place ?

C’est une question qui, pendant très longtemps, a pollué le processus de négociations parce que, dans les premières ententes entre les parties, il avait été reconnu que 67% de ce conseil législatif de transition reviendraient aux Forces de changement et 33% aux autres forces politiques qui ne s’identifient pas à ça. À un moment donné, les militaires ont trouvé que ces 33% étaient trop peu et que ça donnait une forme de partie unique au FFC dans ce Parlement et donc ils ont demandé à ce que ce quota soit révisé, ce que le FFC a toujours refusé. Récemment lors des discussions, le Conseil militaire a dit c’est qu’une affaire de civils, vous en fait ce que vous voulez, l’essentiel, et ils l’ont obtenu, c’est que ce Conseil représente toutes les catégories de la société politique et de la société tout court au Soudan, et ça a été reconnu. Il y aura les formations religieuses, il y aura les associations de femmes, la société civile, les grands partis politiques, les mouvements armés.

Et quand sera sa mise en place ?

Elle sera mise en place dans 90 jours. Entre la signature de l’accord, le 17, et sa composition. Avant ces 90 jours, c’est un conseil composé du gouvernement et du Conseil de souveraineté qui vont faire office de conseil législatif transitoire.

Qu’est-ce qui reste en suspens à l’heure actuelle ?

Rien. Nous avons conclu, c’est un texte assez substantiel. Si je le compare au premier texte sur les arrangements politiques qui est fait de 22 articles, celui-là il y a un peu moins de 70 articles.

Sur la décentralisation et le nouveau système de gouvernance vis-à-vis des États ?

Il y a un certain nombre de problèmes que les négociateurs n’ont pas souhaité soulever pour le moment. Une transition, il ne faut pas non plus la charger, parce qu’elle se protège de sa nature transitionnelle. Il y a un certain nombre de choses qui n’ont pas été examinées. Par exemple, les caractères laïques au nom de l’État qui avait été posés par la gauche et l’extrême gauche au départ, le statut de l’armée dans le système, le problème de la conférence constitutionnelle, la question de la centralisation et de la décentralisation telles que vous l’évoquiez tout à l’heure. Il y a un certain nombre de choses qui n’étaient pas des priorités pour le moment. Tout ce qui n’était pas dans les exigences immédiates du mouvement de changement de façon générale, dans sa dimension militaire et civile, a été différé pour la période post-électorale et l’installation d’un gouvernement qui fonde sa légitimité sur les urnes.

Quel rôle va jouer la communauté internationale et l’Union africaine à partir de maintenant ?

La règle qui s’est imposée, c’est que l’Union africaine doit prendre position, doit faire un appel à cette communauté internationale et doit conduire les plaidoyers en faveur d’une mobilisation économique, financière et humanitaire en faveur du pays. Les types classiques ce sont les conférences dans le club de Paris ou autre, je n’ai rien contre ça, mais je souhaite que ce soit plus rapide, plus efficace et surtout que les engagements soient tenus envers le Soudan.

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