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Nigeria: «Les factions qui composent Boko Haram sont encore actives militairement»

Par Clémentine Pawlotsky

Il y a 10 ans, Boko Haram prenait les armes et se soulevait dans le nord-est du Nigeria. C'était en juillet 2009, à Maiduguri, dans l'État de Borno. Réprimé par l'armée, ce soulèvement conduira à l'exécution de Mohamed Yusuf, le fondateur de Boko Haram. Son ex-bras droit, Abubakar Shekau, reprendra ensuite le leadership du mouvement, et placera la lutte armée au cœur de son action. En 10 ans, l'insurrection menée par le groupe djihadiste coûtera la vie à plus de 27 000 personnes, et en fera fuir près de 2 millions de leurs foyers. Si Boko Haram reste aujourd'hui actif dans le nord-est du Nigeria, ses violences se sont aussi étendues au Niger, au Tchad et au Cameroun voisins. On fait le point ce matin sur la menace Boko Haram avec Vincent Foucher, chercheur au CNRS.

Cela fait dix ans que ni l’armée nigériane ni la Force multinationale mixte ne parviennent à vaincre Boko Haram. Comment l’expliquer ?

Vincent Foucher: Les factions qui composent Boko Haram sont encore actives militairement et arrivent à attaquer des cibles militaires importantes au Nigeria et un peu aussi dans les pays voisins. Nous avons aussi une réponse militaire qui est à la peine. Elle s’était réorganisée en 2015, avec une meilleure coordination régionale et a un temps fonctionné, entre 2015-2016, au point que cela a entraîné une division de Boko Haram. Mais finalement, on a l’impression que les deux factions de Boko Haram ont petit à petit trouvé la parade. Elles se sont réorganisées et ont réussi à survivre à cette contre-offensive de 2015-2016.

Est-ce que Boko Haram bénéficie toujours aujourd’hui d’un ancrage important auprès des populations du bassin du lac Tchad ?

Boko Haram a été un véritable mouvement de masse religieux avant son passage à la lutte armée et a quand même fait une base sociale significative. Ceci dit, il est vrai que le caractère très brutal d’Abubakar Shekau, l’inspirateur du mouvement militaire qui était très dur envers les civils musulmans qui n’étaient pas membres de l’organisation, a quand même éloigné une partie de la population du mouvement.

Mais précisément, à cause des reculs de 2015-2016, toute une partie des acteurs de Boko Haram a commencé à critiquer la posture de Shekau et, au fond, à réformer leur attitude par rapport aux populations civiles, si bien que par exemple dans la zone du lac Tchad, les îles et les pourtours du lac, cette faction est très présente. On la voit notamment agir comme une sorte de quasi-État, offrir de l’ordre, des tribunaux et un certain accès à la santé. On la voit aussi réguler les prix sur les marchés ou encore organiser les filières commerciales.

Ils ont donc compris qu’il fallait, pour pouvoir continuer la lutte, adopter une attitude moins sectaire et être plus ouverts avec les populations civiles. Au fond, cela fait partie de la nouvelle recette qu’ils emploient, depuis 2016-2017, pour relancer l’offensive.

Cette « nouvelle recette » dont vous parlez, est-ce que c’est ce qui permet à Boko Haram de recruter ces éléments ?

Oui. Il faut bien les distinguer. Les deux factions sont encore assez différentes. La faction qui est restée sous le contrôle de Shekau reste quand même avec une ligne sectaire assez dure. Elle recrute aussi beaucoup encore par enlèvements. On enlève des jeunes hommes, des jeunes femmes et on les fait rentrer plus ou moins de force dans l’organisation.

Mais du côté de l’autre faction qui est officiellement affiliée à l’État islamique - elle s’appelle "Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest" -, on a des engagements volontaires de gens. Apparemment, d’après mes informations, on respecte même des limites d’âge. On refuse d’embaucher des gens trop jeunes, on attend qu’ils soient plus mûrs, sans doute parce que cela témoigne d’une volonté d’améliorer la qualité des combattants ainsi qu’un meilleur investissement dans la formation et dans l’entraînement des combattants.

Alors justement, quel lien existe-t-il entre l’organisation Etat islamique et la faction d’Abou Mosab al-Barnaoui ?

Il y a très peu d’informations disponibles à ce sujet-là ; il y a même beaucoup de spéculations. On a quand même l’impression que depuis, disons un an ou deux, la relation est en train de se renforcer.

Il ne faut sans doute pas penser que la Province islamique en Afrique de l’Ouest soit commandée, dirigée depuis le QG de l’État islamique, au Levant. Ce n’est pas le cas. On est face à une organisation qui a une histoire propre et une vraie autonomie. Elle est entrée dans une relation de patronage, d’échanges d’informations et de légitimité avec l’État islamique. Nous avons des indications sur la présence de combattants et de formateurs de l’État islamique venus du Maghreb et peut-être de Libye, dans la zone du lac Tchad pour y former les gens de cette faction-là de Boko Haram. Il y a des effectivement des échanges et des flux mais qui ne sont pas nécessairement très importants.

Aujourd’hui, a-t-on une idée du nombre de combattants dont dispose Boko Haram ?

Il y a des estimations assez variées. Disons que l’on parle, si on met les deux factions, très probablement de plusieurs milliers de combattants. Entre 5 000 et 8 000.

Sait-on quelle est l’ampleur des moyens matériels et financiers sur lesquels s’appuie Boko Haram ?

Le gros du matériel provient des armées de la région. C’est, pour beaucoup, du matériel nigérian mais aussi du matériel nigérien et parfois camerounais. Dans l’ensemble, il n’y a pas de flux significatifs d’armement venant de Libye ou d’autres régions. On est vraiment, à la différence de ce qui se passe du côté d’Aqmi [al-Qaïda au Maghreb islamique], dans un marché très local.

Pour ce qui est des ressources financières, les spécialistes ne semblent pas considérer que l’État islamique envoie beaucoup d’argent. Il y a peut-être un peu d’argent qui a pu circuler mais ce que l’on voit, par contre, c’est que les deux factions mettent en place des systèmes soit de pillage, soit de taxation pour toutes les circulations de marchandises, que ce soit le bétail, les produits alimentaires ou encore les biens de consommation. Tout ce qui circule dans leur zone, eh bien ils le taxent.

C’est sur cette base-là, à savoir une économie très locale, que les factions de Boko Haram se financent avec, encore une fois, ce qui semble être un distinguo fort entre la Province de l’État islamique qui, vraiment, essaie de favoriser l’économie et, par conséquent donc de ne pas adopter une attitude trop prédatrice, et la faction de Shekau qui elle, est encre beaucoup sur du pillage et de la confiscation.

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