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Lutte contre la corruption: «le Maroc se rêve en nouveau champion du Sud»

Par Bineta Diagne

On célèbre ce mardi 30 juillet les vingt années de règne du roi Mohammed VI au Maroc. Un régime marqué notamment par des réformes politiques, une gestion stricte des contestations sociales, et une forte implication dans la relance de l’industrie marocaine : pour décrypter la personnalité de Mohammed VI, RFI s’entretient avec Abdelmalek Alaoui qui dirige l’Association marocaine d’intelligence économique, un groupe de réflexion basé au Maroc.

RFI : le roi Mohammed VI a une conception très particulière de la monarchie. On dirait que c’est une monarchie forte. Quelle lecture faites-vous de cette prééminence de l’exécutif ?

Abdelmalek Alaoui : En 1999, lorsque Hassan II décède, nous sommes dans une monarchie exécutive qui contrôle absolument l’ensemble des manettes du pouvoir, même s’il y a un Parlement et des instances élues. Vingt ans plus tard, le pouvoir s’est considérablement transformé, puisqu'à la faveur de la réforme constitutionnelle de 2011, une grande partie des pouvoirs exécutifs sont désormais dévolus aux gouvernements élus.

Comment expliquer aujourd’hui que le Maroc n’ait pas connu le Printemps arabe qu’on avait vu en Tunisie ?

De la plupart des experts, les réformes anticipatrices, celles qui sont arrivées lors des cinq-six premières années de règne, la réforme de la Moudawana, la mise en place de l’instance Équité et réconciliation qui visait à réconcilier les Marocains avec leur passé, mais également un certain nombre de grandes initiatives économiques, ont permis au Maroc de se préserver du Printemps arabe. C’est en réalité une question à la fois de train de développement, mais également de réformes structurelles qui lui ont permis de passer au travers de cette tempête.

En 2017-2018, nous avons vu un tournant se former, avec notamment la gestion des révoltes sociales du Rif et de Jerada. Comment expliquer ce recul des libertés démocratiques ?

Il y a une commission d’enquête gouvernementale qui a été missionnée, afin de pouvoir analyser s’il y a eu, ou pas, des abus de la force publique au niveau de la gestion de cette crise sociale. Au niveau de la société civile, il y a eu, bien évidemment, des inquiétudes au niveau de la gestion. Certains ont cru y voir la résurgence de comportements autoritaires. Mais c’est le lot de beaucoup de pays qui sont en transition. Au Maroc tout n’est pas parfait. Il y a encore, parfois, des mécanismes qui peuvent être des mécanismes autoritaires qui se mettent en place. Bien évidemment, tout ceci est un chemin. Ce n’est pas une ligne droite qu’emprunterait le Royaume.

Le Maroc a initié de très grands projets. Je pense notamment au port de Tanger Med, aux lignes de TGV. On a l’impression que le roi Mohammed VI privilégie plus l’industrie que la lutte contre la pauvreté. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Effectivement, il peut y avoir discussion sur le modèle de développement qui a été emprunté. Le chef de l’État lui-même, à l’automne 2018, a demandé à ce qu’il y ait un nouveau modèle de développement qui soit co-construit au Maroc, tirant lui-même les conclusions du fait que le Maroc avait probablement trop misé sur la croissance tirée par les investissements et par les infrastructures et qu’il fallait désormais opérer un rééquilibrage.

Résultat des courses, on a quand même une grosse partie des jeunes qui sont mis à l’écart. On a au moins 25% de jeunes qui sont au chômage et d’après un sondage arabe barometer, 70% des jeunes Marocains veulent immigrer.

Au Maroc, près d’un quart de la population a moins de 14 ans en 2019. C’est effectivement un tournant que le Maroc ne doit pas rater et sur lequel il faut être extrêmement vigilant. Quant à la question de l’exil, il faut aussi souligner le caractère très paradoxal de nos principaux partenaires et notamment de l’Union européenne. D’un côté, on demande aux pays de la rive sud de la Méditerranée de créer des pôles de prospérité, et de l’autre côté, on vient débaucher des ingénieurs au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Il faut à un moment une clarification de ce modèle migratoire.

Vous évoquiez tout à l’heure les investissements faits sur le plan des infrastructures. Mais est-ce que, dans le même temps, la corruption n’est pas aujourd’hui un frein à tous ces investissements et surtout au développement du pays ?

La corruption est un chantier qui n’est pas encore abouti au Maroc. Il reste à vaincre beaucoup de résistance de la technostructure, beaucoup de résistance de comportements qui sont plus anciens, sur lesquels il faut une opération, je dirais un plan Marshall marocain contre la corruption. Aujourd’hui, il est appelé des vœux de la communauté nationale.

Est-ce que l’on a une idée du manque à gagner, lié à l’ampleur de la corruption, aujourd’hui ?

Les économies se chiffrent à plusieurs points de PIB. Mais comme vous le savez, c’est quelque chose qui reste très immatériel. Il faut, au niveau de la lutte contre la corruption, pouvoir allier à la fois la tolérance zéro, mais il y a, au niveau de la petite corruption, celle des petites administrations, de toutes ces pesanteurs qui polluent la vie des Marocains, un véritable changement de mentalité qu’il faut absolument opérer. Et cela ne peut s’opérer que par le haut. Il faut absolument une opération très énergique qui soit décidée à ce niveau-là.

Sur le plan sous-régional, nous avons vu ces dernières années une diplomatie tournée davantage vers les pays africains. Le Maroc a multiplié ses investissements au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Quelle lecture faites-vous de cette diplomatie tournée vers le continent africain ?

C’est le prolongement de la stratégie économique pragmatique qui a été mise en place par Mohammed VI. À partir de 2008, les principaux donneurs d’ordre traditionnels du Maroc, notamment l’Europe, sont dans une situation amorphe en matière de croissance. Et c’est à ce moment-là que le grand virage du Maroc vers l’Afrique subsaharienne s’est opéré. Il faut savoir qu’en dix ans le Maroc a réussi à générer dix entreprises de plus d’un milliard de dollars qui sont tournées vers l’Afrique. Donc, c’est à la fois allier le pragmatisme, mais également aller vers des marchés qui ont beaucoup plus de croissance que les marchés traditionnels du Maroc. Oui, le Maroc se rêve en nouveau champion du sud.

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