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Les descendants de Guillaume II réclament leur héritage

Par Nathalie Versieux

Les descendants du dernier empereur de Prusse, Guillaume II, expropriés par l’Union soviétique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale réclament une partie de leur héritage. Le conflit porte aussi sur le rôle joué par la famille Hohenzollern lors de l’arrivée des nazis au pouvoir. De quoi s'agit-il réellement?

La famille Hohenzollern est l’une des plus anciennes familles de la noblesse allemande. Ses aînés ont régné sur l’Allemagne, la Prusse, la Roumanie et sur quantité de duchés, sans discontinuer à partir de 1204, jusqu’à la révolution de 1918 qui  contraint l’empereur Guillaume II à l’exil. Il meurt à Doorn, aux Pays-Bas, en 1941. La fortune de la famille -colossale-  est d’abord épargnée dans le sillage de la Révolution de 1918. La nouvelle République va même jusqu’à expédier à l’ancien empereur, aux Pays-Bas, l’intégralité de son argenterie et lui versera à partir de 1924 une rente mensuelle de 50 000 marks.

Mais les choses changent avec l’arrivée des Soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans ce qui allait devenir la RDA. Les Hohenzollern, considérés comme « criminels de guerre », sont expropriés. Ils perdent leurs châteaux et quantité d’œuvres d’art. 30 ans après la chute du Mur, le Prince Georg Friedrich von Preussen, 43 ans, chef de la maison Hohenzollern, veut réparation.

Que réclame cette famille ?

Ils réclament  le droit de loger au château de Cecilienhof à Potsdam ( c'est là que s'est tenue la célèbre conférence  entre Staline, Churchill et Truman, qui scelle la partition de l’Allemagne à la fin de la Guerre ), revendiquent la propriété de milliers d’œuvres d’art pour la plupart exposées dans les musées berlinois et réclament 1,2 million d’euros de compensations au Land de Brandebourg, la région qui entoure Berlin, pour les biens expropriés.

Comment réagit l'État ?

L'État fédéral, la ville de Berlin et le Land de Brandebourg refusent de transiger sur l’essentiel. Ils invoquent la loi sur l’indemnisation des victimes du communisme pour justifier leur refus de dédommager les Hohenzollern. La loi prévoit en effet que toute personne ayant contribué à l’avènement du nazisme ou du communisme, ainsi que ses héritiers, soit déchue de ses droits.

Un conflit d’historiens s’est ainsi greffé sur la bataille d’avocats, opposant Stephan Malinowski de l’université d’Édimbourg  pour l’Etat d’un côté à l’historien australien Christopher Clark, tous deux éminents spécialistes du nazisme.
Le rôle de Guillaume II lors de l’avènement du nazisme est en effet très ambigu.

Dans une interview, il dit « J’ai cru quelques mois au national-socialisme : je pensais qu’il était une fièvre nécessaire et je voyais y participer certains hommes qui sont les plus remarquables d’Allemagne. Mais ceux-là, il les écarte un à un ou les exécute. Il ne reste maintenant que des aventuriers en chemise. » Antisémite, Guillaume II condamne les lois antijuives et dit « avoir honte pour la première fois d’être Allemand » après les pogroms de la nuit de Christal.

Le cas des Hohenzollern réveille ainsi de vieilles plaies allemandes. « Cette famille qui s’est toujours mise en scène depuis 1918 comme défendant les intérêts du seul État prussien est en fait tout aussi avide d’argent que les autres grandes familles de la noblesse allemande qui vendent leurs œuvres d’art au plus offrant sans les proposer d’abord à des musées et sans tenir compte de l’intérêt public », s’offusque le Frankfurter Rundschau, tandis que le quotidien populaire conservateur Bild Zeitung agite le spectre du communisme : « le fait d’hériter est-il condamnable ? Alors, c’est le retour de la RDA… »

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