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75 ans de Bretton Woods: un ordre financier toujours déterminant pour l'Afrique

Par Dominique Baillard

On célèbre lundi 22 juillet 2019 le 75e anniversaire des accords de Bretton Woods. En 1944, les Alliés mettent au point les grandes lignes du système financier international, encore largement opérationnelles aujourd’hui, y compris pour les pays africains qui n’étaient pas à la table des négociations.

À l'été 1944, les États africains sont encore sous la dépendance des puissances coloniales, ils n’ont donc pas voix au chapitre. À l’hôtel du Mont Washington de Bretton Woods, une bourgade du New Hampshire, aux États-Unis, plus de 700 délégués sont réunis pendant trois semaines pour bâtir un nouveau système économique mondial destiné à éviter les turbulences monétaires et à faciliter la reconstruction.

Un système inspiré de l’économiste britannique John Maynard Keynes, mais largement dominé par les États-Unis. Le dollar devient la monnaie de référence, et les États-Unis font régner l’ordre avec un gendarme, le Fonds monétaire international (FMI), et une institution pour aider les pays en développement, la Banque mondiale. Ce nouvel ordre mondial est de plus en plus chahuté, mais c'est encore l'architecture générale qui prévaut.

C’est à partir des années 1980 que les pays africains, acculés par la chute des cours des matières premières, subissent la médecine de choc du FMI

Des coupes sombres dans les dépenses publiques pour rétablir l’équilibre des comptes. Cela passe par la baisse des subventions aux produits agricoles et au carburant, des privatisations... Des mesures violentes qui vont surtout appauvrir les ménages et, in fine, réduire les capacités budgétaires des États. Ces recettes libérales inspirées du fameux consensus de Washington rendent le fonds particulièrement impopulaire à travers toute l’Afrique.

Mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, de nombreux pays africains retombent dans le surendettement à partir de 2014 avec la chute des cours du pétrole et d’autres matières premières. Ils sont alors contraints de revenir vers le FMI ; c’est le cas entre autres du Cameroun, du Gabon, du Congo Brazzaville. Neuf pays africains sont à nouveau sous l’assistance du Fonds monétaire international.

Il y a une exception : le Ghana, qui a décidé récemment de se passer de l’aide du Fonds pour boucler son budget

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo a fait sensation en choisissant l'an dernier de sortir plus vite que prévu du programme administré par le FMI, le 16e qu'a connu le Ghana depuis son indépendance. Si Accra a pu s’affranchir plus vite que prévu du soutien du Fonds, c’est parce que son économie plus diversifiée que celle des autres pays du continent a renoué rapidement avec la croissance. Mais les cours du pétrole et du cacao qui lui fournissent des devises pourraient bien à nouveau faire vaciller son économie.

Ne plus se retrouver sous le joug du FMI n’est pas qu’une question de volonté politique ; pour s'en passer, il est urgent de sortir de la dépendance aux matières premières. Plus facile à dire qu’à faire, car les pays africains qui dépendent de ce type de revenus sont aujourd’hui en petite forme. Les 24 pays africains concernés connaitront cette année une croissance anémique, prédisent les économistes du FMI, tandis que la croissance sera robuste dans les 21 pays du continent ayant des économies plus diversifiées.

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